Magazine Le Mensuel

Nº 3015 du vendredi 21 août 2015

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Misbah el-Ahdab, ancien député de Tripoli. «Certains souhaitent diaboliser les sunnites»

Dans une interview accordée à Magazine, Misbah el-Ahdab considère qu’en fin de compte, c’est l’Etat qui protège certains groupuscules takfiristes pour servir des agendas régionaux et diaboliser la communauté sunnite dans son ensemble. Ahmad el-Assir et bien d’autres auraient dû être arrêtés depuis longtemps, insiste l’ancien député de Tripoli.

Que dites-vous de l’arrestation d’Ahmad el-Assir alors qu’il s’apprêtait à quitter le Liban pour le Nigeria?
Cet homme aurait dû être arrêté depuis longtemps. Mais, au lieu de cela, il profitait de financements généreux, d’un octroi de ports d’armes, de facilités inouïes de la part des services de renseignements de l’armée qui, en fait, soutiennent les terroristes et précisément Assir. Le but? Utiliser son nom – entre autres – pour diaboliser la communauté sunnite. A Doha, ils ont donné le contrôle de ces services aux forces du 8 mars et celui des FSI au 14 mars. Par ailleurs, aucun budget n’a été accordé aux régions du Nord où les gens vivent au-dessous du seuil de pauvreté. En fin de compte, c’est l’Etat qui protège certains groupuscules takfiristes pour servir des agendas régionaux. Ils sont nombreux ces cheikhs qui, à ce jour, considèrent les éléments de l’Armée libanaise comme des mécréants. Pourquoi les laisse-t-on en liberté? Pourquoi permet-on à des éléments armés de se faufiler à travers les frontières libano-syriennes pour aller combattre en Syrie? D’autre part, cette manifestation des aounistes sur la Place des martyrs où des slogans haineux anti-sunnites ont été lancés, n’est-ce pas là également une forme de takfirisme chrétien? Ne doit-on pas prendre des mesures contre ces gens?

La commission des ulémas de Tripoli a paru gênée par l’arrestation et a insisté pour qu’Ahmad el-Assir ait droit à un procès équitable. N’avez-vous pas confiance en la justice? Que craignez-vous au juste?
Je n’ai pas de commentaires à faire sur ce sujet. Mais nous assistons actuellement au Liban à une politique des «deux poids deux mesures», dans le sens où la poigne de fer des forces de l’ordre contre les jeunes sunnites, notamment ceux qui sont allés combattre en Syrie ou qui tout simplement sont sympathisants de l’opposition syrienne, est autorisée. Ces jeunes sont qualifiés de «terroristes». Et le Hezbollah qui poursuit sa guerre dans ce pays est intouchable. Lorsque des régions limitrophes situées à l’intérieur des frontières syriennes comme Wadi Khaled sont bombardées par le Hezbollah et que l’Etat laisse faire, est-ce normal? Tout contribue à pousser les sunnites à rejoindre les extrémistes. Il faut savoir ce que l’on veut au juste. Il y a une sorte de schizophrénie chez les responsables. Voulons-nous un Liban pays-message comme le pape Jean-Paul II l’a défini ou souhaitons-nous faire de toute une communauté des takfiristes? Il faut qu’une justice équitable soit appliquée. Moi-même, lorsque certains jeunes de Tripoli ont tiré sur la région alaouite, je n’ai pas hésité une seconde à livrer leurs noms aux autorités. Comme je l’ai déjà dit, il s’est avéré qu’ils étaient soutenus par les services de renseignements. Je ne défends pas aveuglément les sunnites, mais il faut dire les choses comme elles sont.

Ahmad el-Assir aurait été «lâché» par ses commanditaires. Pourquoi à votre avis?
C’est aux services de renseignements qu’il faut poser cette question. Je n’ai aucune information à ce sujet.

Vous ne cessez de mettre en garde contre Daech au Liban. L’arrestation d’Ahmad el-Assir est une bonne chose pour affaiblir les mouvances terroristes. Le Liban est-il toujours en danger sur ce plan?
Certainement. A ce jour, il semble que personne ne souhaite déstabiliser le Liban. Mais ne nous faisons pas d’illusions. Nous n’avons pas d’agenda en commun en tant que Libanais. Il nous faut établir une structure politique qui protège le Liban et le consolide, mais je ne pense pas que nous y soyons prêts.
 

Propos recueillis par Danièle Gergès

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