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Nº 2926 du vendredi 6 décembre 2013

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Dans le sillage de la bataille du Qalamoun. Les jihadistes enlèvent douze religieuses à Maaloula

Dans le sillage de la bataille qui fait rage dans la région stratégique du Qalamoun, des jihadistes ont pris, lundi, la ville chrétienne de Maaloula, où ils ont enlevé douze religieuses syriennes et libanaises, qu’ils ont emmenées vers la ville de Yabroud. Quels sont les enjeux des combats en cours dans cette région et quels sont leurs répercussions sur le Liban?
 

Depuis la fin de l’été, les combats entre l’armée syrienne et les rebelles se focalisent autour de la route reliant Damas-Homs en passant par Qalamoun. Une bataille cruciale pour le régime, qui tient à renforcer sa position lors de la seconde conférence de Genève, le 22 janvier prochain.
Chevauchant les montagnes de la Békaa, la région du Qalamoun se trouve dans l’axe stratégique reliant Damas à Homs disputé, tant par les rebelles que par le régime. En effet, ce secteur rattache, à l’instar de Qoussair, la zone côtière de Lattaquié, bastion du régime, à la capitale. De plus, le Qalamoun offre aux rebelles un accès transfrontalier vers le Liban, plus précisément par le biais de Ersal, une bourgade libanaise entièrement dévouée à la révolution syrienne. La présence des rebelles si près du Liban est une question qui préoccupe notamment le Hezbollah. Après la chute du secteur de Qoussair, en juin, les rebelles se sont repliés vers le Qalamoun. Cette région sert également de base de repli aux brigades de l’Armée syrienne libre s’attaquant aux positions de l’armée régulière dans les environs de Damas. «Depuis 2012, les rebelles ont opéré en toute impunité dans les villes disséminées dans les montagnes du Qalamoun. Ces derniers maintiennent des positions-clés dans de nombreuses villes comme Yabroud, Asal al-Ward, Rankous et Talflita, malgré la forte présence du régime dans une chaîne de grandes installations militaires flanquant la base de la montagne dans al-Qutayfa-Dumayr et Nasirieh», commente la chercheuse Isabelle Nassief du Institute For the Study of War, un centre de réflexion américain. Cette dernière estime que 5 000 combattants se trouvaient à l’origine dans cette région, le nombre d’insurgés a augmenté jusqu’à 25 000 ou 40 000.
Les groupes salafistes et affiliés à al-Qaïda se sont progressivement imposés dans la zone montagneuse. Ainsi, début août, Jabhat al-Nosra, Liwa al-Islam, Liwa al-Tawhid, Qawat al-Maghwaweer, Shuhada al-Qalamoun, Katibat al-Khadraa et d’autres groupes se sont emparés d’un dépôt d’armes à Danha. Des opérations du même genre ont eu lieu début septembre, lorsque Liwa al-Islam et Ahrar al-Sham ont pris d’assaut la 81e brigade de l’armée régulière, à Ruhaiba.
«Dans ce contexte stratégique plus large, l’objectif principal de la bataille du Qalamoun est la section disputée de l’autoroute M5 entre Qara et Yabroud. Le régime a intensifié ses efforts afin de réaliser ses objectifs en bombardant Qalamoun durant l’été et procédé à l’assaut de la ville de Qara, le 15 novembre», estime la chercheuse. La reprise de la ville par le régime, quelques jours plus tard, provoquera des déplacements massifs de réfugiés, plus de 2 000 familles ayant fui vers le Liban. L’offensive s’est par la suite portée sur deux villes voisines, Nabek et Jarajir. Elle sera ponctuée, le 20 novembre, par quatre attentats suicide visant les positions de l’armée à Nabak et Deir Attiyah, qui sera reprise par les troupes loyalistes.
«Le régime poursuivra sans doute une stratégie visant à fragmenter les diverses bourgades afin de séparer les zones aux mains des rebelles. Pendant ce temps, ces derniers vont appeler les renforts et avoir recours aux tactiques de combat irrégulières, à l’instar des voitures piégées, une spécialité de Jabhat al-Nosra et de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL).
 

Enjeu stratégique pour le Hezbollah
La portée stratégique de toute opération militaire dans la région est avant tout libanaise, selon le Hezbollah. En effet, depuis deux mois déjà, le parti lance des opérations de reconnaissance et de surveillance dans les secteurs de Nabak et Yabroud, selon Abou Ali, un combattant du parti. «La guerre du Qalamoun sera très différente de celle de Qoussair en raison de la nature du terrain, qui se distingue par de hautes montagnes et de profondes vallées», ajoute-t-il.
Le cas de Omar el-Atrache vient confirmer l’importance de la région aux yeux du Hezbollah. Cet homme a été tué début novembre par un tir de roquettes entre les montagnes séparant Ersal du Qalamoun. «Atrache était impliqué dans les attentats terroristes de juillet et août visant le bastion du Hezbollah à Beyrouth. Sa responsabilité dans ces attentats, ainsi que sa relation avec les gens de Ersal illustrent l’importance stratégique de la région et par extension du Qalamoun, par rapport au Hezbollah», explique la chercheuse.

 

Les jihadistes à Maaloula
La proximité de Ersal de la frontière syrienne a fait du Qalamoun un emplacement idéal à partir duquel il est facile de lancer des attaques contre le Hezbollah au Liban et faire la contrebande d’armes vers la Syrie. C’est pour cette raison que les forces du régime concentrent leurs opérations sur la route de Damas-Homs, alors que le Hezbollah tente de couper l’accès transfrontalier entre Ersal et les villes du Qalamoun, précise Isabelle Nassief. Le Hezbollah a perdu la semaine passée au moins vingt-cinq combattants dans l’est de Ghouta et au Qalamoun. Parmi les morts figure le neveu du ministre de l’Agriculture Hussein Hajj Hassan. «Qoussair a été un point tournant dans la guerre en Syrie, ce qui a permis au régime de prendre le dessus dans la zone de Homs. La bataille à venir est celle du Qalamoun. La guerre ne durera pas plus de six mois et nous vaincrons les Saoudiens dans cette région», conclut Abou Ali.
Sans doute pour faire diversion et pour disperser les efforts de l’armée syrienne, les rebelles syriens ont pris le contrôle de la totalité de la ville chrétienne de Maaloula sur laquelle ils ont lancé l’assaut dans la nuit de dimanche à lundi. Ils y ont enlevé douze religieuses orthodoxes de nationalités syrienne et libanaise.
Après cinq jours de violents combats, la célèbre localité chrétienne est tombée dans la nuit de dimanche à lundi aux mains des rebelles.
Pour prendre possession de cette cité, située à 55 km au nord de Damas, les rebelles ont utilisé une tactique inédite. Positionnés en haut de la falaise de grès surplombant le cœur historique de la ville, des jihadistes du Front al-Nosra ont fait rouler de nombreux pneus bourrés d’explosifs sur des soldats de l’armée syrienne situés en contrebas.
D’après l’agence officielle Sana, ces combattants sont ensuite entrés dans le couvent orthodoxe de Mar Takla, situé dans le centre de cette ville qui compte de nombreux édifices religieux, et où se trouvent des religieuses et des orphelins. Ils y ont enlevé douze religieuses orthodoxes, de nationalités syrienne et libanaise, selon le nonce du Saint-Siège en Syrie, Mgr Mario Zenari, cité par Radio Vatican.
«Il semble que les rebelles jihadistes les aient conduites dans le Nord, vers Yabroud. On ne connaît pas encore les motifs de cette action de la part des rebelles: s’il s’agit d’un enlèvement ou d’une prise de contrôle du couvent pour avoir la main libre à Maaloula», a précisé le nonce apostolique.

Mona Alami

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