Magazine Le Mensuel

Nº 3089 du vendredi 4 mai 2018

Film general

Khaled Mouzanar. Capharnaüm une production 100% libanaise

Avec un coût de 3 millions et demi de dollars environ, Capharnaüm enclenche une nouvelle étape dans la production des films libanais: une production à 100% locale. Khaled Mouzanar explique à Magazine le déroulement du processus.

Avec Capharnaüm, c’est une production purement libanaise?
Oui, elle est 100% libanaise. Dans la compagnie, dans les trois étapes du film, le financement, la production exécutive et la post-production. On a tout fait ici. On a créé Mooz Films spécialement pour le film. Je voyais la manière dont Nadine voulait faire ce film, et ça aurait été impossible avec un producteur étranger ou avec une post-production à l’étranger. Personne n’accepte un tournage de six mois, avec beaucoup d’imprévus, d’improvisations, et les coûts également, tout comme la post-production qui a duré un an et demi. Maintenant, nous sommes entièrement équipés dans nos studios. Notre boîte de production Mooz Films peut continuer à produire d’autres films, nous avons toute la structure qu’il faut. Avant de commencer un projet, on avait comme une montagne devant nous. Maintenant, les choses prennent une autre tournure.

Donc au départ, c’était une question de temps?
Une question de temps, de commodité. Mais il s’agit aussi d’avoir un contrôle financier et artistique sur le projet, pour pouvoir être totalement libres. Il y avait toujours des frustrations dans les films précédents, de temps, de contraintes. Les contraintes sont bénéfiques pour l’art, mais parfois on a envie d’aller plus loin.

Comment s’est déroulé le processus du financement?
Je n’ai jamais fait ça auparavant. Je suis compositeur, c’est vrai que je suis habitué à produire ma propre musique et qu’il y a eu auparavant des petits prémices dans ce domaine, mais j’ai peu de connaissances dans ces histoires-là. Ma formation d’avocat de base m’a un peu aidé, mais j’ai tout appris sur le tas, pendant le tournage.
J’ai fait un montage financier, avec des fonds libanais privés en contrepartie de parts achetées dans la compagnie, un partenariat et une collaboration avec la banque Cedrus pour la création notamment d’un fond d’investissement privé, une demande auprès de la Banque Centrale pour bénéficier des prêts bonifiés pour le financement d’œuvres artistiques. J’ai effectué aussi une étude du marché, car il y a une limite d’investissement à ne pas franchir. Le retour sur investissement des films libanais est connu. Le maximum a été réalisé avec Caramel: 14 millions de dollars pour un coût d’un million. C’était un peu une référence. Les films libanais ont rarement été financés de cette façon.

Et la post-production?
Le plus important, en effet, était le contrôle artistique. J’ai donc entièrement équipé des salles de montage sons et images… Et mon studio d’enregistrement pour la musique a également été équipé selon les standards
ISO du Dolby Surround. Il y avait aussi toute l’équipe de production exécutive, sous la direction de Pierre Sarraf (Né à Beyrouth Films), avec environ 1 000 personnes qui ont
travaillé sur le film. Sans oublier tous les équipements achetés… Tout s’est fait progressivement. C’était très long, mais passionnant. J’ai appris un métier, j’ai fait mon service militaire dans une grosse bataille. Tout ce qui a été fait, de l’écriture sur la page blanche, jusqu’à ce que vous allez voir sur l’écran, est fait chez nous. A cette échelle-là, ça n’avait jamais été fait auparavant. Surtout pour un film qui va avoir une carrière internationale.
 

Quel est le coût du film?
Aux alentours des 3 millions et demi de dollars. On va voir comment ça va se passer à Cannes. Les ventes internationales sont gérées par l’une des plus grandes maisons de distribution, Wild Bunch. Les distributeurs du monde entier se l’arrachent et c’est un bon départ pour les investisseurs. Anne-Dominique Toussaint, productrice associée, va s’occuper de la vente du film en France. J’aime rester fidèle aux gens qui ont travaillé avec nous. Dans le cinéma libanais, quand des films perdent de l’argent, ça décourage les investisseurs. C’est en ce sens-là que les histoires de succès financier sont importantes pour nous, cinéastes, parce que ça encourage les investisseurs justement. Je me rappelle quand on a fait Caramel, Nadine et moi, on a fait le tour de tous les financiers de la ville, mais personne n’était prêt à mettre un dollar. C’est après le succès du film que les gens ont commencé à investir. Avec le CV de Caramel et de Maintenant on va où?, je n’ai pas eu du mal à convaincre les investisseurs. Mais je ne veux pas les décevoir, mon but est de leur faire gagner de l’argent pour qu’ils continuent à investir.

Producteur, compositeur, vous avez également collaboré à l’écriture?
J’ai toujours été là, à tous les stades de l’écriture. Le film a commencé sur l’idée d’un procès. J’ai aidé là-dessus, ayant une formation d’avocat. Le film est né à la maison, dans tous les sens du terme. C’était une très belle expérience, à la fois épuisante. Les fonds d’investissement viennent avec des conditions, et à partir de là, on ne peut plus changer les budgets de production. Or souvent, au cinéma, ces derniers sont en mouvement. Il fallait gérer tout cela pendant le tournage. Surtout qu’en tant que producteur il ne faut jamais faire sentir au réalisateur la pression financière, pour qu’il reste concentré sur son œuvre. Comment cacher tout cela, quand on vit ensemble? Eh bien, j’ai caché. Quand je n’avais pas d’argent pour continuer le film, quand je devais m’endetter, hypothéquer, Nadine n’a rien su, ni l’équipe d’ailleurs. C’était ça le plus compliqué.

Nayla Rached
 

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