Magazine Le Mensuel

Nº 2998 du vendredi 24 avril 2015

Dossier

Turquie-Arménie. Frontières et cœurs fermées

Toujours fermée, la frontière entre la Turquie et l’Arménie témoigne des dissensions toujours vivaces entre les deux pays. Pourtant, des accords historiques avaient été signés en 2009 entre Erevan et Ankara, dans une tentative de normaliser les relations.
 

Jusqu’à présent, les quelque 268 kilomètres de frontière entre l’Arménie et la Turquie demeurent obstinément fermés. Et ils pourraient le rester encore longtemps.
Pourtant, le 10 octobre 2009, une lueur d’espoir avait jailli, depuis Zurich, en Suisse, au terme d’intenses tractations. Ce jour-là, les ministres des Affaires étrangères de Turquie et d’Arménie, Ahmet Davutoglu et Edouard Nalbandian, échangent une longue poignée de main. Autour d’eux, la ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey et ses homologues russe, Sergueï Lavrov, français Bernard Kouchner, ainsi que le chef de la diplomatie européenne Javier Solana et, enfin, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton. La cérémonie est pourtant brève. Aucune allocution n’est finalement prononcée, mais des accords sont bel et bien signés entre les deux ennemis. L’accord turco-arménien prévoit ainsi l’établissement de relations diplomatiques et la réouverture de la frontière, sous condition de ratification de protocole par les Parlements des deux pays. A l’époque, le président arménien Serge Sargsian se heurte à une opposition forte de la diaspora. La mise en place d’une commission composée de «scientifiques objectifs» afin d’examiner «les archives et les sources historiques» fait grincer des dents. Elle est perçue comme une tentative de remise en cause du génocide arménien. Pourtant, lors d’une adresse solennelle à la nation, au lendemain de l’accord, Sargsian avait assuré qu’il n’y avait «pas d’alternative à l’établissement de relations, sans conditions préalables, avec la Turquie». Tout en martelant qu’«avoir des relations avec Ankara ne doit en aucune manière créer un doute sur la réalité du génocide (…)». «C’est un fait bien connu et qui doit être reconnu», avait-il insisté.
En Turquie, ce n’est pas mieux, puisque le gouvernement se voit accusé de trahir l’allié azerbaïdjanais. L’Azerbaïdjan est en effet le troisième «invité» des relations difficiles entre l’Arménie et la Turquie. En jeu, le Haut-Karabagh, cette enclave arménienne en territoire azerbaïdjanais, qui avait été le théâtre d’une guerre lors de l’effondrement de l’ex-URSS.

 

Le problème du Haut-Karabagh
Côté turc, c’est d’ailleurs ce problème du Haut-Karabagh qui fera capoter l’espoir jailli à Zurich. Ankara conditionne en effet la normalisation avec son voisin au règlement, en faveur de l’Azerbaïdjan, de cette question. L’intransigeance turque pousse alors Erevan à ne pas donner suite à une éventuelle ratification de l’accord.
Depuis toujours particulièrement tendues, les relations entre la Turquie et l’Arménie butent, depuis des lustres, sur un certain nombre de questions historiques et politiques. En premier lieu, bien sûr, le génocide arménien par l’Empire ottoman, que la Turquie refuse toujours de reconnaître.
Pourtant, en 1991, la Turquie reconnaît l’Etat arménien, peu après son indépendance. Sans pour autant que des relations diplomatiques soient établies. En 1993, la tension monte encore d’un cran, avec la décision turque de fermer ses 268 km de frontière commune avec l’Arménie, pour soutenir son allié azerbaïdjanais, alors que la guerre du Haut-Karabagh fait rage. Ce conflit envenime encore le contentieux entre l’Arménie et la Turquie. Au terme d’une guerre de six ans (1988-1994), Erevan prend le contrôle de cette enclave peuplée d’Arméniens. De quoi figer un peu plus l’inexistence de relations sur lesquelles le poids du génocide de 1915 pèse déjà.
Oubliés dans les cartons depuis 2010, les protocoles signés à Zurich entre les deux voisins ont failli, cette année, être soumis à la ratification du Parlement arménien. Mais nouveau coup de théâtre, à deux mois du centenaire du génocide arménien. Le 16 février dernier, le président arménien, Serge Sargsian, décide de retirer du Parlement les protocoles portant sur la normalisation. En cause, l’attitude d’Ankara. «Le gouvernement turc n’a aucune volonté politique, déforme l’esprit et la lettre des protocoles et continue de poser des conditions», a ainsi dénoncé Sargsian. «La politique de déni et de réécriture de l’Histoire» prend de l’ampleur à Ankara, ajoute-t-il. De fait, la Turquie subit la pression de son allié azerbaïdjanais qui souhaite récupérer son enclave du Haut-Karabagh. Bakou a fait savoir à Ankara que la normalisation des relations avec l’Arménie ne serait possible qu’après le retour de l’enclave au sein du pays, sans quoi ses relations avec Ankara seraient révisées intégralement.

 

Jenny Saleh
 

Contentieux autour du centenaire
Aux tensions déjà existantes s’est greffé un contentieux de calendrier. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a en effet convié son homologue arménien à la célébration du centenaire de la bataille de Gallipoli… Un centenaire qui sera célébré le jour anniversaire du génocide, le 24 avril 2015.

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