Magazine Le Mensuel

Nº 3031 du vendredi 11 décembre 2015

POLITIQUE

Front de Ersal. Nettoyage profond en perspective

Ceux qui pensaient que la libération des otages détenus par al-Nosra allait refroidir le front de Ersal se sont trompés. Les événements des derniers jours ont clairement montré que ce dossier était loin d’être clos.


Force est de constater que les effets de la libération des militaires otages des terroristes n’ont pas duré longtemps. Parler d’une zone sécurisée dans le jurd de Ersal et de la liberté de manœuvre laissée aux jihadistes d’al-Nosra s’est avéré inexact. Depuis le jour de la libération des otages, l’Armée libanaise n’a pas cessé de traquer le mouvement des extrémistes et de bombarder leurs positions à l’artillerie lourde, les visant de plein fouet et occasionnant des pertes dans leurs rangs. L’équation sur le terrain n’a pas changé. Des sources militaires confient que l’armée exécute sa mission et qu’elle a parfaitement le droit d’ouvrir le feu sur toute activité suspecte, afin de garder la pression sur les jihadistes pour qu’ils se sentent dans l’insécurité et les empêcher de fomenter des complots visant à déstabiliser la sécurité du Liban. Ces sources affirment également qu’il n’y a pas de trêve avec les terroristes et que les termes de l’échange des otages n’ont fait aucune mention d’un arrangement de ce genre. L’accord a uniquement évoqué une zone sécurisée dans la région de Wadi Hmayyed, proche de Ersal. Celle-ci impliquerait une zone vide de la présence des jihadistes et où les civils peuvent se déplacer librement, sans être menacés. Selon cette source, l’opération de l’armée s’est déroulée dans le jurd de Ersal, loin de la zone sécurisée.
Le défilé musclé et l’étalage d’armes, dont al-Nosra fut la vedette devant les médias lors de la libération des otages, auront de très fortes répercussions sur les jihadistes et auront des conséquences négatives sur eux. L’opinion publique a été le témoin de cette exhibition alors que plusieurs voix, dont celle du Hezbollah, s’étaient élevées pour mettre en garde contre le danger que représentent ces groupes armés à Ersal et son jurd. Cela contribuera à l’exécution de la promesse faite par sayyed Hassan Nasrallah de libérer tous les jurds de la présence des terroristes, ce qui va placer tous les appareils de l’Etat devant la responsabilité de désamorcer la bombe que représente Ersal.
Des sources proches du 8 mars indiquent que la prochaine étape verra les dernières mises au point concernant une opération de nettoyage profond de la région du jurd de la présence des terroristes, surtout que l’affaire des otages représentait un handicap principal pour l’achèvement de cette mission, sans compter les hésitations de l’Etat à prendre des mesures radicales concernant la violation de la sécurité dans Ersal. Selon ces sources, l’option militaire pourrait être évitée si le Qatar, en tant que parrain du Front al-Nosra, pourrait profiter de la brèche humanitaire ouverte par le Hezbollah pour clore ce dossier. Le Qatar aurait ainsi une chance de sortir ce groupe de son encerclement dans cette zone isolée puisqu’il a perdu le pouvoir d’exploiter sa présence là-bas. Leur évacuation vers des régions dans le nord de la Syrie serait un choix possible.
Les évolutions sur le terrain en Syrie pourraient être déterminantes pour la Résistance. Une grande bataille serait prévue à Alep jusqu’au rif d’Idlib. Le facteur temps est également déterminant dans la situation sur la frontière libano-syrienne. Ce qui serait accepté aujourd’hui, pourrait devenir impossible à accepter dans les jours qui suivent. Beaucoup de changements sont prévisibles, mais la seule constante demeure que le Hezbollah n’admettrait pas une longue coexistence dans son flanc est avec ces groupes armés.

Joëlle Seif
 

Lutte pour la survie
Jusqu’aujourd’hui, les termes de l’échange des otages n’ont pas été divulgués en entier. Mais des sources informées ont dévoilé que l’une des conditions était la collaboration du Front al-Nosra dans la région du Qalamoun et de Ersal avec les services spécialisés, en vue d’empêcher l’envoi de kamikazes dans les régions libanaises. Ces sources parlent d’une trêve qui s’achèverait avec le retrait des terroristes d’al-Nosra du Qalamoun vers des régions au nord de la Syrie. Le fait qu’al-Nosra se soit rétracté sur quelques-unes de ces conditions s’explique par le désir des jihadistes de réduire la pression exercée sur eux avec l’approche de l’hiver. Cela empêcherait également les combattants d’al-Nosra de tomber dans les bras de Daech, qui se trouve à une trentaine de kilomètres du rif est de Homs. Des personnes installées à Ersal rapportent que Moustafa Houjeiri (Abou Takié) et Abou Malek el-Telli reconnaissent leur défaite et avouent que le combat contre l’armée et la Résistance dans le jurd est, depuis plus d’un an, une simple lutte pour la survie.  

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