Magazine Le Mensuel

Nº 2907 du vendredi 26 juillet 2013

POLITIQUE

Gouvernement, Parlement. Des mouvements dans le vide

Au rythme des coups de semonce venus de l’extérieur, le monde politique libanais est dans l’expectative. Les appels à l’apaisement et au dialogue lancés par Michel Sleiman, Hassan Nasrallah et Nabih Berry vont-ils redonner vie au Parlement et au gouvernement?
 

Le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, multiplie ses apparitions médiatiques. Vendredi 19 juillet, à l’occasion de la rupture du jeûne, avant donc la décision de l’Union européenne (voir page 18) à laquelle il a réagi mercredi soir, le leader du Hezbollah a lancé un véritable appel au calme, en vantant les vertus du dialogue − «Nous sommes toujours prêts à dialoguer avec les autres parties sur les modalités pour protéger le Liban, que ce soit avant ou après la formation du gouvernement» − et de l’Armée libanaise − «J’appelle les Libanais à la plus grande vigilance. Si cette armée s’affaiblit et se divise, il n’y aura ni paix ni stabilité dans le pays. Il n’y aura plus d’Etat. Il n’y aura plus de pays. L’armée est un facteur de protection contre les attaques israéliennes. Mettons cette institution à l’abri des polémiques internes».
Ce sont les tensions croissantes du pays qui ont poussé Hassan Nasrallah à tenir ce discours, comme un miroir aux attaques virulentes contre le parti et l’armée. Après la poussée de fièvre, la baisse des tensions et la gestion de crise.
Ces déclarations font suite au discours prononcé la semaine dernière par le président de la République, Michel Sleiman, qui appelait à la relance du dialogue national. Au cours de la dernière réunion, les leaders du pays avaient signé la déclaration de Baabda dans laquelle ils s’accordaient sur la nécessité de tenir le Liban à l’écart de la politique des axes et des conflits. C’est tout le contraire qui a eu lieu par la suite. Une relance du dialogue, pour quoi faire? «Depuis que j’ai exposé la stratégie de défense pour le pays, aucun parti n’en a débattu le contenu. Personne n’en a discuté parmi ceux qui ont pris part à la table du dialogue. Tout simplement, parce qu’ils ne veulent pas trouver une stratégie patriotique de défense. Ils veulent seulement que le Hezbollah dépose ses armes», expliquait Nasrallah lors de l’avant-dernière intervention. Une adresse au chef de l’Etat qui a appelé à remettre sérieusement cette question sur la table, et évidemment au Courant du futur, en ce moment de grande manœuvre.

Concertations au Moustaqbal
Dimanche, une délégation du Moustaqbal, dont faisaient partie le leader du bloc parlementaire Fouad Siniora et les députés Ahmad Fatfat et Nouhad Machnouk, s’est rendue à Jeddah pour y rencontrer Saad Hariri qui en a visiblement fait son quartier général. Au menu des discussions, des dossiers gelés du moment, la formation du gouvernement, la prorogation des mandats du commandant en
chef de l’Armée libanaise, le général Jean Kahwagi, et de celui du chef d’état-major, Walid Salman, et la reprise du dialogue national prôné quelques jours plus tôt par le président Sleiman. Large revue de l’actualité pour définir la stratégie post-Abra. C’est sur le dernier sujet que les dignitaires du Futur se sont rapidement entendus. Au moment de l’assassinat du général Wissam el-Hassan, le 14 mars avait annoncé qu’il boycotterait les séances du dialogue tant que le gouvernement Mikati ne démissionnerait pas et que le sujet des armes du Hezbollah soit abordé. Aujourd’hui, ces deux conditions sont réunies mais restent insuffisantes à ses yeux.
Lundi, l’ancien Premier ministre, Fouad Siniora, a indiqué que son parti n’assisterait aux séances de dialogue qu’après la formation d’un nouveau gouvernement. C’est le premier sujet d’inquiétude du Courant du futur. Désigné il y a déjà plus de trois mois, Tammam Salam n’arrive toujours pas à former de gouvernement.

Berry à la manœuvre
Pourtant en contacts constants avec Michel Sleiman, Nabih Berry et Walid Joumblatt, le maître de Moussaïtbé a beaucoup du mal à se défaire des revendications impossibles à satisfaire des deux camps. Ces dernières semaines, le leader druze, son dernier soutien politique, a régulièrement envoyé Waël Abou Faour à Jeddah auprès de Saad Hariri afin de le convaincre d’accepter la présence du Hezbollah au sein du futur gouvernement. Elevée en position de principe, la dernière décision de l’Union européenne donne au Courant du futur un vrai poids à sa doléance. Mais on perd patience à la Maison du Centre, et ce ne sont pas les dernières déclarations fracassantes de Nabih Berry qui changeront la donne.
«Hariri doit rentrer au Liban pour faciliter la reprise du dialogue afin que nous coopérions pour faire face aux défis actuels», a déclaré le président du Parlement dimanche dans une interview à la presse écrite. «Je pense qu’il peut rester à la Maison du Centre s’il craint pour sa sécurité», a-t-il ajouté non sans malice, concédant qu’il pourrait revoir la question de sa nomination au poste de Premier ministre. Survenu au lendemain d’une rencontre infructueuse, qualifiée même de «négative», entre le député Ali Hassan Khalil et Tammam Salam, l’appel de Nabih Berry s’est heurté à une fin de non-recevoir à Jeddah. Le 14 mars, dans son ensemble, y voit une «manœuvre». De plus en plus d’observateurs estiment que les jours qui restent à Salam pour former son gouvernement sont comptés. Les leaders politiques sont insatisfaits et les deux présidents Sleiman et Berry s’impatientent. La lueur d’espoir pourrait bien venir de la place de l’Etoile.
Une habitude. Dans l’urgence, l’immobilisme laisse place au concret. Tammam Salam aurait fini par se convaincre de la pertinence d’un gouvernement politique. A lui de trouver les mécanismes de négociation, mais les conditions du Futur restent claires, pas de Hezbollah au gouvernement, comme le subodore l’Arabie saoudite, et pas de tiers de blocage pour le 8 mars. A part la question de la prorogation du mandat de Jean  Kahwagi (voir encadré), tous les autres dossiers politiques du moment tournent exclusivement autour du Hezbollah. Le dialogue national et la stratégie de défense, la formation du gouvernement et la présence du parti. Au sein du mouvement du 14 mars, on ne s’en cache pas; la décision de l’Union européenne (UE) valide ses prises de position. Après l’explosion communautaire qui a suivi l’opération de l’armée à Abra, l’heure est à la détente. Mais les nœuds politiques semblent toujours aussi inextricables.

Julien Abi Ramia

Solution en vue pour Kahwagi?
De Jeddah, Saad Hariri se serait dit favorable à la prorogation du mandat des 
commandants de l’armée, soutenant par avance la solution que trouverait Nabih Berry pour résoudre la question du quorum lors de la prochaine séance plénière. Dans les faits, Berry proposerait de reporter de six mois la démobilisation de Walid Salman, prévue pour le mois d’août, comme le permet la loi sur la Défense nationale, après signature d’un décret par le ministère de la Défense, pour tous les commandants de l’Armée libanaise, dont Jean Kahwagi, afin d’éviter le vide à la tête de l’institution militaire. Le décret aurait déjà été rédigé par Fayez Ghosn et étudié par le président de la République. Il pourrait être signé à la fin du mois, plus précisément le 28 juillet, date de la prochaine séance plénière du Parlement, et accessoirement avant la fête de l’armée. Si le Courant du futur acceptait le compromis, ses députés, ainsi que ceux du 14 mars, assureraient le quorum nécessaire pour entériner le dispositif. Il se dit d’ailleurs que cette procédure pourrait être suivie pour le chef des services de renseignements de l’armée, Edmond Fadel.  

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