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Nº 2953 du vendredi 13 juin 2014

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Semaine politique

Federica Mogherini, ministre italienne des A-E «L’équilibre au Liban est inévitablement lié au contexte régional»

A l’occasion de la conférence de soutien à l’Armée libanaise, prévue à Rome le 17 juin, la ministre italienne des Affaires étrangères, Federica Mogherini, a effectué une visite de deux jours au Liban, les 7 et 8 juin. La chef de la diplomatie italienne a rencontré durant son séjour les responsables libanais et effectué une visite auprès des camps de réfugiés syriens. Dans une interview exclusive accordée à Magazine, elle répond à nos questions.
 

Quel était le but de votre visite au Liban et quelles sont vos impressions?
J’ai choisi le Liban comme première destination d’un voyage au Moyen-Orient en tant que ministre des Affaires étrangères, parce que c’est un pays traditionnellement ami, qui a besoin d’une grande aide en ce moment. C’est justement pour cela que nous allons accueillir à Rome, le 17 juin, la première conférence de soutien à l’Armée libanaise. Et puis ici, dans le sud du Liban, l’Italie a un contingent qui compte environ mille soldats engagés au sein de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban, ndlr), commandée par un général italien. Je voulais aussi rencontrer nos soldats pour leur renouveler la gratitude de l’Italie pour ce qu’ils font. Je dois dire que parler avec les autorités libanaises et visiter les camps de réfugiés m’a convaincue encore plus que c’est vraiment par miracle que le Liban a pu maintenir un équilibre malgré la guerre en Syrie qui frappe à ses portes depuis trois ans.
Que pensez-vous de l’élection présidentielle libanaise? Alors que les diplomates occidentaux affirment que c’est une question libanaise, nous avons clairement l’impression que tout se joue en dehors du Liban.
C’est un pays tellement complexe… Je pense que l’équilibre au Liban est inévitablement lié au contexte régional. Mais je suis convaincue que c’est aux Libanais d’avoir eux-mêmes la solution à cette période délicate. Quant à moi, je suis venue pour écouter des protagonistes mêmes ce qui se passe. J’espère que dans peu de temps, les Libanais arriveront à un accord pour l’élection d’un nouveau président. La stabilité du Liban demeure fondamentale. J’ai pleinement confiance dans la sagesse des Libanais. Les rencontres que j’ai tenues pendant ces jours-ci ont renforcé d’autant plus ma conviction.

Quelle est votre opinion concernant la situation des réfugiés syriens au Liban? Après avoir encouragé le Liban à les recevoir, les aides promises par la communauté européenne se font toujours attendre et le Liban, qui est le plus petit pays, supporte le plus grand nombre de réfugiés qui représentent aujourd’hui 38% de sa population. On estime que le nombre des réfugiés à la fin de l’année 2014 atteindra 2 millions.
La situation des réfugiés est dramatique et est au-delà de toute imagination, comme j’ai pu le constater en me rendant dans le camp de Bourj al-Barajneh et dans le camp informel de Terbol, dans la Békaa. C’est une chose de parler de la guerre, mais en voir les conséquences directes sur la vie des gens est tout à fait différent. Pour cette raison-là, outre les aides que certainement la communauté internationale doit garantir au Liban − et l’Italie est en train de le faire − il est indispensable d’œuvrer pour la paix en Syrie pour arrêter le flux de réfugiés et permettre à ceux qui ont quitté leur propre terre d’y retourner.

Etes-vous pour la création de camps pour ces réfugiés à la frontière syro-libanaise?
Je crois que l’emplacement des camps doit être étroitement lié à la situation sur le terrain, et non pas à des considérations politiques. Et que la décision doit être prise de concert avec les organes compétents des Nations unies.

Que pensez-vous du rapprochement irano-saoudien et quelles seraient ses répercussions sur la région et sur le Liban en particulier?
Je parlais justement de ça quand j’avais dit qu’il était nécessaire d’engager tous les pays de la région pour une solution stable de la crise syrienne. Je suis convaincue qu’il s’agit d’une évolution positive qui pourrait être le début d’une nouvelle approche. Certes, l’Iran devra démontrer être fiable en concluant en premier lieu les négociations relatives au dossier nucléaire.

Envisagez-vous une réduction du contingent italien au sein de la Finul?
Non. Notre présence au Liban est historique, et comme j’ai pu le constater lors de mes rencontres à Beyrouth, très appréciée aussi. D’autant plus, nous espérons − et je suis optimiste à ce sujet − de garder le commandement de la mission.

Pourquoi l’Italie accueille-t-elle prochainement la conférence d’appui à l’Armée libanaise? Serait-ce un prélude à l’élection du général Jean Kahwagi à la présidence de la République? Quelle est la signification de cette réunion dans le contexte actuel?
Nous préparons la conférence de soutien à l’Armée libanaise depuis des mois avec les Nations unies et le gouvernement libanais. Il n’y a aucune relation avec le calendrier politique interne libanais, et, d’autre part, personne ne pouvait prévoir, qu’ à cette époque, le Liban serait toujours sans président. Il n’y a donc aucun revers politique, mais juste la volonté de la communauté internationale de soutenir et renforcer un élément fondamental pour l’unité, la sécurité et la stabilité du Liban.

Que pensez-vous de la réélection de Bachar el-Assad en Syrie, élu, selon les chiffres officiels, à une écrasante majorité? Les instances internationales vont-elles suivre ce choix?
Je ne vais même pas appeler élections ce qui s’est passé en Syrie, un pays dévasté par la guerre depuis trois ans. Quant à la communauté internationale, je regarde avec une grande inquiétude le gel de toutes les initiatives. Je pense qu’il est temps de relancer un processus de négociation qui engage cette fois d’une manière responsable tous les acteurs régionaux à la recherche d’une solution.

Des informations font état d’une rencontre entre un de vos conseillers et un diplomate syrien au Liban. Pouvez-vous confirmer cette information? Ceci veut-il dire qu’il existe une tendance à reprendre les contacts avec le régime syrien? Est-ce une initiative proprement italienne ou européenne, alors que l’Italie préside actuellement l’Union européenne?
Je ne suis absolument pas au courant. Je crains qu’il ne s’agisse d’informations erronées.

Vous avez affirmé, dans une intervention, «qu’il ne faut pas se battre avec la Russie, il faut la convaincre». Y a-t-il un changement dans l’attitude de l’Italie en ce qui concerne l’Ukraine?
Je ne vois pas de changements de conduite. Ces derniers mois, nous avons travaillé avec l’Union européenne, sur la préparation et l’adoption de sanctions comme un instrument de pression vis-à-vis de la Russie. Nous avons toujours dit, et j’en suis convaincue, que le dialogue demeure la seule voie viable pour parvenir à une solution stable. Les élections présidentielles ont constitué un pas en avant, tout comme les signes de volonté de dialogue manifestés soit par le nouveau président ukrainien Porochenko soit par Poutine.

Propos recueillis par Joëlle Seif

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