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Paul Khalifeh

La génération d’Oslo


L’exhumation du califat des profondeurs ténébreuses de l’histoire, les relents de guerres sectaires dans tout le Moyen-Orient, le cliquetis des armes du Yémen à la Libye, en passant par l’Irak et la Syrie, et le vrombissement des avions dans les cieux de la région ne semblent pas distraire les Palestiniens. Pour eux, aucun enjeu n’est plus important que leur cause, celle de la Terre et de l’Identité. Abandonnés de tous, y compris de leurs propres chefs, ils ont, une nouvelle fois, prouvé leur extraordinaire capacité d’endurance et leur farouche volonté de résistance face à la judaïsation rampante de Jérusalem et à la colonisation effrénée de la Cisjordanie.
Les humiliations, les exactions, les expropriations, les mauvais traitements, la discrimination qui ne dit pas son nom, le tout devant le regard indifférent d’un monde complice par son silence, ont fini par provoquer une explosion de colère d’un peuple soumis à des pressions considérables.
Ceux qui, aujourd’hui, affrontent à mains nues l’impitoyable machine répressive israélienne sont les enfants d’Oslo. Une génération trompée, à qui on avait fait croire que les «accords de paix» de 1993 lui ouvriraient des horizons pour des lendemains meilleurs. La paix n’était qu’une chimère et l’avenir une prison sans fenêtre. Les jeunes Palestiniens n’avaient d’autres choix que de poursuivre le combat dans les pas de leurs aînés.
Et pourtant, tout a été fait et imaginé pour les forcer à oublier leur rêve d’un Etat, un vrai, avec des frontières, une armée et des institutions. Les Israéliens ont cru, un moment, que l’établissement d’un pseudo-califat, aux confins de la Syrie et de l’Irak, détournerait les Palestiniens de leur cause; ils ont espéré que ce projet moyenâgeux réveillerait, dans leur inconscient collectif, des instincts aux intonations religieuses, ce qui pousserait une partie des jeunes à partir vers cette «terre d’islam», loin de la patrie des ancêtres. Mais les Palestiniens ont prouvé que leur cause nationale restait plus forte et prioritaire que tous les autres projets, et que le chant des sirènes d’Abou Bakr el-Baghdadi, aussi assourdissant soit-il, n’était pas assez fort pour les attirer. A leurs yeux, leur drapeau et leur terre valent tous les califats du monde.
Les Israéliens ont pensé que la création de faits accomplis, à travers le morcellement des territoires palestiniens, l’enclavement des quartiers arabes de Jérusalem, l’isolement de la ville du reste de la Cisjordanie, les changements démographiques au bénéfice de la population juive, la confiscation des maisons et des terres sous n’importe quel prétexte, briseraient la volonté des Palestiniens et les priveraient des moyens pratiques de s’opposer à leur projet. Une nouvelle fois, leurs calculs se sont avérés faux.
Les médias parlent d’un «sursaut» palestinien. En fait, le sursaut a commencé depuis septembre 2014, avec les protestations et les jets de pierres contre le tramway de Jérusalem, qui traverse la ville d’est en ouest, et qui symbolise, aux yeux des Palestiniens, l’occupation de l’ensemble de la cité par les Israéliens. Aujourd’hui, c’est d’une Intifada qu’il faut parler, celle des couteaux et des voitures béliers, face à la violence disproportionnée utilisée par les forces de l’ordre israéliennes.
Au soulèvement palestinien, Israël oppose son remède habituel: plus de violence, davantage de répression. Les suspects sont abattus à bout portant, les corps des militants palestiniens tués ne sont pas rendus à leurs familles, leurs maisons sont démolies.    
Les Etats-Unis ont jugé la situation assez grave pour décider de dépêcher John Kerry en urgence dans la région. Mais il est trop tard. A toutes les crises et les guerres qui secouent le Moyen-Orient, il faut désormais ajouter le facteur palestinien… le plus complexe de tous.

Paul Khalifeh

 

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