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Nº 2949 du vendredi 16 mai 2014

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Elections consulaires françaises. Pléthore de candidats, petits programmes

Le 25 mai prochain, les Français du Liban et de Syrie sont appelés aux urnes pour élire cinq conseillers consulaires, qui relaieront leurs préoccupations quotidiennes auprès des autorités. Petite revue de programmes.
 

Pour la première fois depuis la réforme de 2013, les Français établis à l’étranger pourront élire le 25 mai, 443 conseillers consulaires pour un mandat de six ans, répartis dans 130 circonscriptions. Le vote s’effectuera à la proportionnelle. Ces conseillers, défrayés avec une enveloppe de 200 euros par mois environ, se réuniront régulièrement avec les ambassadeurs et consuls de leurs pays de résidence, pour parler d’éducation, de santé, de problèmes sociaux ou encore de sécurité.
Parmi ces 443 conseillers au total, 90
seront ensuite élus pour siéger à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), en juin. L’AFE se réunira ensuite deux fois l’an, pour discuter et relayer les préoccupations des Français. Si ces conseilleurs n’ont, a priori, qu’un rôle consultatif vis-à-vis de l’Etat français, ils ont tout de même un grand rôle à jouer, puisque qu’ils sont aussi les «grands électeurs» qui éliront les sénateurs des Français de l’étranger lors des sénatoriales, et ce, dès septembre 2014, pour le prochain renouvellement par moitié du Sénat.
Pour la circonscription Liban-Syrie, qui compte 17 000 électeurs inscrits au Liban et environ 900 en Syrie, cinq postes sont à pourvoir, auxquels s’ajoute en plus un délégué consulaire, qui viendra étoffer le corps des grands électeurs. Sur les cinq listes en lice, quatre sont marquées à droite, pour une seule de gauche. Leurs programmes affichent des priorités à peu près identiques, afin de coller de près aux préoccupations des Français.
Soutenu par l’Union des Français de l’étranger (UFE), Jean-Louis Mainguy, à la tête de la liste Vivre la France à l’étranger, est un visage bien connu des Français du Liban et de Syrie. Conseiller à l’AFE depuis 2006, il revendique une «antériorité certaine par rapport à d’autres candidats». «Nous sommes issus du monde associatif et non partisan, très proches du terrain et disponibles pour nos compatriotes, afin de défendre au mieux leurs intérêts», explique-t-il à Magazine. S’il est élu, Mainguy compte notamment s’atteler aux problèmes liés au handicap. «Les allocations adulte et enfant handicapés doivent être revues, il est impensable qu’elles stagnent depuis 2005 et qu’il y ait un si grand écart entre les enfants et les adultes», note-t-il. Autre priorité, celle des bourses scolaires et universitaires. «Nous travaillerons pour des bourses mieux calibrées, afin de pallier l’abandon de la prise en charge». Et la Syrie alors? «Malgré la situation, nous avons essayé de faire ce qu’il fallait, et nous continuerons à assurer une présence, pour ceux qui sont restés dans le pays», indique-t-il, «bien que la structure diplomatique n’existe plus en Syrie, abandonnant les Français établis là-bas». Mainguy espère que ses compatriotes iront «voter massivement, quel que soit le candidat, afin de donner une représentativité nécessaire à leurs élus».
Autre personnalité bien connue des Français établis au Liban et en Syrie, Denise Revers-Haddad, qui mène la liste Rassemblement des Français de l’étranger. «Je suis sur le terrain depuis quatorze ans maintenant, et toujours à la disposition de mes compatriotes», explique-t-elle. «Pour moi, la fonction de conseiller consiste à se mettre entièrement à la disposition des Français, qui ont des demandes énormes au niveau social, et à être toujours à leur écoute, quelle que soit leur affiliation politique». Denise Revers-Haddad revendique le fait de ne pas avoir d’étiquette politique et de conduire une liste «indépendante». L’une des priorités du mandat à venir consistera à faire augmenter les bourses scolaires, qui n’ont pas été revalorisées depuis l’abandon de la prise en charge. «Les critères d’attribution peuvent être changés, on peut toujours faire mieux afin d’être le plus juste possible». Pour cela, elle compte faire remonter les dossiers à Paris, et s’appuyer sur les députés et sénateurs rencontrés au fil des années, qu’ils soient de droite ou de gauche, pour défendre les intérêts de ses compatriotes». Autre cheval de bataille, celui de la stigmatisation des Français de l’étranger, souvent considérés en France, comme des «exilés fiscaux», alors que la réalité sur le terrain est bien différente. Revers-Haddad appelle en tout cas les électeurs «à ne pas laisser les autres choisir à leur place», en se déplaçant pour voter.
Troisième candidate, Fabienne Blineau-Abiramia, qui dirige la liste Union pour une France rayonnante à l’étranger, investie par l’UMP et soutenue par le député des Français de l’étranger, Alain Marsaud. «Ma plus grosse différence, c’est le soutien d’un parti politique», revendique-t-elle. «Cette élection comporte un grand enjeu social pour répondre aux attentes et nous pouvons faire bouger les choses grâce au soutien de notre député Marsaud, qui appuie directement les dossiers auprès du ministère des Affaires étrangères», lance-t-elle. Pour Blineau-Abiramia, cette élection comporte un autre enjeu, d’envergure nationale, celui de faire basculer le Sénat, dès le mois de septembre, à droite. «Je suis quelqu’un de disponible et je compte bien m’atteler sans relâche aux différentes problématiques qui touchent aussi bien les binationaux que les expatriés», dit-elle. Parmi ses priorités de programme, celle de garantir l’accès à tout élève français dans les établissements conventionnés au Liban, ou encore le renforcement des liens avec la Caisse des Français de l’étranger pour la rendre plus accessible à certaines catégories. Espérant que les électeurs seront au rendez-vous le 25 mai, Fabienne Blineau- Abiramia rappelle aussi que «notre pays nous fait beaucoup de cadeaux, on a tous des droits et des devoirs, il faut toujours être ambitieux».
Déjà candidate aux législatives de 2012, Patricia Elias-Smida se présente en tête de la liste La Force de l’engagement. Revendiquant des valeurs gaullistes, elle explique avoir rassemblé autour d’elle des colistiers dynamiques, tous issus de la société civile. «La priorité des priorités, pour moi, c’est de combattre le projet d’impôt des Français de l’étranger porté par l’UMP et le PS actuellement en train d’être élaboré». Pour elle, cela remet en cause le principe d’égalité des Français en termes de droits, notamment. «En France, les Français ont l’école gratuite, les hôpitaux gratuits, etc, alors que les ressortissants établis à l’étranger n’ont pas ces droits-là, donc si on veut les imposer, il faut leur donner aussi ces droits», estime-t-elle. «Je veux expliquer que nous ne sommes pas des exilés fiscaux». Autre point important pour Elias-Smida, l’emploi et le dynamisme économique, via la création d’une liste de diffusion des emplois vacants dans les entreprises françaises au Liban. «Nous sommes une vraie force économique pour la France». Elle compte aussi œuvrer dans le domaine de l’enseignement, pour une éducation française de qualité, ainsi qu’accroître la solidarité envers ses compatriotes. Autre combat important, celui de la défense des «étudiants en médecine binationaux, dont les diplômes ne sont pas reconnus en France». «L’important c’est qu’on puisse aider en étant des élus de proximité, un peu comme des assistantes sociales», souligne-t-elle. Elle appelle donc les ressortissants français à aller voter pour les conseillers consulaires afin d’avoir un réel «lien avec leur consulat et de pouvoir agir sur leur avenir et celui de leurs enfants».
Soutenue par l’association Français du Monde-ADFE, Eve el-Mokaddem porte la liste baptisée «Français du Liban et de Syrie, partageons le même horizon». Seule candidate de gauche, elle souligne que son objectif est de «renforcer la démocratie et la justice sociale», en aidant ses concitoyens dans leurs demandes de bourses scolaires, notamment. «Il s’agit d’un mandat avant tout social et cela implique d’être proche des familles, de bien les connaître, afin de les soutenir au mieux», explique Eve el-Mokaddem. Parmi ses priorités, si elle est élue, la participation au CCAS, qui s’occupe des allocations pour les enfants et adultes handicapés, ou encore l’accès des plus démunis à la troisième catégorie aidée de la Caisse des Français de l’étranger. Par ailleurs, la candidate souhaite développer les «liens des Français avec leurs pays d’adoption, via l’organisation d’activités socioculturelles et la promotion d’un environnement durable». Mokaddem n’oublie pas les Français de Syrie, qu’elle veut «aider à mieux s’installer en leur procurant une assistance sociale, plus que nécessaire dans le contexte actuel».

 

Campagne violente tous azimuts
Le climat aura été plutôt violent entre les candidats. Notamment dans les rangs de la droite. Les électeurs inscrits sur les listes ont reçu une pléthore de mails des candidats, dont certains plutôt agressifs et parfois diffamatoires.

Pour l’UMP, Fabienne Blineau-Abiramia, dit avoir «été choquée par des menaces de certains candidats, de suspendre les bourses au Sud ou au Nord, si on s’affichait avec moi, à tel point que les gens avaient peur de venir à mes réunions». «Il y a beaucoup de mensonges», dénonce-t-elle.
Patricia Elias-Smida explique avoir été la cible répétée de «mails mensongers et diffamatoires de la part de l’UMP», parti qu’elle a «choisi de quitter en 2012 lorsqu’un projet de loi voulait déchoir de la nationalité française les citoyens qui ne paieraient pas leurs impôts en France». «L’UMP s’est montré très agressif, alors qu’il ne s’agit que d’une élection mineure, finalement. Ils n’ont pas le monopole du gaullisme», lance-t-elle. Elle confiait d’ailleurs «vouloir porter plainte après l’envoi répété de mails diffamatoires de l’UMP aux électeurs».
Denise Revers-Haddad témoigne elle aussi d’une campagne très violente, marquée par «beaucoup de calomnies». «Si j’avais su que ce serait aussi violent, je ne me serais jamais présentée», avoue-t-elle.
Eve el-Mokaddem, qui conduit la seule liste de gauche, qualifie la campagne de «très dure, alors qu’il ne s’agit que d’un mandat social».
Quant à Jean-Louis Mainguy, il préfère «ne pas s’arrêter à ce genre de problèmes», ajoutant que «le fait de politiser l’AFE est un grand danger, ce n’est pas la couleur politique qui compte, ce sont les problèmes que nous arriverons à régler».
Aux électeurs de juger, le 25 mai, mais cette ambiance aura peut-être pour effet une participation minimale au scrutin.

Jenny Saleh

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