Magazine Le Mensuel

Nº 3016 du vendredi 28 août 2015

general

Déchets. Retour à la case départ

Les Libanais auraient attendu pour rien. Aussitôt les résultats des appels d’offres pour la gestion des déchets des six régions du pays annoncés, le Conseil des ministres décide de les annuler, considérant que les prix proposés par les entreprises, et dont les offres ont été retenues, étaient très élevés. Le dossier sera renvoyé devant la commission gouvernementale chargée du dossier.
 

Les noms des compagnies qualifiées avaient été annoncés par le ministre de l’Environnement, Mohammad Machnouk, au cours d’une conférence de presse au siège du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), en présence des ministres des Finances, Ali Hassan Khalil et de l’Intérieur, Nouhad Machnouk. La date de l’annonce avait été remise de semaine en semaine, alors que les déchets ménagers inondaient les rues depuis le 17 juillet. Les Libanais ne savent plus comment se débarrasser des déchets qui menacent leur santé partout, chez eux, au travail, dans les rues, près des plages, à la montagne.
Selon le ministre de l’Environnement, les offres de ces compagnies respectent le cahier des charges du Conseil des ministres. Leur travail sera supervisé en coopération avec les municipalités et des représentants de la société civile. Toujours, selon le ministre de l’Environnement, le Liban et les Libanais écrivaient ainsi une nouvelle page dans l’affaire du traitement des déchets. Il soulignait que pour la première fois, un appel d’offres de cette ampleur était lancé au Liban.
En janvier dernier, le gouvernement avait adopté le plan national de gestion des déchets, en même temps qu’il annonçait la fermeture de la décharge de Naamé à partir du 17 juillet. Les appels d’offres devaient suivre. Malheureusement, comme toujours, la question a traîné et la fermeture de la décharge, survenue pourtant en son temps, a surpris les Libanais et pris de court les responsables, si bien que les monticules de déchets ont envahi la capitale et ses environs pendant des jours avant que les municipalités ne réagissent et prennent des mesures provisoires pour dégager les rues.
Selon le plan national de la gestion des déchets, le Liban est partagé en six régions: Beyrouth et ses banlieues, le Mont-Liban nord, le Mont-Liban sud, le Nord et Akkar, la Békaa et le Hermel, le Sud et Nabatiyé. Des sociétés privées doivent gérer cette affaire, une seule ne peut en principe être chargée de plus de deux régions. Après deux appels d’offres, cinq de ces régions ont reçu des propositions satisfaisantes, mais l’application du plan a attendu une troisième offre qui n’a pas été faite pour Beyrouth et ses banlieues sud et est.
Machnouk n’a pas manqué, dans sa conférence de presse, d’accuser l’ensemble des forces politiques d’empêcher l’installation de nouvelles décharges. Ce dossier, aux forts relents politiques, aurait assuré à chacun une part du gâteau. Selon les opposants, les noms de ces derniers sont explicites: Jihad Arab est considéré proche du président Saad Hariri, Antoine Azhour (frère de l’ancien ministre Jihad Azhour) du président Fouad Siniora, Charif Wehbé du président Nabih Berry, et Riad el-Assaad, un proche du député Walid Joumblatt. Nehmat Frem est, lui, proche de plus d’une force chrétienne.  
Mais les choses ne semblent pas aussi simples. Les sociétés choisies ont eu à peine le temps de se réjouir que les forces politiques se sont soulevées, l’une après l’autre, contre ces résultats. Le collectif «Vous puez», qui a provoqué ce remue-ménage, a rejeté les résultats et appelé à de nouvelles manifestations, d’autant que les coûts avancés par les sociétés sont plus élevés que ceux que la compagnie Sukleen encaissait durant ces dernières années. La réaction la plus significative était celle du président du Parlement, Nabih Berry, qui a déclaré que «l’appel d’offres devrait être remis en question en raison des prix très élevés, susceptibles de grever le budget de l’Etat, ou annulé totalement». Même son de cloche chez le leader du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, qui a affirmé que le résultat est «un grand scandale», assurant qu’il n’a aucun lien avec les sociétés désignées. Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a critiqué le processus dans son intégralité, jugeant que la manière avec laquelle se sont déroulés les appels d’offres et ce qui s’est passé en Conseil des ministres sont une preuve «d’incompétence, d’irresponsabilité et d’un grand cafouillage».
Le Conseil des ministres a mis fin à toute cette affaire, en décidant d’annuler les résultats des appels d’offres. Retour à la case départ. Est-ce un scénario pour le retour de Sukleen? Certains le croient, d’autant que le Conseil des ministres n’a pas prévu d’autres alternatives. 

Arlette Kassas
 

L’appel d’offres
L’ouverture des plis a montré que c’est le consortium libano-italien Batco, Lavajet (Antoine Azhour) et Daneco, avec un prix proposé de 168,63 dollars par tonne, qui a remporté le contrat pour la région de Beyrouth. Le consortium libano-français Butec (Nizar Younès), Indevco (Nehmat Frem) et Pizzorno, avec 171,6 dollars, est choisi pour le Metn, Kesrouan et Jbeil. Pour Baabda, Aley et le Chouf, le consortium libano-espagnol South for construction (Riad el-Assaad) et Hera, remporte le contrat pour un prix de 153 dollars. Pour le Nord et le Akkar, le même consortium libano-italien qu’à Beyrouth, Batco-Lavajet-Daneco, pour un prix de 189,3 dollars. Le consortium libano-koweïtien Ward (Charif Wehbé) et NCC, pour 151,86 dollars s’occupera des déchets de la région du Liban-Sud, et le consortium libano-bulgare JCC, Hammoud Entrepreneurs (Kassem Hammoud) et Soriko, pour un prix de 148,95 dollars, est choisi pour la Békaa et Baalbeck-Hermel.

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