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Nº 3011 du vendredi 24 juillet 2015

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Kurdistan irakien. Des investisseurs libanais en difficulté

Le Kurdistan irakien, réputé région exemplaire au Moyen-Orient en raison de sa stabilité et de son développement, a vu sa situation économique décliner depuis le début d’un conflit avec Bagdad portant sur les rentes pétrolières et la guerre contre l’Etat islamique. Ce retour de situation s’est répercuté sur la communauté d’investisseurs libanais.

L’année passée s’est avérée particulièrement difficile pour la région du Kurdistan irakien. En effet, les déboires économiques de cette province ont débuté par un différend financier avec Bagdad, lorsque le gouvernement fédéral de l’Irak a annulé la part du budget irakien qui devait parvenir à Erbil et a refusé de payer les salaires des fonctionnaires du secteur public. Le gouvernement central a également accusé les administrateurs de la province du Kurdistan (KRG) d’avoir exporté du pétrole en contournant la compagnie pétrolière étatique irakienne Somo par l’entremise de la Turquie.
 

Contrats résiliés
«Selon la Constitution, la province kurde a droit à 17% du budget total irakien. A la suite du conflit ayant débuté, deux ans avant le départ de Nouri el-Maliki, Bagdad a longtemps refusé de verser les revenus pétroliers revenant à Erbil afin de faire pression sur les Kurdes, accusés de vendre du pétrole de manière illégale», explique Mohammad Chamseddine, chercheur auprès d’Information International.
Un différend qui traîne en longueur, le gouvernement d’Erbil clamant son droit à  contrôler ses propres exportations, et tout particulièrement le pétrole, du fait que sa part du budget a été annulée par Bagdad.
En pratique, cela veut dire que le Kurdistan ne recevait aucun transfert du Trésor public, cette situation se répercutant sur les salaires versés aux fonctionnaires.
«Le conflit entre l’ex-Premier ministre, Nouri el-Maliki, et le Kurdistan a entraîné une grave récession dans cette région. Les entreprises libanaises traitant avec le gouvernement, notamment dans les secteurs de la construction, ont vu leurs contrats résiliés ou ont dû continuer à travailler sans recevoir de rémunération. Les compagnies qui ont pu survivre à ce revers de situation sont celles établies au Kurdistan depuis un certain temps», souligne Chamseddine.
La chute du cours du pétrole ne fait qu’aggraver la conjoncture économique, et plus particulièrement entre les mois d’octobre 2014 et janvier 2015, durant lesquels le prix du baril passe de 82 dollars à 50 dollars, selon le quotidien américain le Wall Street Journal.
«Par ailleurs, le gouvernement de Bagdad avait estimé les revenus publics sur la base d’un budget de 150 milliards de dollars, cela n’est plus applicable avec la baisse du cours des hydrocarbures. Ceci se reflète également sur les revenus de la province kurde», ajoute
Chamseddine
L’état de guerre rend les conditions économiques plus difficiles, notamment après l’expansion en juin 2014 de l’Etat islamique (EI) au nord du pays. L’organisation prend Mossoul, la deuxième ville d’Irak, et un certain nombre d’installations pétrolières, tout en avançant vers Bagdad et Erbil.
Ces événements forcent la capitale et la province kurde à renouveler les négociations interrompues. Un cadre est élaboré peu après entre le Kurdistan et le gouvernement du Premier ministre Haïdar el-Abadi, sans que cela se concrétise par une entente véritable.
En mars dernier, lors du Forum de Suleimaniya organisé par l’Université américaine d’Irak, le ministre des Ressources naturelles de la province kurde, Ashti Hawrami, a publiquement accusé son homologue fédéral d’être revenu sur leur accord. «Pourquoi devrions-nous nous contenter de 208 millions de dollars, alors que nous avons droit à 3,6 milliards de dollars?», s’est-il demandé.
Cette conférence est toutefois suivie au mois d’avril par la visite du Premier ministre Haïdar el-Abadi au président du Kurdistan, Massoud Barzani. «La région du Kurdistan et toutes les autres provinces se plaignent de la part du budget qui leur est alloué, alors que le gouvernement souffre d’une crise financière», a déclaré Abadi en réponse à la question d’un journaliste.
Néanmoins, Chamseddine estime que cette réunion pourrait indiquer qu’une solution à la crise financière entre le Kurdistan et le gouvernement de Bagdad se profilerait à l’horizon. Un règlement qui serait attendu avec impatience par les entreprises libanaises.

 

Manque de liquidités
«La guerre et le conflit financier prévalant au Kurdistan ont provoqué un manque de liquidités sur le marché, ce qui peut expliquer en partie le ralentissement de l’activité économique», souligne une directrice marketing s’occupant de l’Irak ayant choisi de s’exprimer sous couvert d’anonymat. Le Kurdistan fait, en effet, face à de grosses dépenses militaires, qu’il finance en s’appuyant sur le secteur bancaire.
Cette convergence de facteurs négatifs s’est fait ressentir au niveau des petites et moyennes entreprises. «Les Libanais qui viennent d’investir dans le pays, et qui ont contracté des emprunts auprès des banques, se trouvent en quelque sorte pris au piège», selon Chamseddine.
Certains commerces, ayant récemment ouvert leurs portes, ont dû fermer. C’est notamment le cas de la chaîne de supermarchés Abou Khalil. Une information qui n’a pu cependant être confirmée auprès du groupe. Les compagnies libanaises de grande envergure comme le groupe Malia déjà bien implanté en Irak, ont, elles, mieux résisté au choc.
«La fermeture des frontières entre Bagdad et Erbil a eu des conséquences désastreuses, car ce sont les touristes arabes qui y dépensaient le plus», souligne David Abou Dargham, propriétaire de la chaîne hôtelière 35 Rooms. Les Irakiens qui visitent Erbil sont les plus gros consommateurs de la province. «Mais ils sont également traités avec suspicion en raison de l’infiltration des militants de l’EI», souligne une source gouvernementale sous couvert d’anonymat. De ce fait, les centres commerciaux et les restaurants se vident, ce qui se ressent au niveau des secteurs liés à l’activité touristique. «J’ai ouvert mon hôtel depuis à peu près huit mois. J’ai commencé avec une occupation de 2%, mais j’ai atteint avec beaucoup de chance les 50%, ce qui n’est pas le cas de la plupart des établissements», souligne Abou Dargham.
La présence de l’EI à quelques dizaines de kilomètres de la capitale du Kurdistan décourage les investisseurs, notamment dans le secteur du bâtiment. Les travaux dans ce secteur se sont arrêtés, de nombreuses tours construites en plein Kurdistan ayant été abandonnées avant d’être terminées.
Le Kurdistan irakien a été en grande partie épargné par la vague de violences touchant le pays. «Tout accord conclu entre Abadi et Barzani aurait des conséquences positives sur la scène économique et permettrait de restaurer la confiance des investisseurs, étant donné que les revenus principaux de la province proviennent de l’exportation des hydrocarbures. Mais il serait souhaitable que les Kurdes investissent également dans leur pays et que le gouvernement lance de nouveaux projets, comme la construction des routes et que soient terminées les tours ayant été abandonnées. A plus long terme, la défaite de l’EI se ferait certainement ressentir positivement sur la situation économique du Kurdistan», ajoute Abou Dargham.

Mona Alami
 

Des Libanais irréductibles
A la suite de l’offensive de l’Etat islamique à Mossoul, en juin 2014, les investisseurs libanais n’auraient pas tous quitté l’Irak. «La situation est en train d’évoluer positivement à Erbil, dans le Kurdistan irakien, et le danger qui planait sur la région au cours des dernières semaines est désormais derrière nous», selon le président de l’Union des Chambres libanaises de commerce, Mohammad Choucair, dans un entretien à la presse. «Les 1 500 investisseurs sont toujours sur place et aucun d’entre eux n’a arrêté ses projets ou quitté l’Irak», a-t-il assuré.

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