Magazine Le Mensuel

Nº 2906 du vendredi 19 juillet 2013

LES GENS

Georges Khabbaz. Né dans un théâtre

En t-shirt et bermuda, le regard malicieux, trente-cinq ans et toujours l’allure d’un adolescent. Le rire communicatif, le ton ironique et le débit rapide, il est aussi sympathique dans la vie que sur scène. Acteur, auteur et metteur en scène, il possède de multiples talents et plus d’une corde à son arc. Portrait de Georges Khabbaz.  

Le théâtre, Georges Khabbaz est né dedans. Son père, dont il porte le même prénom, a joué plusieurs fois en en amateur dans les pièces de Ziad Rahbani et dans la série télévisée d’Abou Melhem. Sa mère a également interprété quelques rôles dans des pièces de théâtre. «L’ambiance culturelle qui régnait à la maison m’a aidé à découvrir ma vocation», confie Georges Khabbaz. D’ailleurs ses parents l’ont vivement encouragé dans ce sens. Il se souvient encore des mots que son père lui avait dits: «Là où tu vas et quoi que tu fasses soit remarquable, honnête et professionnel».
A quatre ans, il savait déjà qu’il voulait devenir acteur. Il avait tenu, dans une pièce de théâtre, le rôle d’un enfant guéri par saint Maron. «Ce jour-là, j’ai découvert à quel point il était beau de faire rire les gens. Depuis, j’ai décidé que je voulais être acteur et acteur comique en particulier», dit-il. Pourtant, cela ne l’a jamais empêché de jouer des rôles dramatiques comme dans le film Sous les bombes qui évoque la guerre de 2006, et pour lequel il a obtenu le prix du meilleur acteur au Festival de Rotterdam.  C’est à l’école qu’il fait ses premiers pas d’acteur, à Batroun, le village dont il est originaire, dans les pièces adaptées des Frères Rahbani.
Il étudie la musicologie à l’Université Saint-Esprit de Kaslik (Usek). «J’hésitais entre la musique et le théâtre avant d’opter finalement pour la musique car celle-ci s’étudie, alors que le théâtre ne s’apprend pas», souligne Khabbaz. En quatrième année, il pense devoir faire du théâtre et entame alors un master de théâtre musical ou la musique dans le théâtre. C’est dans la pièce La dame aux camélias, en 1996, qu’il tient son premier rôle en tant qu’acteur professionnel. «Quoique mon rôle fut court, c’est à ce moment que j’ai commencé à être remarqué et j’ai joué dans plusieurs séries télévisées telles que Nisa’ fil-3assifa, Talbin el-orb et bien d’autres, jusqu’à ce que j’écrive et je joue mes propres séries». On le retrouve ainsi dans des séries qui ont fait rire le public comme Abdo w Abdo, Se3a bil izé3a. En 2008, il joue avec Douraid Laham dans le film Silina.
Cet artiste talentueux est à la fois acteur, auteur et metteur en scène. A son actif neuf pièces de théâtre depuis 2004, à raison d’une pièce chaque année: Mssibi jdidi, Kezzeb kbir, Halla’ wa’ta, Shou el-adiyyé, 3al tarik, Le professeur, Matloub, Awal bel-saf et dernièrement Mish mikhtilfin. La sortie de son dernier film Ghadi est prévue pour le mois d’octobre de cette année. Ce film, écrit et joué par Georges Khabbaz, parle de la vision que les gens portent sur l’enfant trisomique et du désir de l’acteur de faire accepter celui-ci par la société.
Il a déjà écrit plusieurs pièces, mais Georges Khabbaz se retrouve plus dans son rôle d’acteur. «J’écris pour servir l’acteur qui est en moi. Tous les moyens utilisés, le script, la mise en scène, la musique et le décor sont au service de l’acteur. Celui-ci est le tremplin pour exprimer ce que l’on veut dire et transmettre le message». Passionné par son métier, Khabbaz souligne qu’il faut avoir de la passion pour durer dans ce domaine, notamment dans ce pays. Il estime être un des rares artistes à avoir brisé la règle selon laquelle l’art ne nourrit pas son homme. «Entre les pièces de théâtre, les cours que je donne, les productions et les publicités que je tourne, je réussis à avoir des rentrées qui renversent cette théorie».

 

Etre beau pour être acteur
Alors que l’aspect physique devient une condition majeure pour être acteur, Georges Khabbaz considère qu’on ne devrait pas se limiter à cela. «Il faut avoir du talent et du charisme. Adel Imam n’est pas beau mais son charisme et son talent ont fait de lui la star numéro un du monde arabe». De même, l’acteur souligne que son aspect physique lui donne une identité particulière. «J’ai les traits saillants, un grand nez, des sourcils bien dessinés, je suis très mince, je ressemble à tout le monde. C’est la raison pour laquelle les gens m’aiment. Ils se retrouvent en moi car je suis comme eux. Charlie Chaplin était beau, mais il a dû faire des changements afin que les gens s’identifient à lui». Comme tout comédien, Georges Khabbaz reconnaît être influencé par Chaplin. «C’est quelqu’un qui a donné une autre dimension à la comédie, en créant ce qu’on appelle la comédie noire. Il a réussi à faire rire les gens de leurs propres misères». Khabbaz se retrouve dans tous les grands noms de la comédie tels que Chouchou, Douraid Laham, Ziad Rahbani, Adel Imam, Woody Allen. «Ce sont des personnes qui défendent des principes et portent des causes humanitaires, sociales ou politiques. C’est ce qui fait que les gens me comparent à eux, car nous avons tous un point en commun: transmettre un message». Le théâtre de Georges Khabbaz s’adresse à tout le monde. «J’essaie de réunir tout genre de public et toutes les catégories sociales, l’instruit, l’ignorant, le riche, le pauvre. Chacun y trouve son compte».
A part la sortie de Ghadi, prévue en octobre prochain et qui réunit de grands noms tels qu’Antoine Moultaka, Mona Tayeh, Camille Salamé et Christine Choueiri, Georges Khabbaz prépare sa nouvelle pièce de théâtre qui se jouera à partir de décembre 2013. Il travaille également sur un film cinématographique financé par la NDU (Notre Dame University) qui comporte sept chapitres. «Chaque chapitre sera fait par un metteur en scène différent, tous diplômés de la NDU. C’est moi qui ai écrit le film qui sera joué par de grands acteurs et filmé selon des techniques très sophistiquées». Georges Khabbaz est un homme profondément croyant pour qui la foi se résume à deux choses: l’intention et le comportement. «Il y a des personnes qui sont bien intentionnées mais dont le comportement est mauvais et il existe des personnes mal intentionnées mais qui se comportent bien. Celui qui cumule les deux, l’intention et le comportement, est un croyant quel que soit le dieu qu’il adore. Dieu est amour».

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub-DR 

Ce qu’il en pense
Social Networking: «Je n’ai pas de page 
personnelle sur Facebook, mais une Fan page qui réunit plus de 218 000 likes. Je pense que ces choses-là représentent une violation de la vie privée et accordent trop de liberté à des personnes qui peuvent dire n’importe quoi sur n’importe qui. C’est une arme à double tranchant dont il ne faut prendre que le meilleur».
Ses loisirs: «La musique et le cinéma. Je vais trois à quatre fois par semaine voir des films. Je fais également du sport, du football, du 
tennis, du ping-pong et de la gymnastique».
Sa devise: «Je n’ai pas de devise mais une question: personne n’a jamais rien choisi, ni son pays, ni sa famille, ni sa race, ni sa 
religion. Pourquoi alors se disputer?».

Chansonniers vs théâtre classique
Dans un pays où il est un des rares à faire des pièces de théâtre en bonne et due forme et où le théâtre des chansonniers foisonne, Georges Khabbaz estime que les chansonniers représentent un entertainment et non pas un théâtre. «Le théâtre nécessite un background culturel. La majorité des chansonniers sont vides et n’ont pas de fond culturel ou spirituel. Ils reposent sur le sexe et la politique et font appel à l’instinct. Une fois que le rideau tombe, il ne reste plus rien de l’œuvre». Dans le théâtre des chansonniers, souligne Khabbaz, il n’y a pas de structure, d’analyse des 
personnages ou de relations entre eux. «Ils parlent de tout et de rien et disent ce qu’ils veulent. Par contre, dans mes pièces de théâtre, le spectateur choisit inconsciemment un personnage qui lui ressemble et s’identifie à lui. Il rit ou pleure avec lui. Le théâtre n’est pas une tribune pour lancer de gros mots et pour jouer sur l’instinct politique du spectateur». Il relève par exemple que ceux qui ont le plus ri de la personnalité de L’avare de Molière, ce sont les avares eux-mêmes car ils ont rejeté leur défaut sur le personnage qu’ils regardent. «Je peux dire que je suis l’un des rares qui font du théâtre avec tous les critères et qualifications de celui-ci».    

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