Magazine Le Mensuel

Nº 3107 du vendredi 1er novembre 2019

general Temps fort

Nicolas Nahas. Le gouvernement n’a pas de plan

L’ancien ministre de l’Economie, Nicolas Nahas, est très sceptique vis-à-vis du plan réformes présenté par le gouvernement avant sa démission. 

Que pensez-vous des réformes annoncées par le Premier ministre Hariri?
Quel plan de réforme? Il n’y en a pas. Il a simplement établi une liste qui comprend un bon nombre de mesures qui vont de simples engagements de la part du gouvernement et dont la réalisation va s’étaler sur une longue durée, à des mesures d’ajustements, incluant notamment des sujets peu clairs et conflictuels.

Quelles sont les mesures d’ajustements auxquelles vous faites allusion?
Les mesures d’ajustement comprennent la suspension par le gouvernement des  investissements, comme ceux liés à l’infrastructure.

Quels sont les sujets que vous considérez comme conflictuels?
On aborde deux sujets conflictuels dans cette liste, dont la mise en application n’est pas du tout claire. On mentionne notamment l’uniformisation des achats de produits pharmaceutiques. On ne comprend pas vraiment quel est le but de cette mesure. Comment son application sera gérée, quel sera son rendement, quel en est l’impact sur le budget? On parle d’un changement radical du marché pharmaceutique, étant donné que l’importation de ce type de produits dépend pour le moment de compagnies privées.
Le second sujet conflictuel porte sur l’amendement de la loi de 2002 et notamment sur celui de l’autorité de régulation du secteur électrique, sous l’impulsion du ministre Gebran Bassil. En effet, cette loi rogne les prérogatives du ministre que M. Bassil veut absolument maintenir, notamment dans les secteurs de l’électricité et du gaz. Cela démontre que malgré la situation, il n y a pas de changement de mentalités (au niveau de la classe politique). Parmi les mesures discutées, le gouvernement a notamment approuvé l’allocation de 1 500 milliards de livres libanaises (1 milliard  de dollars) au secteur de l’électricité.
 

Qu’en est-il des engagements du gouvernement?
Il y a près de 17 engagements de la part du gouvernement qui ne sont pas concrets. Au menu, la participation du secteur privé à la gestion de certaines filières, comme les télécommunications. On parle également de la libéralisation des ports. Les mesures annoncées comportent de plus un volet social, avec l’adoption d’ici la fin de l’année, d’un nouveau régime de protection et des mesures de soutien aux ménages les plus démunis. Tous ces engagements requièrent beaucoup de temps et sont plutôt des études de projet, et non pas des mesures réelles. L’effet peut être sur deux ou dix ans. Ce n’est pas vraiment sérieux. 

Et les réformes structurelles dans tout ça, quelles sont-elles?
Il y a six points dans le plan du gouvernement que l’on peut considérer comme étant réformateurs. Ceux-ci comprennent l’annulation et le fusionnement de certains ministères comme celui de l’Information, des études menées visant à l’organisation de partenariats publics et privés, la création des autorités de régulation dans plusieurs domaines comme  l’aviation civile, l’adoption d’un projet de loi visant l’évasion fiscale, et d’autres visant à promouvoir la transparence et la lutte contre la corruption.
 
Quelle est votre conclusion par à rapport au plan gouvernemental?
Le gouvernement est sous pression, il veut améliorer sa performance. Il n’est pas certain que les politiciens veuillent changer d’approche. La corruption reste au bout du compte une méthode de travail, un
système de redistribution illicite, dans lequel les politiciens reprennent tous les contrats accordés par le gouvernement. Cette approche semble  prévaloir pour le moment, cela se voit par ailleurs dans le maintien de la mainmise politique au niveau du secteur de l’électricité.

Mona Alami
 

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