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Nº 2935 du vendredi 7 février 2014

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Après Hermel, Choueifate. Les kamikazes changent de mode opératoire

En moins de trois jours, deux attentats suicide ont fait basculer le Liban dans un nouveau cycle de violence inédit, les attentats touchant dorénavant les bus assurant la navette vers la banlieue sud.
 

Samedi 1er février au soir, le Hermel est, une fois de plus, victime d’une explosion, près de deux semaines après un premier attentat suicide ayant fait trois morts. L’attaque contre la station al-Aytam a été suivie de plusieurs explosions lorsque des citernes remplies d’essence ont pris feu. Trois personnes, dont un enfant, ont trouvé la mort dans cette explosion: Ali Amir Allaou, Issam Khaïrallah et Hassan Taha. On dénombrait quelque 28 blessés. La mort du jeune garçon appartenant à la famille Allaou a suscité un tollé et provoqué un mouvement de protestation des habitants, qui ont bloqué l’artère principale.
Cette première explosion du Hermel, tout comme la précédente datant du 16 janvier, a été revendiquée par le Front al-Nosra, un groupuscule syrien lié à al-Qaïda. Le groupe extrémiste avait appelé le Hezbollah à retirer ses combattants de Syrie et les  sunnites à éviter les régions chiites.
Selon les informations recueillies par les services de renseignement libanais, le kamikaze, qui n’a toujours pas été identifié, aurait suivi la route passant par Ersal, une bourgade sunnite abritant près de 70 000 réfugiés syriens, traversé Laboué en direction du Hermel, franchi deux barrages de l’armée sans susciter de suspicions. Les images des caméras de surveillance ont montré un jeune homme d’une vingtaine d’années au teint clair. L’armée a estimé la charge explosive à 25 ou 30 kilogrammes.

 

Ceinture explosive
Deux jours plus tard, une nouvelle explosion frappe cette fois la région de Choueifate. Selon les informations du bureau du président de la municipalité, Melhem Souki, l’attentat suicide qui n’a pas fait de morts à l’exception du kamikaze, a eu lieu près d’une station d’essence. «L’homme, qui portait une ceinture explosive, a actionné la charge après être monté à bord d’un minibus de transport en commun dans Choueifate. Il aurait suscité les soupçons du conducteur à cause de son embonpoint accentué par les explosifs cachés sous sa veste», a-t-on assuré. Deux personnes ont été blessées, dont le chauffeur du minibus.
Ces deux attentats surviennent quelques jours après l’arrestation du cheikh Omar el-Atrache, un homme de religion accusé d’être impliqué dans les derniers attentats terroristes. Le religieux aurait avoué avoir transporté deux kamikazes saoudiens, qui seraient en fuite, à Beyrouth. Atrache, qui a été arrêté alors que l’armée était à la poursuite d’un ressortissant saoudien, a été déféré devant le tribunal militaire. On a trouvé en sa possession les papiers d’enregistrement de voitures devant servir à des opérations terroristes. Le suspect a reconnu avoir participé à la logistique de ces opérations et se serait occupé du transfert de fonds. Il aurait également conduit les deux kamikazes responsables des explosions ayant visé l’ambassade d’Iran chez le Palestinien Naïm Abbas, un extrémiste basé dans le camp de Aïn el-Heloué. «Naïm Abbas aurait été impliqué dans plusieurs attaques sur les territoires palestiniens occupés et contre les forces de la Finul», précise une source palestinienne, s’exprimant sous couvert d’anonymat.
Abbas, ancien membre du Jihad islamique, est né en 1970. Il serait l’un des leaders des six mouvances radicales regroupant d’anciens membres de Osbat el-Ansar, de Haraka islamiya moujahida, de Jund el-Cham, de Fateh al-islam et des Brigades Abdallah Azzam. «Il réside actuellement dans le quartier de Hotein (dans Aïn el-heloué) et joue désormais un rôle important dans ces organisations radicales», ajoute la source.
Les aveux de Omar el-Atrache ont révélé que Abbas serait également connu sous le nom d’Abou Sleiman, une information que Magazine n’a pu toutefois confirmer. Selon les mêmes informations, c’est Abou Sleiman qui aurait remis la voiture piégée à Qoutaiba el-Satem, l’auteur de la première attaque suicide à Haret Hreik.
Selon les aveux d’Atrache, les deux kamikazes qui se sont fait sauter au niveau des points de contrôle de l’Armée libanaise dans les secteurs d’Awali et de Majdelyoun à Saïda, et qui jusqu’à présent n’avaient pas été identifiés, seraient des ressortissants qataris, qu’il aurait transportés de la Békaa à Beyrouth.
Une source de l’armée a indiqué que l’un des attaquants morts dans les combats semblait être un citoyen arabe et non pas un Palestinien ou un Syrien.
Le Commissaire du gouvernement près du tribunal militaire, le juge Sakr Sakr, a inculpé Atrache et douze autres personnes dont des ressortissants libanais, syriens et palestiniens, pour leur appartenance à un groupe terroriste dans le but d’organiser des attentats, de recruter des individus pour effectuer des actes de terrorisme, et pour leur implication dans les attentats à Haret Hreik.

Mona Alami

Réactions à Ersal
Les informations selon lesquelles la voiture piégée, qui a frappé le Hermel, serait 
passée par Ersal ont poussé les notables de ce village frontalier de la Békaa à dénoncer les actes de terrorisme et à se désolidariser des terroristes. Le communiqué exprime «le refus du terrorisme d’un point de vue humanitaire et moral et au nom de l’engagement national et de la coexistence». Pour mieux accentuer cette position, une délégation de la 
municipalité et des moukhtars de Ersal a rendu visite à l’ancien président du conseil municipal de Laboué, Moustafa Rabah.

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