Le diabète au Liban. Une maladie qui gagne du terrain
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Nº 3064 du vendredi 29 juillet 2016

Le diabète au Liban. Une maladie qui gagne du terrain

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    Le diabète au Liban. Une maladie qui gagne du terrain
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Avec 460 000 personnes atteintes de diabète au Liban en 2015, et donc une prévalence de l’ordre de 12 à 13% de la population adulte, d’après la Fédération internationale du diabète (Fid), les enjeux sont multiples. Mise au point.

Asymptomatiques, la moitié des diabétiques ne sont pas diagnostiqués au Liban, «d’où la nécessité absolue de dépister toutes les personnes à risque de diabète puisqu’elles peuvent en souffrir sans le savoir», précise le Pr Marie-Hélène Gannagé Yared, cheffe de service d’endocrinologie et de maladies métaboliques à l’Hôtel-Dieu de France (HDF). Elle relève que «la prévalence du diabète est en augmentation galopante dans tous les pays du monde et, plus particulièrement, dans les pays de niveau socioéconomique bas à moyen». Pour cause? Les changements de style de vie, à savoir l’inactivité physique, la mauvaise alimentation et la prévalence accrue du surpoids et de l’obésité. D’après une étude dernièrement réalisée par Mme Gannagé dans les écoles libanaises, 25 à 30% des enfants sont en surpoids.

 

Différents types de diabète
Cinquième cause de mortalité dans le monde, selon le Dr Rita-Maria Chidiac, endocrinologue à l’Hôpital grec-orthodoxe Saint-Georges, le diabète n’épargne pas les Libanais. En 2015, 5 millions de personnes ont péri à cause du diabète dans le monde, selon la Fid. «Le diabète serait sous-estimé en tant que cause de décès car, souvent, la maladie est non rapportée dans les certificats de décès», confie le Dr Gannagé. «La mortalité serait surtout cardiovasculaire, le diabète augmentant de 2 à 3 fois le risque d’accidents coronariens et vasculaires cérébraux», continue-t-elle.
Le diabète représente un poids énorme pour la santé publique, le coût moyen par personne diabétique étant de 900 dollars américains ($) par an.
«Le diabète touche près de 16% de la population libanaise. Ce taux de prévalence élevé est principalement lié à l’augmentation de la proportion de patients en surpoids et au degré d’inactivité considérable», atteste le Dr Chidiac. De son côté, le Pr Gannagé explique qu’il existe principalement deux types de diabète. Le diabète de type 1 (5 à 10% des cas), est dû à une destruction des cellules β du pancréas (cellules qui produisent et libèrent l’insuline, hormone participant à la régulation du taux de glucose dans le sang, ou glycémie). C’est un diabète peu héréditaire qui survient chez les enfants et les jeunes adultes. Le patient dépend de l’insuline pour sa survie.
Le diabète de type 2 survient, quant à lui, à un âge plus adulte. Le patient manifeste, dans ce cas, une résistance à l’action de l’insuline, associée à un déficit progressif de sa sécrétion. C’est de loin le diabète le plus fréquent, avec plus de 90% des malades du diabète. «Il existe aussi d’autres types spécifiques de diabète, comme ceux dus à des défauts génétiques dans la fonction de la cellule β du pancréas endocrine (partie du pancréas qui synthétise les hormones) ou dans l’action de l’insuline, les diabètes induits par des maladies (comme le cancer du pancréas) du pancréas exocrine (partie du pancréas qui produit des ions et des enzymes pancréatiques) ou, enfin, ceux induits par des médicaments comme la corticothérapie (traitement à base de corticoïdes). Enfin, il ne faut pas oublier le diabète gestationnel (survenant en cours de grossesse), la grossesse étant une situation diabétogène», souligne Gannagé. Il faut cependant noter qu’il n’y a pas un diabète plus dangereux qu’un autre. Ils sont tous dangereux puisque l’hyperglycémie chronique conduit à des complications microvasculaires, entraînant une atteinte de la rétine, du rein et des nerfs et, macrovasculaires, avec des atteintes des vaisseaux coronaires, des membres inférieurs et de la circulation cérébrale. «Toutefois, le diabète de type 1 se caractérise plus fréquemment par la possibilité de complications aiguës comme le coma acidocétosique (coma qui survient progressivement chez les personnes diabétiques non traitées ou chez celles qui abandonnent leur traitement) ou l’hypoglycémie, complications beaucoup plus fréquentes que dans le diabète de type 2 puisque dans le diabète de type 1, le patient est complètement dépendant de l’insuline. Les hypoglycémies peuvent également survenir dans le diabète de type 2 si le patient est traité par l’insuline ou par certains médicaments pris par voie orale qui peuvent donner des hypoglycémies», assure Gannagé.
Le Dr Chidiac considère que tous les médecins ne sont pas sensibilisés à la maladie du diabète, mais que de manière générale, diabétologues et endocrinologues tentent, autant que possible, de rester à jour pour tout ce qui se rapporte au diabète. Le Pr Gannagé trouve, au contraire, que les médecins sont très sensibilisés au problème du diabète et que les soins médicaux sont suffisants. Pour elle, le principal problème réside dans le fait que «la prise en charge de la maladie est chère, surtout avec la commercialisation de nouvelles classes de médicaments qui sont très attrayants pour le traitement de la maladie, mais malheureusement très coûteux». Il est, d’après elle, extrêmement important d’apprendre au patient à autogérer sa maladie, c’est-à-dire prendre en charge sa diète, faire de l’exercice physique, maintenir un poids normal, savoir faire ses injections d’insuline et adapter les doses d’insuline en fonction de ce qu’il mange. C’est, à cet effet, qu’un centre d’éducation pour les patients diabétiques a été mis en place à l’HDF, dont le rôle principal est d’apprendre au patient à gérer sa maladie. Pour ce qui est soins et médicaments, le Dr Chidiac considère que tous les nouveaux médicaments antidiabétiques sont disponibles au Liban, mais c’est le système de soutien médical, destiné aux patients diabétiques, qui n’est pas réellement mis à la disposition des Libanais. «Un tel système devrait être mis en œuvre à un niveau national avec l’aide du ministère de la Santé. Une première consultation pour les patients prédiabétiques doit leur être fournie et des centres d’éducation en matière de nutrition et de mode de vie doivent être mis en place», affirme Chidiac.

 

Peut-on prévenir le diabète?
C’est en intervenant dès le jeune âge, surtout au niveau des familles de patients diabétiques, qu’une prévention est possible pour le diabète de type 2. Mme Gannagé met l’accent sur le fait que «les interventions les plus efficaces sont celles qui consistent à changer son style de vie, c’est-à-dire à faire de l’exercice physique régulièrement (trois heures par semaine pour les adultes, une heure par jour pour les enfants), à maintenir un poids normal et avoir une alimentation saine riche en fruits et légumes. Il existe également des médicaments qui peuvent retarder la progression du prédiabète vers le diabète (le prédiabète étant une situation où la glycémie à jeun est comprise entre 100 et 126 mg/dl)». La situation est plus compliquée pour le diabète de type 1. On peut mieux prédire la survenue du diabète dans les familles où il existe un patient atteint de diabète type 1, mais la prévention entre encore dans le cadre de protocoles de recherche.

Natasha Metni

Bientôt sans insuline?
Créer des cellules souches capables de produire de l’insuline, tels ont été les essais prometteurs, menés récemment par des chercheurs australiens, pour traiter le diabète de type 1. Ayant identifié une sorte de commutateur permettant la maturation de ces cellules, ces derniers ont trouvé possible de permettre aux cellules de réagir à l’augmentation de glucose et de produire de l’insuline. Nouvel espoir pour les diabétiques.


Surveiller sa glycémie à jeun
La Ada (American Diabetes Association) recommande de tester tous les adultes, quel que soit leur âge, en surpoids ou obèses, avec un ou plusieurs autres facteurs de risque, pour le diabète de type 2
(inactivité physique, parents diabétiques, hypertension artérielle, HDL-cholestérol bas ou triglycérides élevés, situation de prédiabète ou glycémie entre 100 et 126 mg/dl). Pour tous les autres sujets qui ne rentrent pas dans cette catégorie, le dépistage doit commencer à partir de 45 ans. Si les tests sont normaux, ils doivent être répétés à des intervalles de trois ans maximum.


Le premier médicament antidiabète
Lors d’une conférence de Boehringer Ingelheim, l’une des plus grandes sociétés pharmaceutiques du monde, le 25 avril 2016 à l’hôtel Le Vendôme, les derniers changements survenus au niveau du traitement des implications cardiovasculaires liées au diabète de type 2 ont été révélés. C’est dans ce sens que le dernier produit innovant, Empagliflozin, a été lancé au Liban: il s’agit d’un médicament antidiabétique qui traite le diabète, mais a beaucoup d’avantages au niveau cardiovasculaire, même chez les patients atteints d’une maladie cardiaque avancée, comme le précise le Dr Omar Hamaoui, chef du service de cardiologie interventionnelle au Clemenceau Medical Center.    


Vivre avec le diabète
Deux diabétiques confient à Magazine leur vie avec la maladie.
E.S. confie: «C’est à la suite d’une fréquence urinaire anormale, d’une soif difficile à étancher et d’une fatigue presque constante, qu’il s’est avéré que je souffre de diabète de type 1.
Sur le plan alimentaire, j’ai toujours été indiscipliné. Souvent, je me levais discrètement la nuit pour manger. Ayant souffert de plusieurs complications, j’ai décidé de me mettre au régime et de pratiquer une activité physique régulière. Le diabète, il faut apprendre à vivre avec, sinon, c’est l’enfer. Depuis, je ne laisse plus cette maladie constituer une entrave à mon épanouissement personnel».
«Je suis diabétique insulinodépendante depuis plusieurs années», affirme G.R. Son traitement? Deux injections d’insuline par jour. «Au début, j’éprouvais une grande dépendance à l’insuline et je sentais que ma vie devait nécessairement tourner autour de cette maladie. Puis, j’ai appris à considérer le diabète, non plus comme une maladie, mais comme un état. J’ai dû apprendre à maîtriser mes ‘envies alimentaires’, et n’étant pas sportive, je me suis forcée à pratiquer une activité qui puisse me faire plaisir. L’essentiel quand on est diabétique, c’est d’apprendre à gérer sa vie de manière saine».

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Éditorial
La terreur dans tous ses états

L’horreur n’a peut-être pas encore atteint son paroxysme. La France, apparemment cible privilégiée du terrorisme, n’a pas fini de payer un tribut que lui impose Daech. Un prêtre de 84 ans est égorgé alors qu’il célébrait la messe dans l’église d’une petite ville près de Rouen. L’un des assassins n’était pas inconnu des services antiterroristes français. Ce drame, s’il en fallait encore un, renforce la fragilité de la planète menacée par les attentats terroristes qui pèsent sur toutes les régions.Les dirigeants libanais, toutes fonctions et toutes communautés confondues, continuent à fermer volontairement les yeux et les oreilles et à refuser, sinon par quelques déclarations carrément anodines, de se sentir pris dans la tourmente planétaire. Dans leur vie quotidienne, les citoyens sont quasiment oubliés. Ils ressentent les dangers qui les guettent et leur impuissance à y faire face, alors que dans les hautes sphères d’une République privée de tête, ce ne sont que les Affaires avec un A majuscule qui prennent le dessus. Certains parmi ceux qui ont la charge de notre bien-être continuent à vivre dans le déni de leurs responsabilités et notamment dans celui des dangers que font courir au pays l’Etat islamique, Daech et consorts. Ces convertis à un radicalisme qui prétend sauver le monde en éliminant les «mauvaises graines» font un nombre incalculable de victimes, chez les enfants, les femmes, les hommes et s’en prennent maintenant aux religieux. Ils n’ont rien de véritables guerriers, mais sévissent dans des pays bien mieux structurés que le Liban d’aujourd’hui.Le Premier ministre, représentant le chef d’un Etat «fantôme» qui, de mois en mois, se fait oublier, participe à tous les sommets arabes ou internationaux. Il n’en recueille certes pas grand-chose mais rappelle au moins, l’espace de quelques jours, l’existence du Liban. Un pays qui semble avoir été rayé des agendas internationaux. Il peine toutefois à se faire accompagner par des membres de son gouvernement qui, sans être tenus d’intervenir directement dans les débats, craignent que leur seule présence soit une approbation des conclusions qui ne plaisent pas à leurs alliés et à leurs visions présentes et futures.Pour sa 27e session, qui s’est ouverte en tout début de semaine en Mauritanie, la Ligue arabe ne manque pas de sujets dont l’importance n’échappe à aucun pays arabe: la lutte contre le terrorisme, les crises politiques qui secouent le monde, et le Moyen-Orient en particulier, requièrent une coordination pour la sécurité et la stabilité des pays de la région. Des sujets sur lesquels, de toute évidence, les décisions sont critiques. Les raisons de l’absence de ministres aux côtés du chef du gouvernement au sommet sont claires. Mais quelle place aura le Liban dans tous ces débats et quels bénéfices en récoltera-t-il? Les expériences passées et actuelles prouvent que le Liban n’est plus inscrit sur les calendriers des grandes nations.Le président Tammam Salam a hérité d’un Etat en décrépitude. Le courant électrique sur l’ensemble du Liban, déjà rationné mais au moins programmé, réserve sans cesse des coupures-surprises. L’eau est polluée et le ministre de la Santé publique s’emploie à faire des annonces quasi quotidiennes mettant en garde contre de nombreux produits alimentaires jusqu’au blé, nourriture quotidienne de tous et parfois exclusive pour une classe sociale très peu, sinon jamais, prise en considération et dont le pain est l’aliment essentiel, pour ne pas dire parfois unique.Si les ministres lancent des promesses qu’ils savent ne pas pouvoir tenir, les citoyens n’y croient plus. L’augmentation des salaires des fonctionnaires, annoncée pour le mois prochain, les soins de santé gratuits pour les personnes de plus de 64 ans… et peut-être d’autres gracieusetés de ce genre qui auraient pu réjouir les bénéficiaires, si tant est que les caisses de l’Etat, vidées depuis belle lurette, le permettaient encore.On entend rarement parler encore d’une inspection centrale, pourtant jadis très active, ni de fonctionnaires déférés devant la Cour des comptes ou devant les juges spécialisés, et encore moins devant le Conseil de discipline. Tout cela appartient au passé. Et où sont les Libanais, de différentes générations, qui ont réussi à libérer le pays de tous les mandats étrangers pour, hélas, retomber chaque fois sous la houlette d’un autre occupant tout aussi étranger? L’avenir le dira. 



 Mouna Béchara
   
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