Magazine Le Mensuel

Nº 2943 du vendredi 4 avril 2014

Histoire

La nature au Liban. Un pas de plus vers un musée d’histoire naturelle

Jusqu’au 11 avril, l’exposition La nature au Liban. Merveille géologique et écologique prend ses quartiers au collège du Sacré-Cœur à Gemmayzé. Plus qu’un muséum temporaire, une véritable classe laboratoire pour découvrir l’une des plus importantes richesses du Liban, souvent méconnue.
 

«Tout commence lorsqu’un petit garçon trouve une pierre et se demande pourquoi elle ressemble à un escargot», introduit Antoine Tyan, responsable du laboratoire du collège du Sacré-Cœur. Cet enfant c’est lui. Il entreprend des études de biologie pour pouvoir trouver des réponses et, depuis plus de quarante ans, il n’a jamais cessé ses recherches. Cette exposition, on la doit à sa collection privée: des trésors naturels rassemblés au fil des ans. Cet amoureux des sciences, fondateur et président du Club des Sciences du collège et du mouvement lasallien pour la protection de l’environnement, a consacré sa vie à la recherche et à la découverte.
C’est en enseignant la géologie à ses élèves qu’il prend conscience de l’importance du visuel. «Il est très difficile pour des enfants de s’imaginer une roche calcaire. Mais dès que vous la leur montrez, ils la reconnaissent et une interaction se crée». D’une simple démonstration en classe pour expliquer les différents types de roches existantes. «Comme ils se sont montrés intéressés, nous l’avons améliorée et conçu ce musée temporaire».
Dans l’une des galeries du collège, une salle s’est donc transformée, pour trois semaines, en musée d’histoire naturelle. Tapissé de photographies prises par Tyan, montrant la diversité des paysages libanais, le muséum temporaire propose mille et une roches diverses et variées. «En présence des élèves, de différents collèges, le lieu devient une classe laboratoire. Ils y découvrent, étonnés, émerveillés, la richesse du Liban. Ils commencent à s’intéresser à la géologie et certains ont même émis le souhait de débuter une collection… Nous voulons les éduquer à l’environnement. Protéger la nature n’est pas une question d’amour, mais de sciences. Nous ne leur demandons pas de devenir des spécialistes, mais d’acquérir une certaine culture sur le sujet». Echantillons de minéraux, cristaux, minerais, roches calcaires, argile, stalactites, stalagmites, silex, roches métamorphiques, magmatiques, fossiles et ambres… Tous sont étiquetés et expliqués dans des brochures en français, anglais et arabe. Pour bien comprendre l’importance de la géologie, Tyan précise: «La biodiversité du Liban est due à sa structure géologique. La vie dépend du milieu. Les environnements biologique et géologique vont de pair».
Sur une table, une roche flotte dans un bocal rempli d’eau. C’est une pierre ponce volcanique, connue pour être utilisée comme exfoliant dans les salles de bains. Jadis à l’état de lave, elle a été projetée en l’air et a refroidi très vite, emprisonnant du  gaz, ce qui lui permet de flotter. Des roches volcaniques au Liban? «A la fin de l’ère géologique tertiaire, début quaternaire, le Liban a connu beaucoup d’activités volcaniques. On trouve des échantillons de ces roches au Akkar, à Feïtroun ou encore à Jabal al-Sheikh (mont Hermon)». Sur une seconde table, des roches calcaires, symboliques du Liban, attendent leur tour pour quelques précisions supplémentaires. «Entre leurs strates, on peut découvrir des fossiles. C’est comme les pages d’un livre, les négatifs d’un film, où l’on pourrait étudier l’histoire de la vie sur terre. Grâce à ces fossiles, on sait que le Liban, à la fin de l’ère tertiaire, était entièrement couvert par l’eau. La vallée de la Békaa par exemple n’existait pas, ses deux chaînes de montagnes ne constituant qu’un et même massif». Il existe des fossiles de végétaux, bien que rares, et d’animaux tels que présentés dans le muséum: poisson soleil, crevette, grenouille, serpent ou encore Rhinobatos maronite, une espèce que l’on ne retrouve qu’au Liban. Un spécimen a été offert au pape Benoît XVI par le patriarche Béchara Raï. Dernière étape de la visite: l’ambre insectifère libanais, le plus vieux au monde, datant de 125 à 135 millions d’années. «Les conifères sécrètent des résines qui tombent sur le sol, dit Tyan. Avant de se solidifier, des débris végétaux et des insectes viennent parfois s’y intégrer. Grâce à ces insectes, on peut étudier la vie préhistorique».

Delphine Darmency
 

De 8h à 14h, du lundi au vendredi.

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