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Nº 2947 du vendredi 2 mai 2014

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Hayda mich film masri de Lina Abyad. La violence conjugale

Parce que le bruit de la casserole à pression qui a tué Manal Assi ne cesse de résonner dans son esprit, Lina Abyad a décidé de mettre en scène Hayda mich film masri, au théâtre Gulbenkian à la LAU (Lebanese American University). Des témoignages retentissants…

Parce qu’il faut en parler, encore et toujours, jusqu’à aboutir à un réel changement, non seulement des lois, mais de la société, des mentalités, des coutumes et des sujets tabous qui ne cessent de régir notre vie. Parce qu’il faut toujours en parler, Lina Abyad transpose ce combat sur scène à travers une pièce au titre plus que suggestif. Hayda mich film masri parce que les histoires qui résonnent dans la salle du théâtre Gulbenkian à la LAU peuvent se ressentir comme imaginées, irréelles, inconcevables, sauf au cinéma, le cinéma égyptien plus particulièrement comme terreau de lamentations et de pleurs tel que communément conçu.
Mais ces histoires que le spectateur entend, le corps tendu, sont vraies. Ce sont des témoignages de femmes ayant subi des violences conjugales, des témoignages d’enfants témoins de la violence exercée par leur père sur leur mère. Et contrairement à son habitude, Lina Abyad s’est adressée au public avant le début de la pièce, pour expliquer la véracité de ces histoires, de ces témoignages. D’ailleurs elle précise également dans la note d’intention qu’il ne s’agit pas d’un spectacle, mais «des mots de ces femmes» qui ont eu le courage de dire non, avant qu’il ne soit trop tard, et surtout de raconter leurs histoires, dans l’espoir qu’une action pourra se mettre en place pour éviter ce calvaire à d’autres femmes.
«Je t’aime, je ne peux pas vivre sans toi. Mais si tu me quittes, je te tue». Ces mots reviennent comme un leitmotiv tout au long de la pièce, ces mots enrobés de miel et de fiel que les hommes violents adressent à leurs femmes. En monologues qui s’entrecoupent, en répliques qui s’entrecroisent, dans une mise en scène épurée et symbolique, entre les barreaux d’une prison et les bris de porcelaine, au bout d’une laisse de chien tendue de manière brute, sans faux-fuyants, les comédiens et comédiennes, pieds nus, donnent corps à ces mots vibrants, poignants, insoutenables. Le spectateur se positionne dans l’esprit de ces femmes, essayant surtout de comprendre pourquoi elles ont accepté d’endurer autant de souffrances, d’humiliation. Une question qu’elles-mêmes se sont posée à maintes reprises et à laquelle nous ne cessons nous-mêmes d’y penser, d’y revenir, pour réaliser encore et encore que la faute incombe en partie, en grande partie, à notre société, à nous tous.
Les représentations se poursuivent au théâtre Gulbenkian à la LAU, jusqu’au 4 mai, à 20h30.

S’abandonner, dit-elle
La peur, quand elle nous tient

Après la performance «open studio», Hussein, c’est la deuxième escale du programme Zoukak Sidewalks. Du 21 au 26 avril, Paola Comis et Sandrine Lanno étaient en résidence au Studio Zoukak pour donner un atelier de travail et présenter leur spectacle S’abandonner, dit-elle, le 24 avril. Une performance à laquelle le public libanais n’est pas réellement encore habitué, une performance participative qui l’implique dans sa présence, dans ses mots, dans ses craintes. Dès les premières minutes, Paola Comis s’adresse à nous, nous demandant de fermer les yeux et d’imaginer notre plus grande peur, de la décrire sur un morceau de papier donné dès l’entrée. Le ton est donné. Humour, dérision, improvisation, écriture immédiate, dialogue avec le spectateur, Paola Comis se démène sur scène, ne s’épargne à aucun moment et nous enchante d’une manière ambivalente, toujours entre le sourire et la réflexion. Et même s’il est difficile de s’identifier à certains témoignages collectés par la compagnie et qui prennent corps sur scène, on en sort profondément marqué, à essayer encore de visualiser nos peurs.
Le prochain rendez-vous dans le cadre de Zoukak Sidewalks est dans quelques jours; la compagnie française Du Zieu présentera la performance Othello, variations pour trois acteurs, du 6 au 9 mai, et la performance L’avantage du printemps le 12 mai, à l’Institut français du Liban, ainsi qu’un atelier de travail les 17 et 18 mai.
www.zoukak.org

Le Festival du printemps
La 4e édition du Festival du printemps a été lancée le 28 avril et se poursuit jusqu’au 26 mai au théâtre Tournesol. Evénement bisannuel organisé par l’association Shams en collaboration avec al-Mawred al-Thaqafi, le Festival du printemps vise à réunir des artistes des quatre coins du monde, en musique, littérature, arts visuels, théâtre, danse, la plupart n’ayant pas encore présenté leur travail à un public égyptien ou libanais. Des rendez-vous culturels métissés à ne pas rater.
Informations: www.shamslb.org et page Facebook Spring Festival – Beirut 2014.

Kamikaze – Vent divin
«C’est de citoyen à citoyen que les choses vont changer»

Kamikaze ou Vent divin, tel est le titre de la pièce qui sera présentée ce week-end encore dans la petite salle ACT du théâtre Monnot. Une pièce franco-tunisienne écrite et mise en scène par Nebil Daghsen.

«Le titre est un peu une provocation, c’est vrai, lance Nebil Daghsen. Mais c’est surtout pour bousculer les clichés». Et il revient sur l’origine japonaise du mot «kami kaze» qui veut dire vent divin, en référence au tsunami qui a empêché au XIIIe siècle les invasions mongoles du Japon, puis aux Japonais qui, durant la Deuxième Guerre mondiale, se faisaient exploser par patriotisme. Un mot qui par une mauvaise utilisation médiatique s’est ancré dans l’opinion publique comme synonyme d’attentat suicide.
Entre la réalité des choses et les informations transmises par les médias, utilisées par les sociétés, les choses s’emmêlent dans la vie, tout comme dans la pièce. Kamikaze en effet aborde plusieurs thèmes, plusieurs questions essentielles qui «s’inscrivent dans les enjeux contemporains qui font notre époque. Et c’est ce qui donne du sens à notre travail, ajoute Nebil Daghsen. Il est important de poser des questions aux gens qui n’ont pas le temps de se les poser, de les inviter à y réfléchir».
Créé entre la France et la Tunisie, Kamikaze parle essentiellement de la peine de mort. Un jeune homme, matricule 3005, est condamné à mort à la suite d’un attentat sanglant. L’exécution a lieu dans une heure durant laquelle il reçoit ses dernières visites, son avocat, un journaliste, le bourreau et une militante des droits civiques. «Quand j’ai travaillé le personnage, je ne voulais surtout pas en faire un mur à une seule couleur, sinon il n’y aurait pas d’enjeu dramatique. Et un des enjeux est d’inviter les gens dans un endroit interdit normalement, à être avec lui dans la cellule. C’est beaucoup plus compliqué que de vouloir la mort de quelqu’un de très loin».
L’équipe reconnait que la pièce concerne peut-être davantage les gens du Moyen- Orient et des pays arabes, et cela s’est fait sentir dans l’accueil du public différent d’un pays à l’autre, entre une audience pour qui l’attentat est dans la chair, dans l’esprit, et des spectateurs qui vivent protégés des enjeux du monde qui les concerne intellectuellement, non physiquement. Mais la pièce ne se situe pas dans un espace géographique déterminé. D’ailleurs, Nebil et les comédiens, Vincent Pailler et Lyazid Khimoun, évoquent tous les trois l’attentat sanglant qui a eu lieu l’année dernière en Scandinavie. «Le mal, l’aveuglement, l’extrémisme n’ont pas de nationalité. Ils s’inscrivent dans la race humaine. Mais comment sont-ils nés, pourquoi? Qu’est-ce qui fait qu’à un moment quelqu’un est prêt à se supprimer pour un idéal? Je trouve qu’il y a énormément de réponses à donner, estime Nebil. Qu’est-ce que nous avons raté dans nos responsabilités, dans nos échanges, dans notre manque d’ouverture, les peuples entre eux, même en termes de jeunesse? On n’est pas innocent, et c’est ce que je veux bousculer. Quels sacrifices chacun de nous est-il prêt à faire, quelle part de notre confort personnel est-on prêt à lâcher? C’est la vraie question». Et c’est pour cette raison que Nebil tient à ce que la pièce tourne, après la banlieue parisienne et Tunis, à Beyrouth, puis à Paris, à Bruxelles. «J’ai l’intime conviction que ce sont les rencontres qu’on tisse çà et là qui feront que le monde sera meilleur. C’est de citoyen à citoyen que les choses vont changer pour de vrai. Il ne faut pas compter sur les gens qui ont du pouvoir, mais sur nous, les vraies gens».
Les représentations se poursuivent ce week-end encore, jusqu’au 4 mai, dans la petite salle du théâtre Monnot, à 18h30.

Kell jem3a 3azimé
de Chadi Zein
Du 24 au 27 avril, les planches du théâtre Monnot ont accueilli la pièce Kell jem3a 3azimé, une comédie noire musicale écrite et mise en scène par Chadi Zein. «Entre rires, chansons et larmes, notre condition humaine est remise en question», stipule la présentation de la pièce. Personnages et acteurs répètent devant le public le Stabat Mater. De mise en abyme en mise en abyme, de grimaces en gesticulations, de musique de fond en chant direct, porté principalement par deux belles voix féminines, mais souvent inappropriées, la pièce passe sans accroche, s’étalant dans la durée, dans une logorrhée incessante où l’intention de départ se perd dans les méandres du sentiment artificiel.
Le problème de Kell Jem3a 3azimé, un problème de taille, c’est l’absence d’enjeu dramatique, de dialogue dramatique. Le créateur de la pièce se place dans un simple positionnement de ses opinions qu’il aligne dans le discours de chacun des personnages, un discours qui, hélas, reste au premier degré dans une approche personnelle et naïvement fédératrice. Rien de nouveau, mis à part quelques astuces scéniques, quelques mots qui tonnent fort, mais dont l’impact fulgurant se perd dans la longueur de chaque tirade et de la pièce dans sa totalité. Deux heures de temps où la condition humaine se transforme en parade tragicomique.

 

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