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Nº 3045 du vendredi 18 mars 2016

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Il retire le gros de sa flotte aérienne. Poutine exerce des pressions sur Assad

Un nouveau round de négociations indirectes entre le régime syrien et les différentes factions de l’opposition s’est ouvert, lundi, à Genève, après plusieurs semaines d’incertitude. Alors que le conflit est entré mardi dans sa sixième année, Vladimir Poutine a annoncé le retrait du gros de ses troupes de Syrie. Une mesure destinée à exercer des pressions sur le régime, selon de nombreux observateurs.

Ce nouveau round de discussions indirectes entre le régime et les différentes composantes de l’opposition portera-t-il ses fruits? Après la session avortée qui avait été organisée en février, cette nouvelle tentative portée à bout de bras par l’émissaire des Nations unies, Staffan de Mistura, mais aussi par les chefs de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et américaine John Kerry, doit s’achever le 24 mars au plus tard. Deux séries de pourparlers devraient se succéder. «D’ici là, nous pensons que nous devrions avoir au moins une feuille de route claire. Je ne parle pas d’accord, mais une feuille de route claire, car c’est ce que la Syrie attend de nous», a indiqué, en préalable, Staffan de Mistura.
Lundi 14 mars, l’émissaire onusien a ajouté qu’un accord sur la transition politique en Syrie apparaît comme «la mère de toutes les questions» et affirmé qu’un «ordre du jour est fixé». L’objectif prioritaire demeurant l’organisation d’élections à plus ou moins longue échéance. «Nous sommes à un moment de vérité», a-t-il encore affirmé. Une fois de plus, le principal point de désaccord figurant au centre des discussions reste le devenir de Bachar el-Assad dans le processus de transition politique. L’opposition exigeant le départ du président syrien avant la mise en place d’un «organe de transition». Le Haut comité des négociations (HCN), qui rassemble plusieurs dizaines de groupes d’opposition différents, exige que le départ de Bachar el-Assad soit réglé dans les six mois qui viennent, avec la mise en place d’un «organe de transition», qui bénéficierait de tous les pouvoirs. Autre condition demandée par le HCN, l’organisation d’élections législatives et présidentielles dans les douze mois suivants, excluant les représentants du régime actuel. Rappelons que dans le même temps, Damas avait annoncé la tenue d’élections législatives en avril prochain…
 

La ligne rouge de Mouallem
D’ailleurs, en préalable à l’ouverture des discussions, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, avait prévenu que «nous ne négocierons pas avec quiconque discutera de la présidence. Bachar est une ligne rouge, la propriété du peuple syrien». De même, il avait averti l’opposition que le régime n’attendrait pas plus de 24 heures la délégation de l’opposition. Une manière, sans doute, de tester la volonté de l’opposition à se rendre à Genève. Lors du précédent round, l’opposition dispersée s’était en effet rendue en Suisse 36 heures après les représentants du régime, avant de tergiverser pendant encore 48 heures et de se rendre ensuite au siège de l’Onu à Genève. Cette fois, le négociateur en chef de l’opposition syrienne, le chef rebelle salafiste Mohammad Allouche, et le président de la délégation, Assad el-Zoabi, ont été vus à Genève dès samedi. Allouche en a profité pour dégainer une déclaration, elle aussi peu propice à un apaisement des discussions, affirmant que la période de transition devait commencer «avec la chute ou la mort de Bachar el-Assad».
Alors que la trêve instaurée sur le terrain, en dehors des zones détenues par le Front al-Nosra et l’Etat islamique, semble tenir vaille que vaille, que peut-il advenir de ces discussions? Les ministres des Affaires étrangères français et américain, Jean-Marc Ayrault et John Kerry, réunis à Paris dimanche 13 mars avec leurs homologues européens, sont conscients que l’équation s’annonce difficile à résoudre. «C’est un moment de vérité, un moment où nous devons tous être responsables», a souligné Kerry qui a appelé la Russie et l’Iran, alliés du régime syrien, à prouver que Damas est prêt à respecter ses engagements. Le secrétaire d’Etat américain a, en revanche, dénoncé les déclarations de Walid Mouallem, l’accusant de vouloir «faire dérailler le processus». Ayrault et Kerry ont également insisté sur l’importance du respect de la trêve et l’acheminement de l’aide humanitaire dans les zones assiégées afin de garantir des négociations crédibles. De son côté, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a accusé dimanche, depuis Moscou, la Turquie d’«expansion rampante» au-delà de sa frontière avec la Syrie.
Les négociations de Genève s’annoncent donc complexes. D’ores et déjà, toutes les parties butent sur la forme que pourrait prendre la transition. Pour Damas, la «gouvernance» évoquée par Staffan de Mistura équivaut à un «gouvernement d’unité» élargi à des opposants, mais toujours sous l’autorité d’Assad. Pour l’opposition, on s’en doute, il n’en est pas question. Pour elle, la «constitution d’un corps transitoire doté de tous les pouvoirs exécutifs», dans lequel Assad «n’a pas sa place», n’est pas négociable.
Dans ce cadre-là, que faut-il penser de l’annonce par Vladimir Poutine, lundi après-midi, du retrait partiel des troupes russes de Syrie? Coutumier des revirements de situation, le président russe a ordonné le retrait de la majeure partie du contingent militaire déployé en Syrie depuis le 30 septembre. Poutine s’est d’ailleurs entretenu à ce sujet par téléphone, lundi, avec Bachar el-Assad.
Un nouveau coup-surprise que personne ne présageait. Poutine avait déjà surpris son monde, fin janvier, en lâchant sa flotte aérienne autour d’Alep pour permettre au régime de reprendre la main dans cette zone, mettant un coup d’arrêt aux pourparlers syriens à Genève. Cette fois, la situation est inversée. Pour le Kremlin, la mission est désormais accomplie. Affaiblies et en net recul au printemps 2015, les forces loyalistes ont, avec le soutien aérien russe, repris la main sur de nombreux fronts, permettant au régime de regagner du terrain pour ce que l’on appelle la «Syrie utile».
Il ne faut toutefois pas se tromper au sujet du «retrait» des forces russes. Les activités de la base aérienne de Hmeimim, construite près de Lattaquié, et d’où partent la majorité des raids russes, ne seront pas affectées par ce repli. Idem pour la base navale de Tartous qui continuera de fonctionner à plein. Par ailleurs, les moyens millitaires destinés à défendre ces positions russes par air, mer et terre, sont conservés. Un communiqué du Kremlin indique aussi que la partie russe conserve sur le territoire syrien un site de maintenance de vols afin de surveiller le respect de la trêve.
Le timing de l’annonce pose bien évidemment question. Vladimir Poutine entend-il ainsi forcer la main à Bachar el-Assad, alors que s’ouvre un nouveau cycle de négociations? Certains le pensent, même si les autorités russes assurent avoir décrété ce retrait en concertation avec Damas. L’annonce russe a pris tout le monde de court à Genève. «Nous y croirons quand nous le verrons sur le terrain, quand nous verrons que des mesures sont réellement prises», a confié Salem el-Meslet, le porte-parole du HCN, au micro de Daniel Vallot, de RFI. «La Russie nous a adressé beaucoup de messages, mais nous ne croirons que ce que nous verrons, pas ce que nous entendons. Si cette décision permet le retrait de toutes les troupes russes de Syrie, alors ce sera une étape positive. L’autre étape positive serait que monsieur Poutine nous dise qu’il est aux côtés du peuple syrien et non pas aux côtés du dictateur de la Syrie», a-t-il ajouté.
Luis Lema, journaliste au quotidien suisse Le Temps, cite un diplomate russe qui semble trouver ce nouveau développement parfaitement logique. «En Syrie, nous sommes désormais concentrés sur la question du cessez-le-feu et du règlement politique. Nous continuerons de nous battre contre Daech et les autres groupes terroristes, avec les Américains, s’ils le veulent bien. Mais nos succès récents nous amènent à une nouvelle étape», confie-t-il. Selon Le Temps, «la base de Hmeimim n’est pas seulement devenue le principal quartier général des militaires russes. Aux yeux des responsables de Moscou, c’est aussi l’un des endroits où se dessine l’avenir politique de la Syrie, presque à égalité avec Genève. Ainsi, depuis que le cessez-le-feu est entré en vigueur, Moscou a ouvert une sorte de guichet où peuvent se présenter les volontaires pour un futur règlement». Là-bas, des dizaines de rencontres avec des «opposants» potentiels auraient eu lieu, selon le journal. Des opposants «modérés», favorables au régime, dont Moscou aurait reçu l’assurance de Staffan de Mistura qu’ils pourraient participer aux négociations de Genève.
Dans le même temps, Moscou semble s’être mis d’accord avec Washington dans le partage des tâches pour vaincre l’Etat islamique en Syrie. Comme elle l’avait fait en janvier, la Russie tente-t-elle de brouiller encore les cartes? Les négociations en cours à Genève le diront. 

Jenny Saleh

Le sang coule à Ankara
Dimanche 13 mars, 37 personnes ont été tuées dans un attentat à la voiture piégée en plein centre d’Ankara. Il s’agit de la troisième attaque en l’espace de cinq mois dans la capitale turque. A l’heure où nous écrivions, l’attentat n’avait toujours pas été revendiqué, mais le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a assuré que des éléments «quasi sûrs» impliquaient les rebelles kurdes du PKK. Une femme membre du PKK aurait été identifiée comme l’une des kamikazes.
Dès lundi, l’aviation turque a pilonné les bases du PKK dans l’extrême nord de l’Irak, en guise de riposte.
Dans le même temps, une nouvelle polémique enfle en Turquie. La diplomatie américaine avait publié, deux jours avant l’attentat d’Ankara, une mise en garde pour ses ressortissants, leur demandant d’éviter certains secteurs d’Ankara, en raison d’une menace terroriste imminente. Des informations, on s’en doute, partagées avec les autorités turques. La Turquie, elle, n’avait pas communiqué sur une éventuelle menace. Son silence fait, depuis, largement polémique.

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