Magazine Le Mensuel

Nº 3060 du vendredi 1er juillet 2016

Confidences Liban

Confidences Liban

Salam se lamente
Le président Nabih Berry pense nécessaire de «sauvegarder le gouvernement» mais, en même temps, impératif d’améliorer sa «façon d’exercer le pouvoir». Le mécanisme de prise de décision adopté par le président Tammam Salam, depuis le début de la vacance présidentielle, n’a jamais remporté l’adhésion du chef de l’Assemblée. «Le vote aurait été une solution idéale, plutôt que l’adoption de ce processus complexe». Un processus qui a valu à l’équipe actuelle le surnom de «gouvernement des 24 présidents».
Le Premier ministre a reconnu que l’adoption du mécanisme de l’unanimité était une erreur et s’en est plaint, à Aïn el-Tiné, il y a quelques jours… Surtout que Salam réalise que son gouvernement est le plus nul et le plus corrompu qu’ait connu le Liban. Un avis partagé par le président de la Chambre.

 

PSNS: Araigy contre la prorogation
Le Conseil supérieur du Parti syrien national social (PSNS) s’achemine vers la réélection du député Assaad Hardane à la tête du parti, en fonction de l’amendement de son règlement interne. La réélection fait l’objet d’une controverse qui commence à se profiler dans les rangs des partisans. Des proches de l’ex-président du PSNS, Gebran Araigy – élu membre du nouveau Conseil supérieur – affirment que celui-ci ne peut pas accepter la prorogation du mandat et l’amendement du règlement, auquel cas il serait prêt à déposer sa démission. Mais les milieux de Hardane se basent sur les résultats du dernier congrès en date, sur la victoire éclatante qu’il a remportée, et sur le soutien des 2/3 + 1 des voix du Conseil supérieur.

Arslan interdit d’entrée aux USA
Le député Talal Arslan avait pris l’avion pour le Canada afin d’assister à la cérémonie de remise des diplômes de la promotion de son fils aîné Majid, étudiant dans une université canadienne. Alors que le député se trouvait à l’aéroport pour retourner à Beyrouth, les autorités canadiennes l’informent qu’il est interdit d’entrée aux Etats-Unis ou même de traverser l’espace aérien américain. Il demande alors l’aide du président Nabih Berry qui effectue des contacts tous azimuts avec l’ambassade américaine à Beyrouth et les ambassades libanaises au Canada et aux Etats-Unis. Ses efforts sont couronnés de succès et Arslan finit par rentrer à Beyrouth où il reçoit une lettre des Américains lui signifiant qu’il était persona non grata sur leur territoire parce qu’il appartient à l’axe de la Résistance, qu’il est un ami personnel du président Bachar el-Assad et un allié du Hezbollah. Le député Walid Joumblatt est, semble-t-il, à la même enseigne puisque son nom figure sur la liste des personnalités interdites d’entrée aux Etats-Unis.

Védrine reprend du service
Le dossier des réfugiés syriens refait surface. Après l’appel en faveur de leur implantation dans les pays d’accueil, lancé par Ban Ki-Moon, l’affaire a figuré au cœur du débat à la réunion de la Commission parlementaire ad hoc présidée par le Premier ministre Tammam Salam, et des entretiens avec la présidente de l’Assemblée italienne, Laura Boldrini, lors de son passage à Beyrouth. La réunion du groupe de soutien international pour le Liban sera sans doute reportée à l’automne, elle aura ainsi lieu en marge des travaux de l’Assemblée générale de l’Onu. La majorité des pays membres du groupe préfèrent ajourner cette réunion, initialement prévue pour le 19 juillet, parce qu’ils estiment qu’elle ne pourra pas aboutir, pour le moment, à des résultats concrets ni au plan politique, ni au plan économique (création d’une caisse de soutien au Liban). L’autre idée qui fait son chemin est l’accélération de la nomination de l’ex-ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, en tant qu’envoyé spécial du groupe de soutien international au Liban. Le diplomate sera chargé d’effectuer des tournées dans les pays influents pour tenter de régler la crise politique du Liban, d’une part, et pour obtenir un financement en sa faveur, de l’autre.

Présidentielle: Rabié n’en démord pas
Un cadre du Courant patriotique libre (CPL) croit que «la clé de la présidence de la République se trouve à Rabié. Tout le monde doit en être convaincu, sinon le pays restera sans chef d’Etat en attendant un climat régional favorable à l’organisation de nos affaires internes. Un vent d’optimisme souffle sur Rabié, ajoute-t-il, d’après nos prévisions, l’élection présidentielle aura lieu au plus tard en septembre prochain».
Commentant les propos sur l’éventuelle candidature du général Chamel Roukoz à la présidence en guise de compromis, Michel Aoun estime que les propos relatifs aux arrangements et compromis ne sont que perte de temps. «Le CPL n’a pas de plan B, tous ceux qui sont concernés par cette échéance doivent le savoir et agir en conséquence».

Paysage ministériel chrétien mutant
La démission des Kataëb du gouvernement Salam que le président Nabih Berry a qualifiée de «grenade assourdissante» a finalement explosé à la face du parti, provoquant perturbations et confusions à l’interne.
Bien que les Kataëb n’aient pas réussi à exploiter politiquement cette démission, la carte politique au sein du gouvernement a été quand même sujette à modifications au plan chrétien. L’axe ministériel qui regroupait les ministres Kataëb et ceux du président Michel Sleiman n’existe plus. Les ministres de Sleiman ne sont représentatifs que d’un ex-président et le ministre Sejaan Azzi représente sa propre personne. Le parti Kataëb se situe donc dans l’opposition et les Forces libanaises ne sont pas représentées. Résultat: le Courant patriotique libre représente seul donc les  chrétiens et assure au cabinet sa conformité au Pacte national.

Mgr Laham au cœur de la tempête
Le patriarche grec-catholique Grégoire Laham est soumis à des pressions provenant de laïcs et de religieux de sa propre communauté qui lui demandent de présenter sa démission. Ils invoquent son âge avancé et sa mauvaise gestion des affaires de l’Eglise, de ses biens mobiliers et immobiliers (vente de terrains à Beyrouth et au Sud), en plus de ses prises de position politiques, notamment sur la crise syrienne, qui ne plaisent pas à tout le monde.
Le patriarche a dû récemment faire face à un nouveau défi: le Synode de l’Eglise grecque-catholique n’a pas eu lieu faute de quorum…
Les questions qui se posent:
– Le patriarche démissionnera-t-il de lui-même?
– Quel est le pouvoir d’intervention du Vatican surtout à la lumière de la pétition envoyée au Saint-Siège et signée par plusieurs évêques?
– Au cas où la démission a lieu, le nouveau patriarche sera-t-il libanais (Mgr Kyrillos Bustros, évêque de Beyrouth, est le candidat le plus fort) après le Syrien Laham et avant lui, l’Egyptien Maximos V Hakim?

Les craintes de Joumblatt
Les données en possession de Walid Joumblatt indiquent que la conjoncture en Syrie présage un nouveau round de violence, après les développements militaires des deux dernières semaines. Le député de Moukhtara craint l’arrivée d’un nouveau flot de réfugiés syriens au Liban qui intensifiera les pressions sur l’Etat libanais pour qu’il les accueille et leur fournisse les aides nécessaires. Un tel développement aura des retombées négatives sur la situation socioéconomique, pédagogique et hygiénique…
Le leader druze craint la prolongation de la crise en Syrie qui rendra l’échéance présidentielle encore plus complexe. Pour prévenir cette période particulièrement difficile, il a exhorté les leaders libanais à poursuivre le dialogue afin de consolider la scène locale en la neutralisant, pour couper court à toute dégradation.

 

Discorde entre Amal et le Hezbollah à Chkif
La présidence de l’Union des municipalités de Chkif (Beaufort) est toujours un sujet de discorde pour le tandem chiite. L’union regroupe 18 municipalités pour le mouvement Amal et 11 pour le Hezbollah incluant la ville de Nabatiyé. Des sources du Sud indiquent que c’est Mohammad Jaber, proche d’Amal, qui occupait ce poste. Il était, par ailleurs, vice-président de la municipalité de Nabatiyé, dont le président Ahmad Kahil est proche du Hezbollah. Or, après les récentes élections municipales, il est fort difficile de répartir les tâches de la même façon, puisque la querelle de longue date entre les deux hommes porte sur l’usine de traitement des déchets que l’Union européenne avait offerte à la municipalité. L’Union des municipalités a donc été chargée par le conseil municipal de Nabatiyé de l’appel d’offres relatif au fonctionnement de l’usine. Mais le président Jaber a annulé les résultats de l’adjudication parce que l’entreprise locale qui l’a gagnée appartient à des sympathisants du Hezbollah. Résultat: voilà un an que l’usine ne fonctionne pas. Le même Jaber en a, par la suite, cédé l’exploitation à une société dont les propriétaires sont favorables au mouvement Amal, mais l’usine est restée non fonctionnelle en raison du conflit entre les deux parties. Les choses se sont compliquées avec l’annonce de la candidature de Kahil à la présidence de l’Union des municipalités de Nabatiyé au grand dam des partisans Amal qui pourraient ainsi perdre ce poste qu’ils occupent depuis 2010. Les solutions à ce malaise ne seront pas faciles à trouver.

 

Siniora favorable à la loi de 1960
Alors que le package global pour un règlement politique de la crise semble se préciser, une source politique du 8 mars affirme que, pour approuver une entente, l’ex-président Fouad Siniora pose des conditions: l’obtention de garanties pour lui et pour les députés du Bloc du Moustaqbal. Ce qui signifie aux yeux de l’ex-vice président de la Chambre, Elie Ferzli, que Siniora ne veut, en aucun cas, enterrer la loi de 1960. A la lumière des données régionales et internationales, ainsi que des enchères menées par le président Siniora à l’interne, le Moustaqbal ne semble pas disposé à aborder la nouvelle loi électorale à travers le prisme national. Pour Ferzli, comme le rapporte la source, l’écueil principal sur lequel bute la modernisation éventuelle du pays est bien la loi de 1960. Si Siniora y reste attaché, c’est parce qu’il voudrait que le Moustaqbal continue à combattre le Hezbollah à travers les députés chrétiens.L’ex-Premier ministre pourrait bientôt commencer à faire l’éloge du projet de loi de Fouad Boutros (77 sièges à la majorité et 51 à la proportionnelle) pour tenter de séduire Aïn el-Tiné, jusqu’au prochain round du dialogue national prévu début août.

 

La crise des déchets revient
La crise des déchets est de retour sur la table du Conseil des ministres, estime un jeune député. Les solutions concrètes sont tributaires de la vitesse à laquelle les responsables, qui se font la concurrence pour le ramassage des ordures, pourront parvenir à conclure un bazar satisfaisant pour tous. Les offres proposées pour la construction des décharges de Bourj Hammoud et de Costa Brava avaient des relents de scandale. Au moment de l’ouverture des plis pour adjuger le contrat en vue de la création d’un centre provisoire pour enterrer les déchets dans les règles à Bourj Hammoud, a été découvert l’énorme écart entre les prix proposés pour les deux dépotoirs. Pour Bourj Hammoud, les prix étaient de 109 et 185 millions de dollars, et ne concordaient pas avec les évaluations des conseillers du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) qui avaient avancé le chiffre de 160 millions de dollars… Les raisons de ce décalage sont claires, malgré les quelques justifications d’ordre technique: ces offres ont pour but d’écarter les entreprises non atteintes par le virus du clientélisme politique. Le député prévoit un retard dans les travaux des deux dépotoirs, même si cela doit entraîner une menace supplémentaire sur la santé des citoyens.

 

La réforme chéhabiste manquée
L’ouvrage de Gebrayel Younès, La délégation d’Irfed, l’occasion du développement perdue, pousse le lecteur à encore mieux apprécier l’expérience chéhabiste. Younès cite des détails documentés sur la tentative menée par le président Fouad Chéhab pour construire les institutions. Et pour la première fois, en arabe, on découvre le parcours du père Louis-Joseph Lebret et la manière dont il a supervisé la planification et l’exécution du projet de développement national pour le Liban. L’auteur du livre était, à l’époque, un fonctionnaire qui exécutait les décisions réformatrices du pouvoir politique. A partir de là, il livre un résumé concis et minutieux de la réalité socioéconomique dans les années 60. Cette importante matière, étayée par des documents, il l’a obtenue via son travail avec la délégation du père Lebret, en tant que responsable des archives économiques et des relations publiques entre 1960 et 1962. Younès a également expérimenté certaines données citées dans le livre à travers sa présence à la tête de l’Office administratif de l’Institut libanais de formation au développement (1963-1964).

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