Magazine Le Mensuel

Nº 2856 du vendredi 3 août 2012

general

Electricité. Un compromis, enfin…

Quelques heures après que l’EDL eut annoncé que la grève des journaliers allait priver le pays de courant, les responsables politiques, Amal et le CPL en tête, ont trouvé un accord satisfaisant direction et employés.

 

Fallait-il se retrouver au bord du gouffre pour entrevoir une porte de sortie ? Vendredi dernier, EDL annonce qu’en raison du mouvement des journaliers, la collecte des factures sera désormais assurée par trois sociétés privées. Une provocation pour les grévistes qui estiment que la direction a fait le choix de la confrontation. Durant le week-end, le comité de suivi décidera d’une escalade. Lundi, leur mouvement prendra une autre tournure. Les journaliers en colère se dressent à l’entrée du siège de l’office à Mar Mikhaël, empêchant les employés de se rendre à leurs bureaux. Même la direction est priée de rebrousser chemin. Le conseil d’administration établira ses quartiers dans les bureaux de la centrale électrique de Zouk. Les journaliers verrouilleront les portes du siège avec des chaînes, dresseront des barricades de pneus brûlés et appelleront à la fermeture des bureaux régionaux. A la provocation, les grévistes répondent par la coercition. Si elle avait perduré, cette montée de tension aurait eu des conséquences dramatiques.
Prenant acte de l’escalade, le conseil d’administration de la compagnie, après décision prise à l’unanimité de ses membres, a décidé de considérer le siège de l’EDL comme fermé de force. «Cette décision entraînera une coupure totale de l’électricité sur tout le territoire libanais d’ici à quelques heures», ont-ils indiqué. Une menace légitime sur le papier, car dans les locaux du siège se trouve le centre de commande national chargé de repérer les pannes sur le réseau et de coordonner la distribution du courant sur tout le territoire. Mais les grévistes, soutenus par le président de la CGTL, Ghassan Ghosn, au nom de la défense des salariés, voient les choses de manière différente. Ils expliquent que leur mouvement n’a pas de conséquences sur le travail de l’EDL, et que la direction utilise la menace de la coupure permanente pour rallier à sa cause la colère de la population. Depuis plusieurs jours, les sit-in de protestation se sont multipliés dans les régions.
Par la voix de son président Kamal Hayek, l’entreprise a expliqué qu’un mouvement de protestation «pacifique et civilisé» ne ferme pas les portes d'EDL avec des chaînes et n'entrave pas la liberté de ses employés. «Nous n'avons pas l'intention de couper le courant, mais nous risquons de grandes pannes. Tant que la situation sécuritaire ne retourne pas à la normale, nous ne pourrons pas reprendre notre travail pour assurer le courant aux Libanais». La situation s’est envenimée au point que le dialogue social s’est définitivement rompu. C’est du terrain politique que l’ébauche de solution a émergé. Rappelons que la grève a débuté début juillet lorsqu’un projet de loi prévoyant l'embauche des journaliers de l'EDL sur la base d'un temps partiel a été mis sous le tapis après la colère des députés représentant les partis chrétiens. En l’absence de cadre juridique, les journaliers ne sont plus payés depuis trois mois et la bataille fait rage entre le ministère de l’Energie dirigé par Gebran Bassil et les journaliers soutenus par le mouvement Amal de Nabih Berry.
A l’issue des réunions hebdomadaires du Conseil des ministres, les rencontres entre le chargé d’affaires politiques de Nabih Berry, le ministre Ali Hassan Khalil; le ministre de l’Energie et de l’Eau, Gebran Bassil; le ministre du Hezbollah, Mohammad Fneich; et le Premier ministre, Najib Mikati, se sont multipliés. Cette affaire aura fini par distendre les relations au sein de la majorité entre Amal et le CPL. Les médiateurs Frangié et le Hezbollah auront d’autres occasions d’user de leurs talents de conciliateurs.

Julien Abi Ramia

 

La solution en gestation
Sur le plan politique, c’est sur la base d’une proposition du leader des Marada Sleiman Frangié, et grâce à la médiation du Hezbollah, que le mécanisme de règlement a été mis au point. Sur le plan législatif, il consiste à reprendre le projet de loi, tel qu’il a été présenté au Parlement début juillet et d’y introduire les amendements souhaités par Gebran Bassil. Deux questions restent en suspens. Qui fera le premier pas ? Gebran Bassil et le CPL, en faisant passer une loi qui ne les satisfera pas complètement ? Ou Amal et les grévistes qui devront faire cesser l’occupation du siège? Deuxième interrogation, le nombre de journaliers à encadrer. Un chiffre médian, respectant au mieux les désidératas de toutes les parties, est encore à l’étude.

 

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