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Nº 2866 du vendredi 12 octobre 2012

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La retraite aux flambeaux en 1954. Une tragédie mal assumée

De nombreux événements ont endeuillé le Liban pendant des jours et ont marqué l’histoire. Certains sont tombés dans l’oubli. Ainsi une retraite aux flambeaux, en 1954, fait plusieurs morts et des centaines de blessés plongeant le pays dans l’horreur.

Le 2 novembre 1954, le gouvernement interdit les tirs et les feux d’artifice à l’occasion des fêtes religieuses. Le 7 novembre, à 18 heures, à la tombée de la nuit, quelque 2 000 jeunes gens, porteurs de flambeaux, défilent, malgré l’interdiction, devant le Collège Al- Makassed, à 100 mètres environ du terminus du tramway de Basta. Une foule de plusieurs milliers de personnes, dont surtout des jeunes, manifeste à l’occasion de la fête du Maouled. Il suffira de quelques minutes pour que le défilé se transforme en catastrophe et provoque la panique chez quelque 8000 personnes.
Les porteurs de flambeaux avaient l’intention d’aller jusqu’au Parlement en passant par la Place Riad Solh. En guise de flambeaux, ils avaient des torches alimentées par de petits bidons de mazout, soudés de façon artisanale autour du manche de la torche. Dès le départ, l’accident fatal se produit. Les torches font fondre les joints de soudure. Un des porte-flambeaux laisse alors tomber sa torche avec le petit réservoir de mazout. Les autres porteurs des flambeaux en font de même. Les réservoirs de mazout s’enflamment subitement, formant sur le sol une petite nappe de feu qui s’étend rapidement aux pieds des éclaireurs. Une bousculade s’ensuit et dégénère très vite.
Une mare de feu qui dure près de 20 minutes provoque une véritable hécatombe. Des jeunes sont piétinés. Bilan: Plusieurs morts, plus de quarante-deux personnes brûlées vives, de très nombreux blessés graves, dont 160 brûlés au premier et au second degrés.
Tous les services de secours sont mobilisés. Le pays est en deuil. Les hôpitaux lancent des appels urgents aux donneurs de sang. Les soins s’organisent. La Croix-Rouge lance un appel aux pays étrangers pour obtenir du plasma sanguin suffisant aux besoins des blessés. Durant des jours, c’est la lutte contre la mort de plusieurs blessés dont certains sont sauvés. Une souscription pour les victimes est lancée, elle se soldera à 290.000 livres libanaises.
Le 9 novembre, le Conseil des ministres, réuni en session extraordinaire, adopte à l’unanimité un projet de loi interdisant toute manifestation religieuse hors des lieux de culte. La Chambre est appelée à voter une semaine plus tard mais le projet suscite une large polémique. Il se heurte à une opposition farouche du patriarche maronite Mgr Antoine Arida et de Pierre Gemayel. Ils jugent qu’il porte atteinte aux libertés et invitent à voter une loi pour protéger les lieux de culte au lieu d’interdire les manifestations religieuses. Il souligne que les chrétiens se sentent visés, parce que les manifestations à l’extérieur des lieux de culte se passent chez eux. Pendant des jours, le projet est sur le tapis, les discussions vont bon train. Si Pierre Gemayel, Pierre Eddé et Joseph Chader le rejettent, Kamal Joumblatt l’appuie, proclamant que la rue doit être laïque. Il est soutenu par Emile Boustany, Kamel el-Assaad et Hachem Husseini. La Commission parlementaire de l’administration met fin aux débats et conclut que le projet est en contradiction avec la Constitution. D’autres lois déjà en vigueur peuvent parfaitement réprimer les désordres des manifestations extérieures aux lieux de culte.  
Cette affaire a endeuillé le Liban mais aucune responsabilité n’est dégagée. Elle restera gravée dans l’histoire contemporaine du Liban.

A.K.

Manifestations religieuses interdites
Le projet de loi sur l’interdiction de toute manifestation religieuse en dehors des lieux de culte prohibe toute cérémonie, cortège, manifestation à caractère religieux, construction d’arcs de triomphe, ou déploiements de bannières à caractère religieux, en dehors des lieux réservés au culte. Il interdit aussi l’utilisation des cloches et des haut-parleurs pour des émissions à caractère religieux entre 19h et 7h, à l’exception des jours de fêtes religieuses officielles, ainsi que des tirs au milieu des habitations.

 

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