Magazine Le Mensuel

Nº 2927 du vendredi 13 décembre 2013

general

Au pays du soleil. Des tempêtes parfois mortelles

Que la tempête menace ou se déferle sur le Liban, c’est toujours la catastrophe. Les citoyens à pied ou en voiture se noient dans l’eau qui envahit les routes et les autoroutes de Beyrouth. Ainsi, à chaque coup, les averses provoquent un tollé contre l’incompétence des responsables des inondations.
 

La mini-tempête qui s’est abattue sur le Liban au début du mois de décembre, a donné un avant-goût de ce qui attend le pays. La plupart des routes sont submergées par les eaux, et l’état de l’autoroute du Sud est désastreux. L’absence d’entretien des canaux et le débordement du fleuve de Ghadir ont provoqué un blocage des routes durant des heures, surtout sous l’un des tunnels de Khaldé qui mène, entre autres, à l’aéroport, où les voitures et les minibus se sont trouvés piégés par une très soudaine montée des eaux. Des véhicules ont été quasiment ensevelis dans le tunnel plongé dans le noir. Ils ont été définitivement endommagés. Le drame n’a pas épargné les tentes à proximité dans lesquelles vivent des familles de réfugiés syriens, tout à fait inadaptées aux pluies et à l’hiver.
Le procureur général financier, le juge Ali Ibrahim, a entamé une enquête sur les causes des inondations. Elle porte sur les ministères des Finances et des Travaux publics.
Ce n’est pas la première fois que le Liban est victime de tempête. Chaque fois, les Libanais espèrent que les autorités aient pris la mesure de la gravité de la situation qui marque les premières averses de l’hiver. Mais rien n’est fait et tout recommence. Leurs espoirs sont déçus et ils paient, chaque fois un peu plus, le prix de l’indifférence étatique. Les autorités allèguent toujours d’un niveau de pluie supérieur à la normale.
Sous le mandat du président Amine Gemayel, une grosse tempête a frappé le Liban. Le 22 février 1983, plusieurs dizaines de personnes se sont retrouvées coincées au col de Baïdar par une tempête de neige qui a surpris le Liban et les Libanais.
Les voitures font du surplace sur les routes et les conducteurs se cherchent un abri pour se protéger contre la tempête. Mais ils sont pris au piège sans aucune issue de secours possible.
Des équipes de sauvetage étaient parties de Chtaura et de Mdeirege, mais, malheureusement, elles ont mis plusieurs heures à atteindre la région. Pendant ce temps, les gens sous la tempête enduraient le froid et l’impossibilité de se mouvoir. Ce n’est que le 23 février que les équipes de secours arrivent à destination. Le froid avait fait son œuvre, et soixante-trois personnes ont trouvé la mort dont quatorze soldats syriens.
Des commissions d’enquête sont chargées de soumettre leurs rapports aux autorités. Celle, présidée par le juge Youssef Gebran, avait établi un constat accablant. Les stocks de sel anti-verglas avaient été vendus avec la complicité d’officiers syriens et les voitures, spécialement équipées pour les routes enneigées, sont utilisées à des fins personnelles. Le poste de Baïdar est abandonné depuis l’invasion israélienne en juin 1982, alors que les communications sont coupées entre tous les postes de la région et le quartier général des Forces de sécurité intérieure (FSI).
Ce rapport est soumis au Conseil des ministres, et le 25 février, le Conseil décide de révoquer les directeurs généraux des FSI, Hicham Chaar, des Travaux publics, Antoine Rayess, et les mohafez de la Békaa, Henri Lahoud, et du Mont-Liban, Fadel Hamouié. Hicham Chaar avait été désigné le 8 décembre au poste de directeur général des FSI.
Malgré ces mesures, le Liban attend chaque année la saison des pluies avec l’angoisse de voir se renouveler les incidents et les catastrophes, en l’absence de mesures préventives réelles et efficaces.

Arlette Kassas

Inondations de Hay el-Sellom
Le 12 janvier 2013, Hay el-Sellom dans la banlieue sud, est déclaré «quartier sinistré» au premier jour de la tempête Olga. Le fleuve al-Ghadir est sorti de son lit, a détruit et inondé plusieurs habitations, construites sur ses rives. Des centaines de familles sont déplacées. Un plan de développement a été mis pour cette région. Un projet prévoyant d’allouer la somme de 25 millions de dollars pour réorganiser l’infrastructure de la zone d’al-Ghadir et de ses environs a été gelé en Conseil des ministres.

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