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Nº 2982 du vendredi 2 janvier 2015

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Alexandre Manoli, psychologue «La meilleure prévention, la présence auprès de l’ado»

Le phénomène de leadership est normal et constructif. Ce sont les comportements malsains qui deviennent dangereux. Alexandre Manoli, psychologue conseiller et psychologue scolaire, répond aux questions de Magazine.

Ce phénomène à l’école existe-t-il au Liban?
Oui, comme partout dans la société d’aujourd’hui. Ceci est observé même chez nos jeunes écoliers. Il y a le leader, son assistant, etc. Ceci est normal et constructif, mais nous observons cependant souvent des comportements malsains où un enfant est rejeté par le leader car il a osé devenir l’ami d’un tel qui est l’«ennemi» de «son groupe». Nous observons de plus en plus de jeux de pouvoir souvent malsains chez nos jeunes élèves: «Si tu parles avec lui, tu ne seras plus mon ami»…Nous y voyons souvent, hélas, un reflet de la société actuelle. Nous tentons de remédier à cela par des programmes de prévention contre la violence morale entre les enfants.
Ce phénomène est également observé chez les adolescents. Le leader «cool» est choisi par le groupe, et il est souvent idéalisé. Il permet aux jeunes de se construire, de s’identifier, à moins qu’il ne s’agisse d’un groupe où les enjeux sont malsains (manipulation, intimidation, incitation à des conduites destructrices ou autodestructrices).
 
Comment luttez-vous contre ces problèmes chez les jeunes?
Le premier mot qui me vient à l’esprit est l’écoute. L’écoute du jeune est indispensable après lui avoir assuré le sentiment de protection et de confiance (confidentialité). Lui permettre de s’exprimer, de reconnaître ses propres émotions pour ensuite les gérer, ce qui lui permettra, par la suite, de réfléchir à ce qui le fait souffrir pour enfin avancer vers des solutions. Le psychologue est là pour répondre à ses besoins de grandir dans son autonomie, celle qui lui permet de trouver des solutions par lui-même. Ce professionnel est un agent de prévention, il n’est pas là pour lui fournir des conseils «tout faits» qui risquent de renforcer sa dépendance et de l’arrêter dans la croissance de son développement personnel. Des groupes de parole animés par le psychologue peuvent se constituer notamment à l’école pour favoriser la réflexion collective autour d’un fait social qui perturbe les jeunes.
Si le jeune en question est d’accord et si cela est nécessaire, le psychologue peut prendre contact avec les parents afin de les aider à assurer un meilleur accompagnement de leur jeune dans sa difficulté.

Comment les parents libanais réagissent-ils à ces problèmes?
Il existe trois types de réactions de la part des parents: ceux qui sont dans l’hyper protection de leur adolescent, en voulant à tout prix «régler le problème» à sa place, ceux qui sont peu présents et qui minimisent ou méconnaissent l’importance du problème et, enfin, ceux qui prennent le temps d’écouter leur jeune adolescent en l’aidant à se confier, à réfléchir au problème, et, au besoin, demander l’aide d’un professionnel.

Comment reconnaît-on la dépression chez les jeunes Libanais?
Au Liban comme ailleurs, la dépression est une maladie caractérisée par un ou plusieurs symptômes observables et repérables. Mais avant cela, il faudrait faire la différence entre une déprime et une dépression. La déprime est un mal-être passager de quelques jours tout au plus, en général en réaction à un événement désagréable ou à une période difficile qui correspond souvent à l’adolescence: acceptation des transformations de son corps, renoncement au monde de l’enfance, découverte de la sexualité, rejet de l’image parentale etc. La déprime n’entraîne pas de changement durable dans le comportement de l’adolescent.
La dépression, quant à elle, est une maladie psychologique qui engendre une profonde tristesse qui perdure sur une longue période et entraîne des changements de comportement. Elle prend souvent une forme masquée et peut, si on ne la repère pas à temps, aboutir à une tentative de suicide. La dépression peut se manifester par des comportements inquiétants: abus de drogues ou d’alcool, fugues, délinquance, désinvestissement scolaire soudain, automutilation, troubles alimentaires (anorexie, boulimie). Les filles se plaignent plutôt de troubles somatiques (maux de ventre, ou de dos), alors que les garçons ont tendance à souffrir d’agressivité ou de comportements asociaux. C’est là où il est urgent de réagir vite et de consulter.
 
Quelle est la cause majeure de la dépression au Liban? Faut-il toujours une raison pour être dépressif?
En dehors de la déprime et de ses possibles raisons que j’ai évoquées plus haut, il y a certes une ou plusieurs causes considérables pour devenir dépressif. Certaines personnes sont bien plus prédisposées à être dépressives en fonction de la structure de leur personnalité fragilisée par une histoire affective précocement douloureuse, comme dans les exemples cités plus haut. Souvent une raison anodine ou un événement survenu à un moment donné de la vie du jeune (échec social, sentimental ou scolaire) peut déclencher une réelle dépression restée latente jusque-là. Le meilleur moyen de prévention est d’être présent auprès de l’enfant et de l’adolescent − et de ses parents − (notamment à l’école, au collège et au lycée) et d’être à l’écoute de sa souffrance, pour ensuite lui proposer de l’aide.

Propos recueillis par Anne Lobjoie Kanaan

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