Magazine Le Mensuel

Nº 3000 du vendredi 8 mai 2015

Culture

Comme au cinéma

Marcedes de Hady Zaccak
Ou l’histoire du Liban

Ils ne font pas tous leur sortie commerciale sur nos grands écrans, ou pour un laps de temps suffisant. Pourtant, ils sont bien libanais ces films-là, peut-être pas à l’adresse du grand public, mais certains valent, oh combien, le détour. Parfois, il faut également attendre leur programmation dans le cadre d’un des nombreux festivals consacrés au cinéma, ou bien suivre assidûment les dernières informations de l’association Métropolis qui poursuit sans relâche ses efforts en faveur de la promotion du cinéma local et régional. Et puis, de plus en plus nombreuses, heureusement, il y a les sorties sur support DVD. C’est le cas de Marcedes de Hady Zaccak récemment sorti dans les bacs, à l’occasion de la commémoration des quarante ans de la guerre libanaise.
Marcedes, c’est sous sa forme argotique de couleur locale que nous connaissons la fameuse marque de voiture allemande. Une voiture qui s’est tellement bien insérée dans la société libanaise que Hady Zaccak en a fait le symbole du pays. A juste titre d’ailleurs, puisqu’elle est réellement perçue comme une icône, comme le révèle également la couverture du DVD.
Sérieux et drôle à la fois, se jouant tout autant d’éléments visuels que sonores, magnifiquement rendus et emmêlés à l’écran, Marcedes est un documentaire atypique. Tout d’abord parce que son personnage principal est la voiture Mercedes, modèle 180, appelé Ponton. Elle raconte son histoire, de son arrivée au Liban jusqu’à sa vie actuelle, entre son utilisation comme taxi service ou VIP, la concurrence avec une autre «famille» de voiture allemande, la non moins célèbre BMW, les déchirements qu’elle a vécus durant la guerre, le côtoiement de la reconstruction qui a exclusivement favorisé les pierres… En voix-off, elle déroule son récit, et le spectateur s’y projette, le cœur serré et le sourire en biais. Marcedes, un documentaire à garder absolument chez soi, comme devoir de mémoire avant tout.

 

Entre les mots
Only in Dubai: an essential guide to the Emirate’s expats

Les Editions Turning Point se tournent vers les Emirats, tout en s’adressant toujours aux Libanais; une ouverture encore plus cosmopolite, toujours dans l’esprit humoristique décalé qui distingue leurs publications. Dans la dernière, Only in Dubai: an essential guide to the Emirate’s expats, Sophie Robehmed s’amuse à décortiquer les personnages types de la communauté d’expatriés que l’on peut rencontrer ou croiser aux Emirats, plus particulièrement à Dubaï. «Cet endroit que tout le monde aime, déteste, ou, plus généralement, aime détester». Ces mots, tirés de la préface signée Annabel Kantari, auteur et journaliste, en charge notamment du blog Dubai Expat pour The Daily Telegraph, résument bien le sentiment complexe et ambigu qu’inspire Dubaï, qu’on connaisse le pays ou non, qu’on y ait vécu ou pas. Peut-être parce que Dubaï, plus que tout autre endroit, est entouré d’images clichés, de stéréotypes, dont on a mal à s’en débarrasser, figés dans un imaginaire cloisonné et paradoxalement de plus en plus ouvert à l’information immédiate véhiculée par les réseaux sociaux et autres moyens de communication virtuelle.
La journaliste britannico-libanaise, Sophie Robehmed, se présente elle-même comme une ancienne expatriée; alors à Londres, elle s’était vu proposer un travail à Dubaï, et le lendemain un travail en indépendante à Paris, la Ville lumière. Mais «elle a choisi de privilégier la raison au cœur», un choix qu’elle ne regrette nullement, puisque un an après son départ, elle a hâte de visiter Dubaï à nouveau, sans conditions, sans restriction. Par son profil, elle esquisse le type de «l’expat hésitant». Un parmi la vingtaine de types, de prototypes, exposés dans cet ouvrage.
Faites la connaissance des Jumeirah Janes, Bling Bloggers, Gym Obsessives, Culture Vultures… Avec humour, ironie et tendresse, elle croque les types d’expatriés qu’elle a eu l’occasion de rencontrer, de côtoyer, dans les rues, les restaurants, les centres commerciaux et autres soirées mondaines à Dubaï. Illustrés par les croquis de Karim el-Dahdah, elle décortique leurs habitudes, leurs endroits préférés, leurs parcours quotidiens, leurs tics, leurs mots habituels dans les discours.
Juste au moment où, légèrement fatigué de cette suite de «profils» dressés l’un à la suite de l’autre, on commence à croire qu’il ne s’agit que de stéréotypes présentés dans un écrin de douceur et de tendresse, en raison de l’expérience vécue par l’auteur, voilà qu’un groupe de ceux qu’on pourrait aisément qualifier de types «Third generation», attablés à côté, renvoie à ce cercle vicieux de la réalité. Impossible de ne pas prêter l’oreille, leur sujet de conversation renvoie immanquablement au contenu de l’ouvrage, et se profile à l’horizon de la discussion l’éventualité d’un séjour de travail à Dubaï… Drôles et amusants, divertissants et humains, ces textes ne sont sûrement pas destinés à être lus d’une seule traite, mais à être feuilletés quand l’envie et la curiosité se manifestent.

 

La ville autrement
Beyrouth à la rencontre de la poésie

Après ses premières rencontres littéraires tenues en octobre dernier, sous le thème Ecrivains entre deux cultures, la Maison internationale des écrivains à Beyrouth organise sa deuxième grande manifestation culturelle: Poésie et performance – 12 poètes dans la ville qui aura lieu les 8 et 9 mai, au théâtre Gemmayzé.
La poésie! On aurait facilement tendance à croire qu’elle est de plus en plus reléguée dans les pages jaunies de nos souvenirs d’écolier ou d’étudiant, qu’elle n’a plus rien à dire face à l’horrible absurdité du monde, qu’elle n’est qu’un passe-temps désuet et inutile. Mais comme le relève Beyt el-kottab sur son site, «l’apparente discrétion de la poésie dans le paysage éditorial et commercial ne signifie nullement sa disparition du paysage littéraire… Bien au contraire, elle demeure très vivante aujourd’hui, dans toutes les langues et dans toutes les aires culturelles, et ne cesse d’interroger l’être au monde, le social, le quotidien ou le langage, empruntant des modes d’expression sans cesse renouvelés et s’exposant à travers des formes d’oralités multiples et singulières».
Pour mettre, ainsi, en avant «la diversité de la poésie dans le monde, et la diversité de ses pratiques», la Maison internationale des écrivains à Beyrouth et l’Université Rennes 2 ont invité douze poètes et performeurs de huit pays à se produire et à faire entendre leurs textes dans la capitale libanaise, selon la programmation suivante:

Vendredi 8 mai
18h: William Cliff (Belgique), français.
18h30: Mohammad Fouad (Syrie), arabe.
19h: Pierre Parlant (France), français.
19h30: Hind Shoufani (Palestine), anglais.
20h: Keston Sutherland (Royaume-Uni), anglais.

Samedi 9 mai
16h30: Jad Hatem (Liban), français.
17h: Faouzi Yammine (Liban), arabe.
17h30: Sébastien Lespinasse (France), français.
18h30: Carles Duarte (Espagne), catalan/français.
19h: Iskandar Habache (Liban), arabe.
19h30: Florence Pazzottu (France), français.
20h: Andrea Brady (Etats-Unis), anglais.

www.beytelkottab.org

 

Flashs Culture
Un Libanais à Cannes

La nouvelle fait le tour de la Toile depuis quelques jours. Le court métrage, Waves ’98,d’Ely Dagher a été sélectionné en compétition officielle pour la Palme d’or du court métrage 2015 qui sera décerné par Abderrahmane Sissako, président du jury, lors de la cérémonie du Palmarès du 68e Festival de Cannes, le 24 mai prochain. L’annonce a d’abord été officiellement faite sur le site «à 35 mm de Beyrouth» qui donne à voir la bande-annonce de ce court d’animation d’une quinzaine de minutes. Désillusionné par la vie dans la banlieue de Beyrouth divisée, Omar, de découverte en découverte, plonge dans les profondeurs de la ville. Le voilà au cœur d’un monde à la fois proche et éloigné de sa réalité, entre doute et lutte intérieure… L’espace de quelques secondes, l’internaute-spectateur est frappé par la simplicité du dessin, la poésie des images et la tristesse de l’espoir, saisissant au vol quelques détails typiquement libanais, comme ce bibelot Grendizer en arrière-plan…
Selon le site www.35mmfrombeirut.com, Ely Dagher devient, par cette nomination, le premier Libanais à concourir en compétition officielle pour la Palme d’or au Festival de Cannes depuis que Maroun Baghdadi a remporté le Prix du jury pour Hors la vie en 1991.

www.waves98.com

 

Jabal ou les jeunes talents
La 11e édition du salon Jabal, Jeunes artistes des beaux-arts au Liban, lancée à l’initiative de la Fransabank,se tiendra du 14 au 16 mai, à l’hôtel Saint-Georges. Les jeunes artistes sélectionnés exposeront leurs œuvres, tous médiums confondus, peinture, sculpture, photographie… autour du thème Artistes visionnaires où mythes et rêves s’unissent autour du Liban.

Du 14 au 16 mai, 16h à 21h.

 

 

 

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