Magazine Le Mensuel

Nº 2855 du vendredi 27 juillet 2012

general

A travers le temps. Les Mosquées et leur valeur

«La première mosquée a été bâtie par le Prophète même, dans la vallée «éclairée», déclare le cheik Talal el Wali, l’un des plus grands historiens de l’Islam». C’est avec la conquête musulmane que les mosquées se sont répandues à travers le monde. Mais trois d’entre elles ont une valeur particulière: «Masjad el Haram», à la Mecque où se trouve la Kaaba et dans laquelle il est absolument interdit aux non-croyants d’entrer; la mosquée d’el Aqsa à Jérusalem et la mosquée du Prophète même dans la ville éclairée, connue sous le nom de Masjidi Haza (ma propre mosquée). Là sont enterrés le Prophète et ses deux compagnons Abou Bakr el Saddik et Omar Bnou el-Khattab.
 

D’architecture très simple au début, la mosquée, au contact de l’Occident, a pris des formes variées. Elle s’est couverte de tapis et a été éclairée de très beaux lustres.
En Egypte, la mosquée Masjed el-Azhari construite au Xe siècle, la mosquée des Karawigin, bâtie par Fatmé au Maroc. A Tunis, la mosquée de Zeitouni qu’on retrouve sur les vestiges d’une église et la mosquée des Omayyades à Damas, sont devenues célèbres par leur beauté à travers le monde.
L’une des plus belles mosquées reste celle de Cordoba, en Andalousie, dont l’intérieur est formé d’une multitude de colonnes. Aux Indes, c’est la mosquée de Taj Mahal. Les mosquées de Beyrouth ont-elles une valeur historique? A cette question, cheikh Taha el-Wali indique que la plus vieille mosquée de la ville de Beyrouth se trouve près du tombeau de Riad el-Solh dans la région d’Ouzaï connue dans le temps sous le nom du village de Hantous. Elle a pris le nom d’Ouzaï en souvenir de l’imam Abdel Rahman Ouzaï qui était très populaire. Il prenait toujours la défense des chrétiens de Beyrouth contre les Abbassides. En reconnaissance à sa mémoire, les chrétiens ont protégé cette mosquée contre les attaques des Croisés lesquels, en occupant Beyrouth, ont voulu démolir toutes ses mosquées.

Temples, églises, mosquées
En passant par la rue Maarad, il est difficile de ne pas voir une grande et belle mosquée à l’architecture ancienne, dont l’une des façades fait penser davantage à une église moyenâgeuse. A l’intérieur, l’impression se confirme à la vue des immenses colonnades sous forme d’ogives croisées. Les têtes d’animaux sculptés sur la pierre et surmontant le haut des colonnes piquent la curiosité. Quelle est donc l’histoire de cette mosquée d’el-Omari? Toujours selon le cheikh Taha, dans Beyrouth trois mosquées ont une valeur historique, la première et la plus célèbre étant celle d’el-Omari. A l’origine, à la place même de cette grande mosquée, se trouvait un temple romain, construit par Philippe dit l’Arabe en 240 après J.-C. et dédié à Jupiter. Les Byzantins sont venus ensuite construire au même emplacement le tribunal militaire et des casernes.
Un tremblement de terre en 559 secoue Beyrouth et tout fut démoli. Il n’est resté que quelques vestiges du temple sur lesquels les Croisés en occupant la ville en 1100 ont construit une église dédiée à Saint-Jean Baptiste dont il fut le premier évêque.
En 1187, Salaheddine gagne une bataille sur les Croisés et l’église est transformée en mosquée. Dix ans plus tard, les Croisés de retour, et l’église est rétablie jusqu’au triomphe définitif du sultan el-Khalil. L’église redevient désormais une mosquée qui, pendant une courte période porte le nom de «Mosquée de l’ouverture islamique». Les musulmans étaient persuadés qu’à l’intérieur de cette mosquée, se trouvait une des mains de Saint-Jean Baptiste. Ils vont alors l’appeler la mosquée de Sayidna Yahya. Jean voulant dire en arabe Yahya. Le nom lui est resté une cinquantaine d’années. En hommage au Khalifat Omar, considéré le plus important des compagnons du Prophète, les sunnites de Beyrouth donnèrent à cette grande mosquée le nom d’«el-Omari el-Kabir».
On comprend mieux maintenant le minaret qui rappelle un clocher occidental, le bénitier qu’on retrouve à sa place, mais en verticale, les ogives croisées et même ces têtes d’animaux ou les figures représentant le soleil qui viennent du temple romain. Temples, églises, mosquées, trois civilisations, un passé historique, un patrimoine culturel, n’est-ce pas le symbole de la ville de Beyrouth et du Liban en général?

Mouna Béchara

Réf. Cheikh Taha el Wali, Magazine de 1970)

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