Magazine Le Mensuel

Nº 2860 du vendredi 31 août 2012

LES GENS

Shant Chinchinian. Du social à la politique

Il vient de la plaine de la Békaa, précisément de Zahlé, qui l’a vu naître et grandir. Il a passé des années à travailler dans le domaine du social et, en 2009, il est élu député arménien-orthodoxe de la région sur la liste du 14 mars et représente les Forces libanaises. Portrait de Shant Chinchinian.

C’est à Zahlé qu’il a fait ses études scolaires avant de s’inscrire à l’université Haïgazian, à Beyrouth, où il obtient un diplôme en sciences politiques. A peine son service militaire accompli, il  se rend en Angleterre où il poursuit des études à l’université de Bradford. Il y décroche un Master en «International Politics and Security studies». A la fin d’une année passée à l’étranger, il a hâte de rentrer au Liban avec plein de rêves et d’espoirs pour l’avenir. «Après le décès de ma mère, alors que j’avais 17 ans, la famille s’était réduite et je voulais revenir pour être aux côtés de mon père et de mon frère. Par ailleurs, j’étais très optimiste quant à l’avenir du pays», confie Shant Chinchinian. Pourtant, la réalité s’avère différente. «Je suis resté longtemps sans travail et je me contentais d’emplois temporaires juste pour ne pas rester inactif», dit-il. De 2000 à 2006, il enchaîne les boulots et enseigne dans une école privée appartenant aux religieuses à Anjar et dans une école publique de Zahlé. En 2006, on lui propose le poste de vice-directeur de l’école Nazarian, à Horch Tabet, et en 2007 il en devient le directeur. En parallèle, il donne des leçons particulières et aide son père dans son commerce. Petit à petit, il se lance dans le social et rejoint le club Rotaract. Aussitôt, on lui demande d’en devenir le président. «Cette expérience m’a beaucoup appris et a renforcé chez moi l’esprit de leadership. Je ne suis pas un fonceur. Je suis timide de nature et j’aime toujours garder un profil bas», confie le député de Zahlé. En 2008, il est  président du Rotary. «Je suis devenu plus sociable, moi qui suis de nature introverti et j’ai réalisé à ce moment que je pouvais réussir à un poste de responsabilité. C’est la raison pour laquelle j’encourage tous les jeunes à s’inscrire dans des clubs sociaux, à faire du scoutisme. Ceci développe leur sens des responsabilités et leur assure une grande ouverture d’esprit», estime Chinchinian. Le député de Zahlé croit fermement au travail d’équipe et pense que rien ne peut être fait individuellement. «Beaucoup de projets ont été réalisés à Zahlé grâce à la collaboration de plusieurs partenaires».

La politique dès 2004
Sa première expérience en politique remonte à 2004. Il est alors candidat indépendant aux élections municipales de Zahlé. La liste à laquelle il appartient est soutenue par tous les pôles chrétiens. «J’ai été encouragé dans cette initiative par le ministre et député Elie Marouni, mon voisin et ami. C’était en fait un geste symbolique. Les Syriens étaient encore présents et les gens avaient peur. Malgré cela, nous avions réalisé un score honorable». En 2005, il se porte candidat aux élections législatives. Il ne figure sur aucune liste et obtient 601 voix. «J’étais déçu mais tout le monde me disait que vu les circonstances, ce n’était pas un si mauvais score», se souvient le député. En 2009, alors qu’il n’appartient à aucun parti, il est choisi par les Forces libanaises pour les représenter sur les listes du 14 mars.
Pourquoi lui? Quand il pose la question au Dr Samir Geagea, celui-ci se contentera de sourire. «J’ai appris par la suite que je remplissais les critères voulus. Je considère que les FL sont les plus proches de ma vision politique. Ce sont des gens qui veulent introduire du sang neuf et qui accordent une grande importance au rôle des jeunes», dit-il. Au départ, son entourage était sceptique et plus d’une fois Shant Chinchinian s’entend dire: «pourquoi te fatiguer autant, tu n’y arriveras jamais car tu n’appartiens à aucun parti politique et personne ne t’appuie». Pourtant, il ne se laisse pas abattre. «Je pense que lorsque l’on croit fermement à quelque chose, toutes les portes s’ouvrent», affirme le député. Réputé dans la région pour être constamment au service des autres, quelles que soient leur appartenance ou leurs affinités politiques, Shant Chinchinian estime n’accomplir que son devoir. Il rappelle l’exemple du bon samaritain qui se contente tout simplement d’apporter son aide. «Je crois en la providence et aux miracles», confie le député. Il pense que si les gens l’apprécient, c’est parce qu’il s’occupe personnellement du cas de chacun d’eux. «J’aime faire les choses moi-même», dit-il.   

Fausse conception
Pour ce nouveau venu dans le monde de la politique, la vie parlementaire libanaise ne ressemble à nulle autre. «La politique libanaise repose sur le confessionnalisme, ce qui la rend différente de toutes les autres expériences politiques. Je viens d’un background académique qui me fait prendre conscience à quel point il est difficile de surmonter les problèmes en politique. Ce n’est pas comme dans la vie réelle où l’on peut contrôler les événements», estime Chinchinian. Il se plaint de l’absence ou de la paralysie de certaines institutions qui pourraient jouer un grand rôle et faciliter la vie des citoyens. Il estime également qu’il existe une fausse conception du rôle du député, puisque les gens s’adressent à lui pour des affaires qui devraient être réglées ailleurs. «L’absence et le manque d’efficacité de certains organismes augmentent le poids des responsabilités des politiciens. Les gens ont recours à nous pour tout ce qui a trait à la santé et l’éducation alors que celles-ci devraient être assurées par l’Etat sans que le citoyen n’ait besoin de recourir à qui que ce soit», affirme le député de Zahlé.
Il a bien l’intention de se représenter en 2013 car il estime que chaque personne a besoin d’au moins trois années pour s’affirmer dans sa fonction et la maîtriser. «Aujourd’hui, après trois ans, je commence à observer les résultats de mon action. Au début, je n’ai fait que semer et maintenant je récolte».  
A 38 ans, Shant Chinchinian est toujours célibataire pour la simple raison qu’il n’a toujours pas rencontré la femme de sa vie. «Le mariage est une institution très importante et j’aime beaucoup les enfants. Je crois à la fameuse alchimie entre deux personnes. Il faut qu’il y ait une harmonie physique, mentale et émotionnelle dans un couple», confie le député. Avec le sourire il ajoute: «Les femmes aiment ceux qui foncent. Moi je ne suis pas un fonceur. Pourtant je fais souvent mon autocritique et j’essaie de me corriger». Joëlle Seif    

Tolérance et modestie
C’est à la maison que Shant Chinchinian a appris la tolérance, la modestie, la foi et le service des autres. «Mon père est membre du parti Ramgavar alors que ma mère était pro-Tachnag. Tous les deux nous ont tenus, mon frère et moi, loin de la politique. J’ai été influencé par ma mère, une femme pieuse, qui était très active sur le plan social. Elle appartenait à la Croix-Rouge et était membre de plusieurs associations caritatives dont l’AGBU. Je me souviens d’elle comme d’une femme très active». Le député de Zahlé est un homme croyant. «J’ai reçu une éducation chrétienne et quoique je sois arménien-orthodoxe, j’ai grandi chez les religieuses catholiques», dit-il en souriant. Il estime que son capital politique ne repose ni sur l’argent ni sur les sociétés, mais seulement sur son nom, sa famille et sa réputation.

Ce qu’il en pense
-Facebook: «Je suis un grand adepte de Facebook. Je viens de dépasser les 5000 amis et j’ai dû créer une fan page. C’est le meilleur moyen de communication. Il me permet de rester en contact avec les gens. Je reçois beaucoup de requêtes sur mon compte par des personnes qui ne possèdent pas mes coordonnées et qui n’arrivent pas à me joindre. L’opinion des gens m’intéresse beaucoup».
-Ses Loisirs: «Mon temps est devenu très chargé, pourtant j’essaie de me ménager des espaces de liberté. J’aime le hiking, la natation, la musique sous toutes ses formes, classique, arabe, arménienne, le rock et surtout le cinéma et la lecture. Je possède une grande bibliothèque qui comprend des ouvrages portant sur la religion, la politique, l’histoire ainsi que des romans. Je ramène beaucoup de livres de mes voyages».
-Sa devise: «Je suis très influencé par Winston Churchill et l’humour britannique. J’ai plusieurs devises, mais ma préférée demeure une citation de Charles Darwin qui dit que les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements».

Related

Gebran Bassil. Un dynamisme à toute épreuve

admin@mews

Tom Fletcher. Un optimisme à toute épreuve

admin@mews

Fadi Abboud. La synthèse de deux mondes

admin@mews

Laisser un commentaire