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Nº 3028 du vendredi 20 novembre 2015

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Un attentat à la Défense déjoué de justesse. Les filières jihadistes franco-belges au centre de l’enquête

L’enquête progresse en France et en Belgique. Sur les huit terroristes morts vendredi soir, cinq ont été formellement identifiés et deux personnes ont été inculpées pour «attentat terroriste», suspectées d’être venues à Paris pour ramener Salah Abdeslam en Belgique. Ce dernier est toujours en fuite. De nombreuses interpellations ont également eu lieu sur le territoire français et en Belgique.

 

Mercredi 18 novembre, nouveau rebondissement spectaculaire. Un assaut policier d’ampleur a été lancé à Saint-Denis, au nord de Paris, ciblant Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attentats qui ont fait 129 morts, vendredi 13 novembre.

Selon des sources proches de l’enquête citées par Reuters, les suspects de l’appartement de Saint-Denis, ciblé par le Raid, projetaient un attentat à la Défense.

Selon des sources policières citées par l’AFP, au moins deux suspects sont morts dont une femme qui s’est fait exploser, un acte sans précédent en France. Elle «a activé son gilet explosif au début de l’assaut», a annoncé le procureur de la République de Paris.

Les policiers d’élite du Raid ont extrait trois hommes de l’appartement, immédiatement placés en garde à vue, a précisé le procureur. Un homme et une femme ont également été interpellés à proximité immédiate de l’appartement et aussi placés en garde à vue.

Dans le quartier bouclé par des policiers et des soldats munis d’armes automatiques, de casques et de gilets pare-balles, une journaliste de l’AFP a vu les forces de l’ordre emmener un homme qui dit avoir hébergé deux personnes «qui venaient de Belgique» dans l’appartement visé par l’assaut, et une de ses amies.

Au moins six policiers ont été blessés au cours des deux assauts, lancés vers 4h20 et 7h15, heure locale, par la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire et le Raid.

L’homme qui dit avoir hébergé deux personnes «qui venaient de Belgique» dans l’appartement de Saint-Denis a été interpellé par les policiers. Cet homme d’une trentaine d’années a expliqué avoir mis à leur disposition un appartement situé 8, rue du Corbillon. «J’ai dit qu’il n’y avait pas de matelas, ils m’ont dit: «C’est pas grave», ils voulaient juste de l’eau et faire la prière. J’ai rappelé mon ami. Il m’a dit qu’ils venaient de Belgique», a-t-il poursuivi.

«On m’a demandé de rendre service, j’ai rendu service, je n’étais pas au courant que c’étaient des terroristes», a expliqué cet homme, très agité, avant d’être menotté et emmené par les policiers.

Une amie de cet homme qui dit avoir dormi dans l’appartement la semaine dernière a expliqué, à l’AFP, qu’il s’agissait d’un logement dont son ami a forcé la porte, «une sorte de squat». Selon elle, les deux visiteurs sont arrivés «il y a deux jours».

Cinq kamikazes identifiés
Ces développements sont intervenus, alors que l’enquête sur les attentats du 13 novembre se poursuivait. Depuis samedi, cinq des assaillants ont été formellement identifiés. Omar Ismaïl Mostefaï et Samy Amimour (Bataclan), Bilal Hadfi et Ahmad el-Mohammed (Stade de France) et Brahim Abdeslam (boulevard Voltaire), qui fait partie de la fratrie Abdeslam qui intéresse particulièrement la police. L’autre frère, Salah Abdeslam, est activement recherché. Il était présent le soir des attaques et a loué la voiture (Clio noire) retrouvée dans le XVIII mardi matin. Il aurait peut-être participé aux fusillades dans le Xe et XIe. L’homme a été contrôlé samedi matin vers 9h à Cambrai (Nord) au volant d’une Golf noire, mais n’a pas été arrêté car non fiché par les services de renseignements français à ce moment-là. Traqué depuis, un appel à témoins de la police nationale française a été largement relayé par les réseaux sociaux. Mardi soir, la police nationale a lancé un nouvel appel à témoins pour le 3e kamikaze du Stade de France.

 

Perquisitions en Belgique
Dans le cadre de l’état d’urgence décrété vendredi soir, la police n’a pas attendu pour frapper fort: 168 perquisitions ont été menées dans la nuit de dimanche à lundi, donnant lieu à 23 interpellations et à la saisie de 31 armes, ainsi qu’ordinateurs et stupéfiants. Ces perquisitions ont eu lieu dans 19 départements. Dans la nuit de lundi à mardi, 128 perquisitions administratives (sans autorisation judiciaire) sont également menées, 10 personnes sont interpellées et placées en garde à vue.

A Lyon, la police interpelle cinq individus et saisit à leurs domiciles un lance-roquette, des gilets pare-balles, plusieurs pistolets et un fusil d’assaut de type kalachnikov. Treize perquisitions ont lieu au total dans la région lyonnaise et dans le secteur de Villefranche-sur-Saône (Rhône). La police a également mené le même type d’opérations à Toulouse, Marseille, Lille, Jeumont (Nord) près de Maubeuge et à Bobigny, où elle découvre qu’un pavillon avait été loué, du 10 au 17 novembre, au nom de Brahim Abdeslam, kamikaze du boulevard Voltaire. Ce dernier aurait notamment servi de QG aux terroristes. Les terroristes ont également loué deux chambres d’un appart-hôtel à Alfortville (Val-de-Marne), avec la carte bancaire de Salah Abdeslam la veille des attentats. La police n’a, à ce stade, rien trouvé de «probant».

Ces perquisitions ne dépendent pas directement de l’enquête en cours. Elles ont pu être menées à titre préventif, sans avoir besoin de passer par les réquisitions d’un procureur ou d’un juge d’instruction, dans le cadre de l’état d’urgence décrété dès le soir des attaques.

Lundi, une vaste opération est lancée à Molenbeek, en Belgique. Sept personnes sont arrêtées, dont le frère du kamikaze Abdeslam, Mohammad Abdeslam, employé communal de la ville de Molenbeek depuis dix ans. Il fait partie des cinq personnes relâchées lundi, en début d’après-midi, sans la moindre inculpation, tandis que deux autres sont toujours en détention provisoire.

Un téléphone portable appartenant à l’un des assaillants a également été retrouvé dans une poubelle à proximité du Bataclan. Ce dernier contenait un plan détaillé de la salle de concert et un SMS «On y va», qui pourrait indiquer un début ou départ d’opération.

Marguerite Silve

 

 

 

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