Magazine Le Mensuel

Nº 3020 du vendredi 25 septembre 2015

Semaine politique

Antoine Sfeir, docteur en droit. Les déchets feront chuter le gouvernement

«A mon avis, en cas de non-résolution du problème, les déchets vont aboutir à la démission du gouvernement». Dans une interview accordée à Magazine, Antoine Sfeir, docteur en droit, explique pourquoi les Libanais ne peuvent pas élire au suffrage universel un président à la tête de l’Etat, affirmant que cette proposition lancée par le général Michel Aoun repose sur des ambitions légitimes mais déplacées à l’heure actuelle.

Le Liban est-il en mesure d’adopter l’élection d’un président de la République au suffrage universel, comme le réclame le général Michel Aoun?
Notre système constitutionnel est semi-parlementaire. Ce sont les députés qui doivent élire un président à la tête de l’Etat, selon l’article 49 de la Constitution, et cela chaque six ans. C’est une démocratie indirecte dans laquelle les parlementaires représentent le peuple libanais suivant la procuration donnée par les élections parlementaires. La proposition d’élection d’un président par le peuple vise le mode de scrutin, mais cela nécessite une révision du texte constitutionnel en entier. Dans ce cas, les prérogatives du président de la République doivent être changées – on lui attribuera plus de pouvoirs. C’est tout un chamboulement du système politique consensuel. Cette proposition peut être étudiée, mais pas en cas de vacance à la présidence ni dans un contexte politique agité. Actuellement, la priorité est à l’élection d’un président conformément aux textes constitutionnels en vigueur, le chef de l’Etat ayant deux rôles principaux: il préside toutes les institutions publiques, c’est le magistrat suprême, et il représente tout le pays suivant le système consensuel.

Sur quoi table le chef du Bloc du Changement et de la Réforme pour demander ce type d’élection?
Cette proposition, impliquant la révision de la Constitution, repose sur des ambitions politiques légitimes, mais le moment n’est pas convenable, du moins actuellement.

La table du dialogue a définitivement rejeté cette proposition. D’ailleurs, les forces politiques qui s’y retrouvent n’arrivent pas à faire avancer la situation dans un sens ou un autre. A quoi sert-elle, cette table, sauf à gagner du temps?
En 2006, la table de dialogue a pris des résolutions concernant maints points, dont les armes palestiniennes et autres. Toutes ces résolutions n’ont pas été appliquées. Par conséquent, il est difficile que les responsables réunis actuellement autour de cette table parviennent à des résolutions fermes et applicables. Mais son importance réside dans l’apaisement des dissensions entre les principales forces politiques, en attendant la décision issue de l’accord nucléaire entre les Américains et les Iraniens avec l’aval de l’Arabie saoudite. C’est donc une période de passe-temps à froid pas à chaud.

Les manifestants, désormais régulièrement dans la rue, réclament le départ de la classe politique qu’ils accusent de «puer». Cette table du dialogue ne constitue-t-elle pas une sorte de provocations aux revendications légitimes des citoyens?
Effectivement, les dissensions sont concrètes entre la classe politique et les aspirations des nouvelles générations, et cela, pour maintes raisons, dont la corruption qui a dépassé toutes les limites, l’enrichissement illicite, les problèmes sociaux cruciaux qui paralysent la vie quotidienne, dont l’électricité, l’eau, l’hospitalisation, la sécurité sociale, les déchets… A mon avis, en cas de non-résolution du problème des ordures, les déchets aboutiront à la démission du gouvernement. Les manifestations sont légitimes dans leurs slogans sociaux. Ils en ont ras-le-bol. Mais les manifestants ne doivent pas s’immiscer dans les techniques politiques et s’y impliquer, comme revendiquer une nouvelle loi électorale, demander la démission du Parlement ou vouloir changer le régime… Ils risqueraient ainsi la division et l’effritement.

Propos recueillis par Danièle Gergès

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