Magazine Le Mensuel

Nº 3047 du vendredi 1er avril 2016

Livre

Karim Dimechkie. Une plume à découvrir sans s’arrêter

Les bibliothécaires du Barnes and Noble, les journalistes de l’Oprah Magazine, le grand public… Tous sans exception saluent le dernier livre de Karim Dimechkie, Lifted by the great nothing. Ce Libano-Américain a placé le Liban au cœur de son premier roman. Zoom sur un succès inattendu qui fait si plaisir.

Le livre de Karim Dimechkie, Lifted by the great nothing (Porté par un grand rien – 300 pages), paru aux éditions Bloomsbury-USA, plonge le lecteur dans l’univers de Max. Ce jeune garçon vit avec son père, Rasheed, et ne se souvient pas de sa mère. Celle-ci a été assassinée par des cambrioleurs à Beyrouth avant que le père et le fils ne soient contraints de s’installer à New Jersey.
Dans le pays hôte, Rasheed devient Reed. L’homme accro à la culture américaine (celle, selon lui, du baseball et des barbecues) décide de bannir de sa vie son patrimoine libanais. A son fils, il répète souvent: «Quand nous sommes en Amérique, nous sommes américains». Reed n’a évidemment qu’un seul souhait. Offrir à Max une enfance joyeuse. Mais ses efforts font parfois plus de mal que de bien. En grandissant, le fils commence à se poser des questions sur sa famille libanaise, ses origines… Il est surpris que son père ne parle jamais de «vieux amis, de religion ou de politique».
En effet, au quotidien, les amis de Rasheed sont Tim, l’entraîneur de basket de Max, et leur voisin M. Yang, un migrant. A 17 ans, Max découvre que son père lui a menti sur beaucoup de choses. Son univers paisible est détruit. Le fossé se creuse quand, dans un dénouement inattendu, il comprend que sa mère est encore en vie et part pour la retrouver. Entre Paris et Beyrouth, l’ado va à la conquête de son passé.
Si cette histoire a eu tant de succès, c’est sans doute à cause de ce regard finement nuancé posé sur la société américaine et de ces personnages qui grandissent au fil de l’histoire. En se penchant sur le livre, le lecteur se demanderait également à quel point Karim et Max se ressemblent. Seraient-ils une même personne? S’agit-il d’un récit autobiographique? L’auteur répond à ces questions dans une interview. Les relations de Max avec d’autres enfants à l’école sont à peu près les seuls éléments vraiment autobiographiques dans le roman. Ainsi que pour le rapport entre le père et le fils. «Ma relation avec mon père a longtemps été un point central de confusion et de fascination», confie Karim Dimechkie.
En outre, le père de Karim est, lui aussi, libanais de religion musulmane. Mais il n’est pas du tout pratiquant. Ce qui nous rappelle le personnage de Rasheed. Cependant, la mère de l’auteur est française. D’où les chapitres consacrés à Paris. Entre toutes ces villes, ces personnages riches, il n’y a pas de doute, le livre de Karim Dimechkie fait voyager. Alors pour ceux qui ont envie de s’évader, voici un livre à dévorer.
 

Pauline Mouhanna, Atlanta, Etats-Unis

Bio en bref
Karim Dimechkie était un Fellow Michener où il s’est spécialisé dans l’écriture, le scénario et la rédaction d’œuvres théâtrales. Avant cela, il a enseigné l’anglais à Paris. Il vit à New York.
http://www.karimdimechkie.com

Related

Liste Goncourt/Choix de l’Orient. Et le lauréat est Sorj Chalandon

admin@mews

Parcours anonyme de Joëlle Cattan. «L’écriture: une activité solitaire à connotation sociale»

admin@mews

Sous la loupe de Jumana Bayeh. La littérature diasporique libanaise se dévoile

admin@mews

Laisser un commentaire