Magazine Le Mensuel

Nº 2855 du vendredi 27 juillet 2012

Presse étrangère

LA FORCE DE L’HABITUDE

Cette semaine encore, la presse internationale s’inquiète profondément de la situation au Liban dont la vie quotidienne est désormais rythmée par ce qui se passe en Syrie et où se multiplient les fronts. Le quotidien britannique The Guardianrevient sur le souvenir qu’a laissé Assef Chawkat au Liban.
 

Il y a eu un temps où Assef Chawkat était l'un des hommes les plus craints au Liban. Et un autre temps où il a été l’un des plus détestés. L'homme a été pendant très longtemps le responsable syrien en charge du dossier libanais et a même été considéré comme un suspect potentiel dans l’assassinat de Rafic Hariri en 2005.
Le jour de sa mort, c’était comme si Chawkat avait totalement disparu des écrans radar libanais. Enfin presque. Quand l’information a été diffusée, des tirs de joie ont éclaté à Tripoli. Des blessés ont été signalés et le front Mohsen-Tebbané s’est à nouveau enflammé. L’armée s’est rendue sur place et a calmé tout ce petit monde. Mais c’est tout.
Si les médias libanais ont totalement occulté l’histoire libanaise de Chwakat, les politiciens du pays en ont fait de même. Seul le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a évoqué la «grande perte» de «vrais camarades de guerre». Le président Sleiman et le Premier ministre Najib Mikati ont tous deux dénoncé l’attaque, tout en indiquant qu’ils ne souhaitaient pas s’ingérer dans les affaires d’un pays étranger. En coulisses, les partis qui soutiennent le régime expliquent qu’ils ne veulent pas créer de polémique sur le sujet et ceux qui s’y opposent du côté du 14 mars expliquent que s’ils estiment que justice a été faite, ils ne pouvaient pas se réjouir publiquement d’un assassinat.

 

Foreign Policy s’intéresse au «front salafiste libanais». Les objectifs du cheikh Ahmad el-Assir dépassent largement le cadre du Liban. Assir fait partie d'un mouvement grandissant au Liban et dans d'autres pays arabes dans lesquels les salafistes- se posant en protecteurs des intérêts sunnites- se servent de la guerre civile en Syrie pour prendre le pouvoir politique et relancer le conflit sectaire avec leurs ennemis historiques chiites.
La candeur d’Assir au sujet de son hostilité à l'égard des chiites est choquante, mais elle reflète le même genre de ressentiments communautaires que l’on peut entendre au Bahreïn et dans le Golfe persique en général.
Certains Libanais ont fait remarquer que la rhétorique de confrontation Assir est nouvelle, même au Liban où, après des décennies de conflits communautaires dans le pays, les Libanais, intoxiqués par ce contexte, parlent de manière polie de «fitna». Mais pas plus.
On savait depuis le départ que le Liban n'allait pas pouvoir échapper aux retombées de la guerre civile en Syrie. Il a toujours été question de savoir quand et comment.
Au moment où la guerre, qui ressemble de plus en plus à un conflit entre sunnites et chiites, il y a peu de doute que le Liban ne puisse être le premier d'une série de pays de la région où les tensions communautaires pourraient éclater, à l’ombre des révolutions arabes.

 

 

Le Figaro explique que la piste libanaise est privilégiée en Bulgarie après l’attentat-suicide qui a visé des touristes israéliens à Sofia. Selon des sources policières, le suspect s'exprimait en anglais avec un accent, «peut-être arabe», et avait les cheveux courts, contrairement aux images diffusées par la police et la photo sur le faux permis de conduire américain retrouvé sur sa dépouille. Selon le procureur, il aurait séjourné plusieurs jours sur la côte avant de commettre l'attentat.
Sous l'impulsion de leurs collègues israéliens, les enquêteurs bulgares éplucheraient les noms des quelque mille ressortissants libanais entrés récemment sur le territoire. Les noms des complices éventuels du tueur auraient toutes les chances de s'y trouver. Le jeune homme aurait été accueilli par au moins deux «compatriotes» qui lui auraient fourni les explosifs et la marche à suivre.
Joint au téléphone, le chercheur Vladimir Tchoukov, spécialiste bulgare du monde arabe, trouve cette hypothèse «logique». «Elle fait écho aux accusations formulées par Israël à l'encontre du Hezbollah. Mais tant que le mystère sur l'identité exacte du suspect persiste, cela reste une hypothèse de travail parmi d'autres», conclut-il. Une hypothèse évoquée par le Pentagone.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Monde analyse «le soutien aveugle de Nasrallah au clan Assad» C'est dans l'épreuve que l'on reconnaît ses vrais amis, dit l'adage. En la matière, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, n'a pas démérité. Depuis le début du soulèvement en Syrie, en mars 2011, il a multiplié les gages de soutien à Bachar el-Assad. Et loin d'afficher une position plus réservée que les récents coups portés au pouvoir syrien par la rébellion auraient pu lui suggérer, Hassan Nasrallah a rendu un nouvel hommage appuyé à la Syrie des Assad.
Le leader chiite a estimé que les trois hauts responsables syriens, dont le beau-frère du président, tués mercredi dans l'attentat contre un bâtiment de la sécurité nationale à Damas, «incarnent la Syrie qui a soutenu la résistance». De quoi fâcher parmi les activistes syriens, pour qui ces hommes représentent surtout la répression.
Par de tels propos, Hassan Nasrallah relève, à son corps défendant, la vulnérabilité de son parti aujourd'hui. Hassan Nasrallah rappelle aussi que la stratégie militaire prime sur tout autre aspect pour le parti, dans ses prises de position par rapport à la Syrie. Plus question de défendre les «opprimés», comme il l'a toujours fait dans ses chartes politiques ou en se rangeant aux côtés des Egyptiens, Libyens, Bahreïnis, Yéménites, depuis le début du «Printemps arabe». Conserver ses armes, maintenir«l'axe de la résistance» – Iran, Syrie, Hezbollah – contre Israël sont les priorités du Hezbollah.
S'il n'en laisse rien paraître, impossible de penser que Hassan Nasrallah ne prépare pas le futur.

 

 

Le Nouvel Observateur était à Masnaa pour recueillir le témoignage de Syriens fuyant les combats. La frontière libano-syrienne a connu un véritable exode au cours des jours. Le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU a évoqué des chiffres allant jusqu'à 30.000 réfugiés en 48 heures au plus fort des combats à Damas. Beaucoup venaient de Damas, théâtre depuis le 15 juillet de violences inédites. Près de 1500 personnes sont restées dans la Békaa (est), le reste s'est dirigé vers d'autres régions du Liban. Les Syriens ont également fui vers la Jordanie et la Turquie.
«Une grande partie des réfugiés ont loué des appartements dans la région montagneuse», proche de la frontière libano-syrienne, explique Pierre Achkar, président du syndicat libanais des hôteliers. «Les réfugiés choisissent plutôt des hôtels 3 ou 4 étoiles, signe qu'il s'agit d'une classe moyenne syrienne», ajoute Achkar sans pouvoir dire combien de Syriens sont logés dans les hôtels. Les établissements de la Békaa et des alentours disposent d'un millier de chambres, selon l'hôtelier.
Le mufti Mohammed Qabbani, la plus haute autorité religieuse sunnite au Liban, a demandé l'ouverture des frontières aux réfugiés syriens «sans discrimination» et reproché aux autorités d'empêcher les plus démunis d'entrer dans le pays.

 

Julien Abi-Ramia
 

Aux armes, citoyens dont je ne suis pas!
Le Monde a eu un coup de cœur pour une comédienne libanaise. Darina el-Joundi est de retour à Avignon. Cinq ans après son entrée dans la Cité des papes, avec Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, la comédienne libanaise présente Ma Marseillaise.
En 2007, elle avait créé la stupeur. Débarquée du Liban où elle menait, loin de la scène française, une belle carrière de comédienne, Darina el-Joundi lâchait sur la ville une bombe à fragmentation. Un texte autobiographique et terriblement impudique dans lequel elle racontait, seule en scène, les démêlés d'une femme libre.
Il fallait tourner la page, voici donc Ma Marseillaise. Sur scène, encore et toujours Darina, ou plutôt son double, Noun. Eternelle combattante, passée par les coups, la drogue, l'hôpital psychiatrique, tête haute, verbe inoxydable face à l'intolérance masculine. Dernière-née d'une grande lignée de féministes arabes, luttant pour l'entrée des femmes à l'université, l'abolition du code de la famille, la suppression du voile, Noun livre bataille.

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