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Nº 3092 du vendredi 3 août 2018

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Tourisme religieux. Le formidable potentiel du Liban

Vous connaissez sûrement Harissa, Saint-Charbel ou encore Qannoubine. Mais saviez-vous qu’au Liban il existe des centaines de sites religieux toutes religions confondues? Le potentiel pour développer un tourisme religieux est donc de taille, pourtant le secteur reste encore très marginalisé. Explications.

Sur 10 452 m2, le Liban regrouperait pas moins de 3 500 sites religieux. C’est l’un des pays les plus anciens au monde, avec un héritage culturel des plus riches et divers. Les sites les plus visités sont Notre-Dame-du-Liban à Harissa, avec 2 millions de touristes par an, le monastère de Saint-Maroun, à Mar Charbel-Annaya, avec 400 000 visiteurs par an, et Notre-Dame-de-Mantara (Maghdouché), avec 360 000 visiteurs annuellement. Mais aujourd’hui, peut-on réellement parler d’un tourisme religieux et culturel au Liban, alors que seuls quelques sites sont connus du grand public et aménagés pour les visiteurs?

Un secteur émergent?
Pour Nassib Ghobril, économiste en chef à la Byblos Bank, le potentiel est bien là puisque les sites sont nombreux, mais cela ne suffit pas, il faut à présent exploiter ce potentiel. Pour cela, il faut tirer avantage de la région dans laquelle le Liban se trouve.
«Nous sommes dans une région très riche entre la Mecque et Jérusalem, explique l’expert, il ne faut donc absolument pas se placer dans une logique de concurrence mais plutôt de continuité et inscrire le Liban sur la carte de ce tourisme culturel et religieux dans la région».
Pour Nour Farra-Haddad, consultante en tourisme et professeure d’université, le potentiel du tourisme culturel et religieux au Liban est énorme avec plusieurs communautés représentées et donc des sites religieux de toutes sortes. «Nous estimons à des milliers de sites religieux et culturels au Liban. Nous travaillons beaucoup sur des estimations, car les chiffres ne sont pas disponibles mais nous avons identifié environ 3 500 sites religieux chrétiens et pratiquement autant de musulmans», précise-t-elle.
Mais avant de rêver d’attirer les touristes internationaux, la priorité doit être de cibler les Libanais eux-mêmes. «Ils doivent être au cœur de la stratégie de développement du secteur», insiste Nassib Ghobril.
Car si les sites principaux comme Harissa et Mar Charbel attirent déjà, il existe des milliers de sites culturels et religieux que les Libanais ne connaissent pas. Pourtant, s’ils étaient promus, ils deviendraient des destinations intéressantes et prisées. ll faut donc commencer par faire découvrir la richesse culturelle et cultuelle du Liban aux Libanais.
«Prenez Maghdouché par exemple, au Sud-Liban, poursuit l’économiste. Le Vatican a considéré ce lieu comme un endroit où la Vierge attendait Jésus et personne ne le sait, il faut travailler sur la promotion et la communication auprès des locaux. Les Libanais sont ceux qui utilisent le plus les hôtels, continuent à sortir même en temps de crise, c’est eux qu’il faut commencer à cibler».

Données rares
Le manque d’information est le principal obstacle au développement du secteur. Le gouvernement a bien lancé une cartographie en commençant par 250 sites pilotes. Malgré cela, les données sur les retombées économiques qu’un développement du secteur pourrait engendrer se font très rares.
Bahi Ghobril, un des consultants pour l’unité CRT en charge de développer le secteur explique: «Nous n’avons aucune donnée officielle sur le tourisme religieux au Liban. Cela dit, le potentiel est important. L’industrie du tourisme religieux dans le monde représente 20% du tourisme global (en termes de visiteurs et de revenus générés). Si l’on veut faire une estimation pour le Liban, puisque le tourisme représente environ 20% du PIB, on peut s’attendre à ce que le tourisme culturel et religieux représente 5% de ce dernier, une fois que le secteur sera pleinement développé».
La priorité doit donc être donnée à une large campagne d’information et de communication sur ces trésors libanais. «Il faut montrer que le Liban, ce n’est pas seulement l’animation nocturne et les restaurants», insiste Nassib Ghobril.
Il faut aussi préparer les sites à recevoir des touristes. Au Liban, le tourisme a représenté 22% du PIB en 2010, et 14,4% de juin à septembre 2017. «Pour pouvoir revenir aux chiffres de 2010, le développement du tourisme culturel et religieux est une solution», ajoute Nassib Ghobril. Si les sites sont bel et bien là, il reste encore tout à faire: de l’information à la création d’infrastructures.

Promotion et information
«Les circuits religieux et culturels touristiques au Liban représentent aujourd’hui une part très minime du tourisme libanais, explique Bahi Ghobril. Le Liban doit donc commencer en développant les sites existants de manière à améliorer l’expérience du visiteur. En plus de mettre à disposition des visiteurs les informations nécessaires pour qu’il comprenne l’histoire de ces sites, il faut développer des activités autour: cela peut consister en des offres incluant des loisirs, des circuits en pleine nature, des tours culinaires ou la découverte des régions rurales par l’artisanat. Tout ce travail implique une participation et des efforts de la part des municipalités dans les régions concernées».
De son côté, Nassib Ghobril suggère que le gouvernement octroie des incitations fiscales d’une durée de 5 ans pour les projets industriels et/ou commerciaux en lien avec le tourisme culturel et religieux.
Nour Farra-Haddad elle, souligne la nécessité de replacer le Liban sur la carte du tourisme mondial en le reconnaissant comme Terre Sainte. «Il faut commencer à promouvoir le Liban comme faisant partie de la Terre Sainte. Il est cité 96 fois dans la Bible. Par ailleurs, la Vierge aurait attendu Jésus au Sud-Liban. Pour développer son tourisme religieux, le Liban doit promouvoir ce patrimoine».
A noter que l’enjeu du développement du tourisme culturel et religieux est majeur. En effet, la grande majorité des sites identifiés le sont dans des régions marginalisées du Liban. Le développement de ces lieux pourrait donc profiter aux populations locales, créer des emplois et drainer des investissements.
«Maintenant, pour que ce potentiel se confirme il faut investir, développer l’infrastructure à proximité des sites, des places de parkings, le but étant d’allonger la saison touristique au maximum», ajoutent les experts.
«C’est aussi un secteur très important car ce type de tourisme n’est pas affecté par les guerres ou la situation politique du pays, note Nour Farra-Haddad. Donc si nous parvenons à développer ce secteur, ce serait une rentrée économique assurée en dépit des aléas géopolitiques. La fréquentation des sites religieux augmente même en temps de crise!». Cette spécialiste a d’ailleurs récemment mis en place une application téléchargeable gratuitement sur Smartphone, baptisée Holy Lebanon, destinée au grand public, et qui répertorie des centaines de sites religieux de toutes confessions.
Les professionnels interrogés soulignent tous que le principal obstacle au développement du tourisme religieux reste le problème de la sécurité. Le Liban aura toujours du mal à attirer des touristes étrangers en ces temps de crise.

Soraya Hamdan
 

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