Les nouvelles tactiques militaires de Daech. La méthode Mad Max à l’œuvre
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Nº 3030 du vendredi 4 décembre 2015

Les nouvelles tactiques militaires de Daech. La méthode Mad Max à l’œuvre

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    Les nouvelles tactiques militaires de Daech. La méthode Mad Max à l’œuvre
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Les techniques de combat militaire de l’Etat islamique (EI) semblent sortir du film légendaire Mad Max, réputé pour ses machines de guerre infernales. Comme dans cet opus des années 80, on voit défiler en Irak et en Syrie des convois de camions et de tracteurs, chargés de matières explosives et hérissés de pièces métalliques semant la terreur sur leur passage. Des commandants kurdes et des experts irakiens nous racontent la guerre contre les «soldats du califat».

La ligne de front séparant les Kurdes des jihadistes de l’Etat islamique (EI) s’étend sur près de 1 000 kilomètres. Une frontière qui, au cours du mois de novembre, s’est une fois de plus agrandie, avec la chute du Mont Sinjar, fief des Yazidis, cette communauté irakienne décimée par la mouvance radicale et dont plusieurs milliers d’habitants ont été massacrés ou vendus en esclaves.
Malgré cette cuisante défaite, l’Etat islamique est passé une fois de plus à l’offensive. «Nous avons été attaqués quatre fois ces deux dernières semaines, alors que la situation était plus calme au cours des huit derniers mois», nous explique le général Sirwan Barzani, qui commande une des lignes de front située dans la région de Makhmour. Selon cet officier des peshmergas, la recrudescence des combats est sans doute due à l’approche de l’hiver, les militants de l’EI profitant du mauvais temps et des nuits de brouillard intense pour tenter d’infiltrer le territoire reconquis par les Kurdes. Ce qui permet de penser que l’organisation terroriste dispose de jumelles et de lunettes de vision nocturnes, auxquelles ses membres ont recours dans leurs sorties la nuit.
«L’EI a sans doute été affaibli, mais il dispose de ressources suffisantes pour continuer ses attaques», ajoute le général Barzani.
Selon l’expert militaire Ahmad Shaouki el-Douri, la force de l’EI réside dans la guérilla qu’il mène contre les forces irakiennes, généralement précédée par un travail de renseignement soigné. «L’EI rassemble des informations sur les positions militaires avant de passer à l’attaque. Ses offensives ne visent pas généralement des positions importantes, elles commencent par couper les lignes d’approvisionnement avant d’encercler les bases», signale l’expert militaire. Cette technique permet également de mettre la main sur l’armement et les munitions des forces irakiennes, évitant ainsi à l’organisation d’être obligée de s’approvisionner à partir de Mossoul et de Raqqa.

 

L’arme économique
De plus, il est apparu que l’EI a eu recours à l’arme économique: le pétrole et l’eau. En avril 2014, les jihadistes assiégés à Falloujah, en Irak, ont fermé les digues de l’Euphrate pour «noyer» les forces gouvernementales dans les villes environnantes. En conséquence, de vastes zones de l’Irak ont souffert de la sécheresse. A Raqqa, l’EI a détourné l’eau du Lac Assad dans la province, selon des sources locales, «pour menacer les forces irakiennes». Une information rapportée par le site de la chaîne pro-saoudienne basée à Dubaï, Al-Arabiya.
Autre invention de l’EI, les véhicules explosifs. Selon Shaouki, les offensives débutent, en général, par des attentats monstres aux explosifs, lancés par des jihadistes à bord de camions chargés de plusieurs tonnes d’explosifs de tous genres et barricadés derrière des panneaux de métal pour protéger le véhicule et le conducteur et permettre à ce dernier de provoquer la déflagration, une fois sa cible atteinte. «L’EI est donc avantagé par le facteur surprise», signale l’expert.
Les méthodes de l’EI auraient cependant changé. Selon le général Dr Kamal Kirkuki, qui gère la ligne de front de Kirkuk, la guerre contre Daech (acronyme arabe de l’EI) aurait pris une nouvelle forme.
«L’année dernière, nous étions quasiment face à face avec les militants de l’EI, les lignes de front étant séparées par des distances d’une cinquantaine de mètres seulement. Mais par la suite, nous avons repris du terrain et des positions stratégiques tels les puits de pétrole, les centrales électriques, les sources d’eau et les hauts sommets», indique le commandant.
Les opérations lancées par la mouvance terroriste ont également évolué. Les offensives précédentes commençaient typiquement par des attentats à la voiture piégée, les machines de la mort étant généralement suivies par des camions transportant des Douchka et des convois de plus d’une centaine de militants.
Mais selon le commandant Kirkuki, les groupes de militants se sont réduits et se positionnent  désormais au sein des villages arabes. Ils auraient également recours dans ces offensives à des motards suicide.
Dans le bureau du commandant Kirkuki, un drone est adossé au mur. L’EI dispose de ces drones qu’il utilise dans des opérations de reconnaissance, au-dessus du Kurdistan, explique-t-il. Quant à Ari Harsin, membre du Parlement kurde, participant également aux combats contre l’EI, se dit surpris: «Cet appareil est utilisé par les Américains, c’est fou que l’EI dispose de cette même technologie dont la manipulation nécessite des personnes ayant reçu une formation poussée», ajoute-t-il.

 

Les jihadistes s’adaptent  
Les jihadistes ont également appris à s’adapter ingénieusement aux attaques de la coalition américaine. «Nous avons découvert qu’ils ont transformé leurs camions pour les pourvoir de deux niveaux, le plus haut occupé par des animaux et le plus bas par les militants, ce qui facilite leur déplacement d’une région à l’autre», précise le général Barzani.
Dans d’autres cas de figure, ils recouvrent les camions chargés d’explosifs de plastique et de liège pour empêcher qu’ils soient détectés par les avions de la coalition, sensibles à la signature thermique des charges, selon Shaouki.
L’EI s’appuie souvent sur les populations réfugiées pour collecter des informations sur les mouvements de troupes de l’autre côté de la ligne de front. L’organisation peut également mettre en place des cellules dormantes. «En octobre, en une vingtaine de jours, près de 200 personnes ont trouvé refuge dans mon secteur, mais elles ont tendance à prétendre être des gens ordinaires ou des ex-militaires. Nous les gardons quelques heures pour vérifier les informations de base, avant de les envoyer à l’Asaysih (les services de renseignements kurdes) à Erbil, pour nous assurer qu’ils ne sont pas sur une liste de personnes suspectes. Nous savons que certains ont combattu avec Daech, mais nous ne pouvons pas le prouver, certains font défection en raison des pressions militaires contre l’organisation. Il est vrai que les défections augmentent», explique le commandant Barzani.

Mona Alami
 

La bureaucratie américaine
Selon le commandant Sirwan Barzani, la guerre contre l’organisation terroriste ne peut se poursuivre de cette manière. «Il y a un avocat dans la salle d’opérations qui approuve chaque  bombardement aérien. En septembre, nous avons repéré 150 camions de pétrole (de l’EI) dans Gyara, mais nous n’avons pas eu l’accord du centre d’opération pour les cibler, l’avocat ayant peur de causer des morts civiles. Dans la région de Gyara, un pont sur le Tigre assure les besoins logistiques de l’EI, mais la coalition refuse toujours de le bombarder car il est utilisé par des civils.

Manque d’équipements
Dans cette guerre qui évolue en permanence, les Kurdes se plaignent de manquer d’équipements sophistiqués et de munitions. Selon le député Ari Harsin, les forces kurdes auraient besoin de lunettes de vision nocturne et de matériel de protection pour désamorcer les engins explosifs. Le parlementaire indique que les artificiers chargés de prévenir l’enclenchement des bombes ne disposent pas de combinaisons de protection ou de machines tel le Bajar, un véhicule qui détecte les bombes et émet des interférences pour empêcher l’explosion des engins improvisés. «Les combattants de l’EI ont tendance à piéger la majorité de la zone dans laquelle ils s’activent, ce qui rend les opérations beaucoup plus difficiles», déclare le Dr Kamal Kirkuki.

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Éditorial
Frangié ou le chaos

La question de l’élection présidentielle a confirmé que les chrétiens du Liban ne sont plus ces preneurs d’initiatives, ces rassembleurs de la nation, ces dynamiseurs, capables d’innover, d’imaginer, d’entreprendre et de rallier les autres partenaires à leurs idées. On le savait depuis déjà trois décennies, mais on continuait à espérer un changement des mentalités et des habitudes, des actes et des paroles. Dix-sept mois de vacance présidentielle étaient amplement suffisants pour qu’ils tentent de se repositionner sur l’échiquier national, qu’ils se libèrent de leur condition de suiveurs et redeviennent des décideurs, qu’ils recommencent à peser dans la balance. Ils auraient pu facilement y parvenir en s’entendant entre eux sur un candidat unique à la présidentielle et en portant son nom aux autres partis, qui n’auraient eu ni le courage ni la possibilité de le refuser. En vain. Certains leaders sont restés prisonniers de leur ego démesuré, de leur entêtement légendaire et de leur myopie politique. Au lieu de faire l’événement, ils l’ont regardé venir, initié par les autres et, aujourd’hui, ils en subissent les conséquences.Les autres, c’est Walid Joumblatt, qui s’est réservé une place de choix dans l’équation présidentielle dès la première heure, en présentant son propre candidat, Henri Hélou. C’est Saad Hariri, qui a fait mine d’appuyer la candidature de Samir Geagea tout en négociant la présidence avec Michel Aoun, avant de se rétracter et de passer au suivant… C’est aussi Nabih Berry, qui avait en réserve son candidat caché et qui imaginait, pendant tout ce temps, le scénario de sortie de crise et se donnait les moyens de le concrétiser. Entre-temps, les leaders chrétiens se neutralisaient mutuellement et attendaient que leurs alliés respectifs fassent pencher la balance en leur faveur. Ils se sont barricadés derrière des attitudes négatives, si bien qu’ils sont tombés des nues lorsqu’ils ont appris le projet de candidature de Sleiman Frangié. Ils en ont avalé leur langue. Que peuvent-ils dire du leader du Liban-Nord? Qu’il n’est pas représentatif, qu’il est manipulé, inféodé à telle partie locale ou tel pays régional? Ils savent très bien que cela est inexact. Lui reprocher d’avoir été «choisi» par Saad Hariri est encore moins vrai, car Sleiman Frangié, est, avant tout, le choix de l’Eglise maronite, qui l’a placé parmi les «quatre présidentiables forts», avec l’accord des autres «pôles» chrétiens.Berry, Hariri et Joumblatt ont le mérite d’avoir saisi le moment opportun pour lancer, défendre et vendre, au Liban et à l’étranger, l’option Frangié. Les leaders chrétiens, eux, ont semblé complètement déconnectés des réalités régionales et internationales. Ils n’ont pas vu qu’une «window of opportunity» s’était entrouverte, et qu’il fallait s’y engouffrer avant qu’elle ne se referme, pour prendre l’initiative et se replacer, ainsi, au centre de l’échiquier national. Comme, il y a un an et demi, ils auraient dû faire bloc derrière la candidature de Michel Aoun, ils doivent, aujourd’hui, choisir Sleiman Frangié, quitte à appuyer, demain, Samir Geagea ou Amine Gemayel.Sleiman Frangié n’est pas encore président et il se peut qu’il ne le devienne pas, même si les indices plaidant en faveur de sa candidature se multiplient. Mais une chose est sûre, si les leaders chrétiens choisissent la voie de l’autodestruction, le vide pourrait s’éterniser.De là à dire que les Libanais sont confrontés à l’équation Frangié ou le chaos, il n’y a qu’un petit pas à franchir.


 Paul Khalifeh
   

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