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Nº 3010 du vendredi 17 juillet 2015

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Waves ’98 d’Ely Dagher. Beyrouth, entrele réel et le surréel

Projeté dans le cadre de la Reprise de la Semaine de la critique au cinéma Métropolis, le film d’Ely Dagher, Waves ’98, a remporté la Palme d’or du court métrage au Festival de Cannes 2015. Une exploration personnelle autour de Beyrouth…
 

Comme un mouvement de vagues, une oscillation perpétuelle, un va-et-vient à la fois apaisant et inquiétant, le court métrage d’Ely Dager, Waves ’98, se base sur cette idée, cette image comme point de départ, celle des vagues. Un titre choisi pour deux raisons, comme il l’explique. «Je voulais jouer sur cette idée de répétition, ce mouvement atemporel qui se répète du début à la fin. Mais dans les vagues, dans la mer, il y a aussi l’idée d’une échappatoire totale de la vie, l’accès à un monde parallèle».
Dès les premières minutes, le spectateur se retrouve plongé dans des vagues de réminiscence. Autant d’éléments, de situations, de détails qu’on connaît bien pour les avoir tous vécus, qu’on continue à vivre. Une situation figée, un statu quo perpétuel; une salle de séjour, un couple, la télévision et les nouvelles qui tournent en boucle. Qui empoignent Omar, le personnage principal, dès le réveil matinal, qui se propagent jusque dans les airs de la ville. Beyrouth, l’autre personnage central du film, dont l’atmosphère est merveilleusement rendue à travers une alternance d’images d’animations et de prises de vues réelles.
Vivant entre Bruxelles et Beyrouth, chaque fois que Dagher revenait dans sa ville natale, il se sentait encore plus bizarre, d’être, à l’image de tous les Libanais, «dans une bulle. Cet endroit, cette espèce de ciel, dans lequel on vit et où on est détaché de la réalité, de tout ce qui se passe autour, que ce soit au niveau politique, économique, social». Sortir boire un verre avec les amis et tout au long du chemin voir des membres de l’armée postés un peu partout dans la ville, le paradoxe beyrouthin, surréel, difficile à accepter, d’autant plus que quand il est à l’étranger, il ne cesse de regarder les bulletins d’information. Alors qu’ici, il est «obligé de se déconnecter pour vivre tranquillement». Difficile d’accepter cet état de fait, comment l’accepter et faut-il l’accepter?
En partant de ce questionnement, de cette envie de se décortiquer, Dagher a commencé à écrire son projet, en 2012. Deux ans de travail acharné, presque en solo, puisqu’il est à la fois l’auteur, le réalisateur, l’animateur, le producteur, le monteur… Un vrai travail personnel qui correspond exactement au film qu’il présente comme «une exploration autour de cette idée de bulle, pour découvrir s’il s’agit de quelque chose de positif ou de négatif. Au début quand j’ai commencé, je ne savais vraiment pas comment allait être la fin. Ce n’est qu’au bout d’un an que j’ai décidé du dénouement. Le spectateur passe donc par tous mes états d’âme».
A-t-il, au final, trouvé une réponse? «Une réponse qui n’en est pas une; plutôt une résolution d’être plus à l’aise avec ces idées-là, de ne pas avoir trop d’angoisse à décider si c’est bien ou mauvais. Ce n’est ni l’un ni l’autre». Le film d’ailleurs s’achève sur cette image d’une boucle répétitive, mais paradoxalement ouverte.
A l’image des impressions ambiguës qui assaillent le spectateur, entre un apaisement et une menace; reflet de Beyrouth. La capitale qui avait directement inspiré son premier court métrage, Beirut, disponible sur son site www.elydagher.com
Un court métrage d’animation qui emmêle une ambiance post-apocalyptique, post-guerre, à des réminiscences d’Enki Bilal et sa célèbre Trilogie Nikopol. «C’était il y a longtemps, se rappelle Ely Dagher, en 2007». Entre-temps que de chemin parcouru, jusqu’à la nomination à Cannes, jusqu’à la victoire à Cannes. Une démarche qu’il a effectuée, tout seul, comme il l’explique, dans un sourire spontané. «J’ai juste envoyé le film. Et j’ai attendu». Voilà qu’il est nommé dans la sélection des courts métrages. Un premier but atteint. Mais une fois à Cannes, l’envie de remporter un prix commence à le gagner. Il a trois chances sur neuf, puisque cette section comporte autant de trophées. «Agréable surprise», il obtient la Palme d’or. Une victoire d’autant plus importante que le festival ne fait pas de distinction entre les films en prises de vues réelles et les films d’animation, au risque d’emmêler des films comme Waves ’98 et des films pour enfants, ce qui est très loin d’être le cas. «Le plus important, c’est que ce prix va me faciliter le travail sur d’autres projets. Le jour-même, j’ai commencé à plancher sur mon prochain film».

Nayla Rached
 

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