Magazine Le Mensuel

Nº 2998 du vendredi 24 avril 2015

Événement

Little Armenia à Bourj Hammoud. Un symbole de coexistence

Considéré comme le fief de la communauté arménienne au Liban, le quartier de Bourj Hammoud s’apprête à célébrer le centenaire du génocide. Avec ses souks, ses écoles, ses églises et ses nombreux commerçants ou artisans, le cœur de la municipalité bat au rythme des traditions et générations successives d’Arméniens venus trouver refuge sur la rive droite de Nahr Beyrouth.

Créé au début des années 1930 sous l’impulsion de Caloust Gulbenkian, président de l’Ugab (Union générale arménienne de bienfaisance) et de la Société des nations (SDN), le quartier de Bourj Hammoud est l’achèvement du grand projet d’établissement définitif des Arméniens au Liban. Situé sur la rive droite de Nahr Beyrouth, Bourj Hammoud n’était au départ qu’une vaste étendue marécageuse, presque inhabitée, couverte d’arbres fruitiers et d’arbustes. A l’époque, les premières habitations ne sont que de pauvres cabanes en bois et autres matériaux de première main. Lors de la mise en état de ces quartiers, face à l’afflux massif de réfugiés et faute de moyens, les habitations sont construites dans l’urgence et ne sont alors que des installations provisoires. Au fil des années, les cabanes cèdent la place à des bâtiments comme ceux qu’on observe aujourd’hui. En quelques années, cet ensemble de 2,5 km2 est devenu une véritable municipalité qui compte aujourd’hui environ 150 000 habitants, dont 60 000 Arméniens. Selon Georges Krikorian, vice-président du conseil municipal de Bourj Hammoud, «la plupart des Arméniens étaient des artisans reconnus et pratiquaient des métiers que les Libanais n’exerçaient pas, comme la bijouterie, la cordonnerie etc… il n’y avait donc pas de concurrence entre les deux communautés».
 

Mosaïque de communautés
Evoquant les clichés des Beyrouthins venus à Bourj Hammoud uniquement dans le but d’y réaliser de bonnes affaires, Georges Krikorian tient à souligner que le quartier possède en outre un grand dynamisme culturel. Ainsi, Bourj Hammoud a donné une identité à ces réfugiés, démunis, certains orphelins ayant survécu aux massacres. Peu à peu, il est devenu une véritable «mosaïque» de communautés: «Il y a des chrétiens, des musulmans, des Syriens, des Kurdes, qui y cohabitent en toute harmonie. Pendant la guerre du Liban, Bourj Hammoud était un peu un îlot de stabilité. N’importe qui cherchant la paix pouvait y venir et s’y installer à une condition: ne pas importer le conflit dans le quartier».
En longeant les ruelles étroites qui sillonnent le quartier historique, on ne peut que remarquer les fils électriques enchevêtrés, les façades vétustes et les devantures des magasins où nombre de Libanais viennent s’approvisionner. L’identité arménienne est bien là, présente à chaque coin de rue. De part et d’autre des trottoirs, les boutiques, qui ont presque toutes pignon sur rue, semblent afficher fièrement le nom de leurs propriétaires: «Terzibachian, vente en gros d’éponges et matelas», «Electro Hagop», «Tchekmeian transport», «Ramzik garage»… Plus loin, au milieu des parfums émanant des restaurants, des boulangeries, joailleries et autres commerces arméniens se côtoient, le tout dans une ambiance de village où la vie semble bien paisible. En regardant de plus près, certains murs portant le graffiti «Turkey guilty» rappellent cependant que le spectre du génocide n’est jamais loin. De grandes affiches sont également déployées sur certains immeubles, avec la formule «se souvenir, ne pas oublier», qui symbolisent le centenaire du génocide et une fleur violette, dont les cinq pétales représentent les cinq continents où la diaspora arménienne a trouvé refuge.
Confronté aujourd’hui à de grands défis, écologiques (le dépotoir, l’usine de compostage, la menace d’une nouvelle usine pour traiter les eaux usées, les panneaux solaires récemment disposés autour du quartier…), communautaires (l’afflux de réfugiés syriens) et logistiques (l’impossibilité d’élargir les rues, les difficultés de stationnement…), Bourj Hammoud reste cependant l’un des poumons économiques du Metn. Selon Georges Krikorian. «Bourj Hammoud est un modèle de coexistence. Au conseil municipal, nous oublions religion et politique pour œuvrer au bien commun de notre ville! Pour les Arméniens, ce quartier est aussi tout un symbole», dit-il.

Marguerite Silve

Les origines d’un projet
Dans les années 1930, le projet de Bourj Hammoud présentait un double avantage pour le haut-commissariat français: dans un premier temps, il permettait de débarrasser les camps de réfugiés installés à Beyrouth, puis de construire à proximité de la capitale libanaise une nouvelle circonscription électorale qui serait acquise à sa cause. C’est sur cette base que le projet de Bourj Hammoud est engagé, avec l’aval des dirigeants arméniens qui se réjouissent de la perspective d’un regroupement de leurs milliers de compatriotes dans un nouvel endroit où ils seraient désormais majoritaires.

Un lieu de haute culture
Bourj Hammoud possède un conservatoire accueillant 800 étudiants, dix-sept écoles et universités, vingt-quatre associations culturelles, deux écoles de musique, cinq maisons d’artisans et instituts d’art graphique, trois expositions permanentes d’art graphique, deux salles de théâtre, six académies de danse, deux salles de cinéma très actives, neuf chorales, douze troupes musicales de tout genre et quatre expositions permanentes d’artisanat.

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