Magazine Le Mensuel

Nº 3040 du vendredi 12 février 2016

POLITIQUE

La stratégie de Daech. Relier Ersal à Raqqa

Avec la reprise des combats entre Daech et le Front al-Nosra (branche syrienne d’al-Qaïda) sur les hauteurs de Ersal, qui ne sont en définitive que la réflexion de la lutte acharnée que se livrent les deux factions en Syrie, Ersal revient de nouveau sous les feux des projecteurs.

Contrairement à certaines rumeurs, l’Armée libanaise ne préparerait aucune opération militaire à l’intérieur de Ersal, puisque de toute façon elle ne présenterait aucun intérêt dans une localité dont le nombre d’habitants s’élève désormais à 120 000 personnes, réparties entre 90 000 déplacés syriens et 30 000 résidants. Des sources sécuritaires affirment que l’armée évite de se retrouver en permanence à l’intérieur de la bourgade pour ne pas être la cible de nouvelles attaques. Au contraire, elle dresse des barrages autour de la ville et a déjà installé une ceinture de sécurité afin d’empêcher l’activité des jihadistes et de mettre un terme à leurs va-et-vient à Ersal. Cela représente, selon ces sources, une réponse aux propos du ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, qui avait fait part des craintes du mufti Abdel-Latif Derian concernant une opération militaire à Ersal.
 

Daech avance, al-Nosra recule
Sur un autre plan, des informations rapportant que des habitants de Ersal ont quitté, ces derniers jours, la localité par peur d’une attaque lancée par Daech, ont été fermement démenties. Toutefois, elles ont reconnu qu’un grand nombre de résidants avaient des inquiétudes concernant une opération sécuritaire qui serait en préparation en raison du retour de Ersal au premier plan de l’actualité et des différentes théories dont elle fait l’objet.
Depuis le recul de Daech sur le terrain en Syrie, après l’intervention russe et l’avancée enregistrée par l’armée syrienne, l’Etat islamique cherche désespérément à mettre la main sur la région frontalière entre le Liban et la Syrie. La recrudescence des combats avec le Front al-Nosra sur les hauteurs de Ersal n’était, en fait, que la transposition sur le sol libanais de la lutte acharnée qui oppose en Syrie les deux organisations terroristes. Cette offensive militaire de Daech en direction du jurd de Ersal a, selon les observateurs, plus d’un but. Le premier est celui d’assurer une région, hors des frontières syriennes, inaccessible aux raids aériens russes. Le second consiste à menacer les autorités libanaises en mettant la main sur les zones sous le contrôle du Front al-Nosra. Daech aurait même modifié les lignes de démarcation entre lui et al-Nosra sur les hauteurs de Ersal après les derniers combats qui ont opposé les deux organisations terroristes. La nouvelle ligne de démarcation, dessinée par Daech, s’étend de Wadi Humayyed dans le jurd de Ersal, en passant par Khorbit el-Hamam et Serj el-ajram, arraché à al-Nosra, jusqu’à al-Zamrani et ses hauteurs à la frontière de Jarajir, quoique certaines poches restent sous le contrôle d’al-Nosra parmi lesquelles figurent les camps des réfugiés.
D’après des sources sécuritaires, les combats dans le jurd de Ersal ont pour but de satisfaire le besoin urgent de Daech d’assurer ses arrières dans cette région, pour se consacrer aux batailles de Mahin et al-Qaryatayn, dans le désert syrien au sud de Homs. Le plan de Daech serait de lier le jurd de Ersal à al-Qaryatayn (région appelée le Qalamoun oriental), ensuite à la ville de Palmyre, située à une quarantaine de kilomètres. Si ce plan réussit, le front du jurd de Ersal serait entièrement ouvert, en une seule ligne droite, sur Palmyre et Raqqa. Pourtant, les mêmes sources indiquent qu’il est très peu probable que Daech parvienne à réaliser son plan. L’armée syrienne et le Hezbollah déploient leurs efforts pour empêcher l’EI d’imposer son contrôle sur la route internationale liant Homs à Damas, considérée ligne rouge par le régime syrien, lequel avec le Hezbollah concentrent actuellement leurs forces à Mahin et tentent de reprendre le contrôle d’al-Qarayatayn.

Joëlle Seif

Ce qu’en pense le Hezbollah
La position du Hezbollah concernant Ersal et ses alentours ne prête à aucune équivoque. La création d’un émirat takfiriste au Liban, sous n’importe quel nom et n’importe quelle couverture, est formellement interdite. Personne ne sera autorisé à couvrir ou protéger cet Etat. Pour le Hezbollah, les derniers affrontements qui ont eu lieu entre al-Nosra et Daech sont une tentative de la part de ce dernier de mettre la main sur Ersal. L’Etat islamique tente de prendre la ville en otage et espère s’en servir comme une carte de pression dans les futures négociations autour de sa présence dans certaines villes syriennes et dans les régions libanaises.  

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