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Mouna Béchara

Des pots… très pourris

Commencer sa journée en écoutant les informations locales, et même souvent étrangères, est déprimant sauf pour les plus optimistes qui affirment que tout va bien. Alors que la bataille fait rage un peu partout sur la planète contre les régimes dictatoriaux, le Liban perd, année après année, son statut démocratique. Il n’est pas besoin d’en rappeler les raisons. Elles n’échappent à personne. La dégradation des institutions et de tous les services publics saute aux yeux, même des aveugles, et les cris de misère assourdissent les oreilles, surtout celles des principaux dirigeants d’un pays en faillite économique mais aussi morale. Une majorité de parlementaires, pour ne pas les accuser tous à tort, donnent l’impression d’être en dehors de la réalité ou même tout simplement du pays. Ils ne réalisent pas ou ne veulent pas le faire, trop d’intérêts étant en jeu, qu’ils contribuent à maintenir une situation qui les arrange et plonge le pays dans le désastre. Quelques ministres, dont leur chef, tentent désespérément de combler le gouffre que d’autres ne cessent d’approfondir. Un ensemble de personnalités influentes: hommes d’affaires, responsables d’organisations non gouvernementales, d’appartenances sociales, politiques, toutes communautés confondues se mobilisent et tentent, même un peu tard, de réveiller les consciences et appellent la société civile à réagir dans son propre intérêt pour se faire entendre et revendiquer le minimum de ce que les institutions étatiques lui doivent. Arriveront-elles à atteindre leur but? Un Etat handicapé, décapité, est-il viable? Ceux qui le maintiennent ainsi ne réalisent-ils pas le crime qu’ils commettent contre le pays et le peuple?

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Il y a tant à dire qu’on ne sait par où commencer? Le scandale de la prison de Roumieh est symptomatique de la dégradation de nos mœurs et remet en question la qualité des institutions libanaises et de ceux qui y travaillent. Pour certains, l’excuse facile est de rejeter la cause, sinon l’exécution du crime lui-même, à l’héritage syrien. Mais après quinze ans de la récupération de notre autonomie, n’est-il pas temps de réformer la fonction publique, surtout d’une administration aussi sensible que celle des prisons? D’opérer une véritable révolution sur la qualité de ceux qui sont concernés par la dignité de l’homme et qui ont la charge d’imposer le respect qui lui est dû? Ce qui s’est passé est, non seulement inhumain et barbare par l’action en elle-même, mais inimaginable au XXIe siècle, quel que soit le coupable et parfois présumé coupable, mais cet acte est aggravé par la diffusion d’une vidéo aussi horrible. Certes, les ministres concernés − de l’Intérieur et de la Justice − ont rapidement réagi, mais n’était-ce pas trop tard? Le ministre Nouhad Machnouk avait déjà pris, en janvier, des mesures à l’encontre des jihadistes, transférés d’un bâtiment à un autre d’une même prison, et les avait privés de leurs téléphones mobiles et de tout ce qui faisait de leurs cellules un véritable émirat. Le contrôle s’est-il arrêté?

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Autre sujet surprenant, celui du nouveau Code de la route. On pourrait dire qu’il était temps de se pencher sur le sujet sauf que celui-ci n’est pas nouveau même s’il porte sur des éléments récents, tels que l’utilisation des téléphones mobiles au volant, l’obligation d’utiliser la ceinture de sécurité, de ne pas griller les feux rouges − encore faut-il qu’ils ne soient pas éteints faute de courant − et d’autres recommandations, le tout accompagné de menaces lourdes de pénalités. Nul ne peut contester les mesures ainsi édictées, mais les jeunes candidats de ces dernières années aux permis de conduire n’ont-ils pas été soumis à un examen oral portant sur toutes, ou presque, les précautions actuellement mises en route? Feraient-ils majoritairement partie de ceux qui l’obtiennent par la grâce d’un piston haut placé? Quoi qu’il en soit, le Libanais est connu pour sa facilité à contrevenir à tous les principes tant qu’il peut le faire faute de contrôle. Aujourd’hui, malgré toutes les recommandations et les menaces de lourdes pénalités, ils continuent à ignorer ce code chaque fois que le gendarme n’est pas visible. Quant aux motards, il semble qu’aucune loi et aucune précaution ne les concernent.
 

Mouna Béchara

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