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Nº 2873 du vendredi 30 novembre 2012

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Pas de solution sans dialogue. Joumblatt envoie dos à dos le Hezbollah et le 14 mars

L’initiative lancée, lundi matin, par Walid Joumblatt parviendra-t-elle à ramener l’opposition à la table du dialogue? Rien n’est moins sûr. Le 14 mars campe sur ses positions, tout en reconnaissant des avancées positives. Michel Sleiman et Najib Mikati, eux, soutiennent la médiation.

Déjà évoquée depuis plusieurs semaines, au fil des interviews, l’initiative de Walid Joumblatt a enfin été présentée par le seigneur de Moukhtara en personne. Durant près d’une heure, le leader du PSP s’est attelé à expliquer patiemment sa démarche. Avec en ligne de mire celle de ramener tous les partis politiques à la table du dialogue, afin de calmer les tensions internes et d’éloigner le spectre d’une fitna entre sunnites et chiites.
La proposition de Walid Bey se concentre autour de trois points essentiels. Premier pilier nécessaire pour ramener la stabilité politique du pays: le retour de tous les protagonistes à la table du dialogue. Un appel du pied à l’opposition qui, depuis l’assassinat de Wissam el-Hassan, continue de boycotter toute réunion avec le 8 mars au Parlement, mais aussi à la table du dialogue. Tel un Don Quichotte, le seigneur de Moukhtara entend bien promouvoir le dialogue. «Le dialogue est le seul moyen de régler les différends et il est inacceptable de prononcer des discours incendiaires», a-t-il martelé avec force lors de sa conférence de presse. «Nous ne pouvons former un gouvernement neutre sans consulter toutes les parties, ce qui nous ramène à la table du dialogue», argue Joumblatt, en réponse aux appels du 14 mars à la démission du gouvernement comme seul préalable à un retour au dialogue. «Nous contacterons tous les partenaires et nous nous adresserons à eux en prenant en compte les conseils des grandes puissances qui avaient appelé à la pondération pour ce qui est du changement gouvernemental», a-t-il précisé.

Second point essentiel de son initiative, la défense du principe de «l’autorité exclusive de l’Etat». «L’initiative vient appuyer les efforts déployés par le président de la République, Michel Sleiman, en vue de rétablir le dialogue, en coopération avec le chef du Législatif, Nabih Berry», a ajouté Joumblatt. Et de poursuivre: «Tôt ou tard, il faudra retourner dans le giron de l’Etat», en évoquant la fameuse formule «armée-peuple-résistance». «Un jour ou l’autre, après le parachèvement du dialogue, il faudra inévitablement adopter une nouvelle formule», surtout que «cette équation ne saurait perdurer car elle n’est pas claire et maintient la confusion entre la Résistance et l’armée. Or il faut qu’un jour l’Etat soit la seule référence». Selon Walid Bey, «ceux qui rejettent le concept de l’Etat ou qui insistent sur (cette formule) se sont retrouvés face à un horizon bouché lorsqu’ils ont demandé l’aide de l’Etat pour régler le problème du clan des Mokdad».

Dissociation absolue
Dernier point de sa proposition, la nécessité pour tous les partis libanais de respecter la déclaration de Baabda de juin dernier, qui préconise la dissociation du Liban des problèmes régionaux, et surtout de la crise syrienne. «Oui à la libération des territoires occupés par les moyens disponibles, diplomatiques et militaires, et non aux violations israéliennes», a souligné le leader du PSP, en ajoutant aussi «non à l’usage du territoire libanais à des fins ne concernant pas l’intérêt du Liban». «Nous sommes contre le recours à des appareils Ayoub ou autres, lorsque l’objet transgresse le Liban». Cette dernière adresse, qui pointe clairement du doigt les armes du Hezbollah, ne signifie pas pour autant que Walid Joumblatt se détache du gouvernement. A ses détracteurs, il répond que «certains oublient que ce gouvernement a financé deux fois le Tribunal spécial pour le Liban et a protégé les principales figures du Courant Hariri, pilier du 14 mars». Tout en reconnaissant que «le problème des armes ne peut être résolu qu’à travers un dialogue calme».
Quant au gouvernement actuel, même s’il s’avoue favorable à la constitution d’un cabinet neutre, Walid Joumblatt s’est montré déterminé à ne pas le lâcher, tant qu’une solution n’aura pas été trouvée, redoutant plus que tout le vide. «S’il n’y a pas d’accord préalable, je ne quitterai pas le cabinet», a-t-il réaffirmé, expliquant même qu’en «l’absence d’accord, (il) nommerai(t) à nouveau Najib Mikati».
Directement concerné, le Premier ministre s’est d’ailleurs empressé de soutenir «l’initiative de dialogue lancée par M. Joumblatt», appelant «toutes les parties concernées à se montrer réceptives», alors qu’une délégation du PSP, composée du ministre Ghazi Aridi, d’Alaëddine Terro et de Zafer Nasser, était venue lui présenter les détails de la proposition. «Quelle que soit la divergence d’opinions entre les Libanais, le dialogue est la seule voie qui mène à une solution en aidant à trouver des points communs entre tous et à protéger le Liban contre la situation difficile que traverse la région», a-t-il indiqué.
Michel Sleiman a, quant à lui, multiplié les déclarations de soutien à l’initiative Joumblatt, avant et après son officialisation. Dès le jour de l’Indépendance, il insistait sur la nécessité d’«éviter tout acte ou tout propos susceptible d’entraîner le Liban sur la voie de la discorde interne ou des conflits régionaux», mais aussi sur l’intérêt de poursuivre «nos efforts afin d’aboutir à une entente sur une stratégie de défense susceptible de protéger le Liban contre tout danger». Le chef de l’Etat n’exclut pas non plus la formation d’un «gouvernement neutre, d’union nationale, ou bien majoritaire». Tout en précisant que c’est uniquement le «changement de gouvernement et non plus la forme du nouveau cabinet, ni sa composition», qui doit faire l’objet de discussions à la table du dialogue.
Du côté du Courant du futur, l’initiative de Walid Joumblatt est accueillie à la fois avec circonspection et optimisme. Le Dr Ahmad Fatfat explique à Magazine que «le fait que Walid Joumblatt ait recentralisé sa position et qu’il insiste sur le rôle de l’Etat et sur la déclaration de Baabda est une chose positive». Selon lui, le Bey a tenté «d’envoyer dos à dos le Hezbollah et le 14 mars, mais nous remarquons que ses accusations contre le 14 mars se sont allégées, alors qu’en revanche, il est très dur vis-à-vis du Hezbollah, concernant les armes, le TSL, ou encore la mafia à l’aéroport et au port».
Concernant le retour de son parti à la table du dialogue, Fatfat se montre ferme. «Nous ne reviendrons pas au dialogue tant qu’il n’y aura pas un nouveau gouvernement. Il est difficile de dialoguer sous les menaces». «Aujourd’hui, cette table est celle du mensonge, car une multitude d’accords ont été trouvés, mais aucun n’a été mis en action», déplore-t-il. Avant de rappeler qu’en 2010, «c’est le Hezbollah qui a fait capoter le dialogue avec les faux témoins». Il affirme aussi que la crainte du vide gouvernemental et sécuritaire n’a pas lieu d’être puisque par le passé, Najib Mikati avait pu constituer un gouvernement de technocrates qui a bien fonctionné et combattu Fateh el-Islam à Nahr el-Bared». Par ailleurs, Fatfat déclare que la «composition du gouvernement n’a en aucun cas à voir avec le dialogue».
Côté Forces libanaises, on estime que l’initiative Joumblatt  est «positive» et «présente nombre de points communs avec le document du mouvement du 14 mars, adopté le 31 mars dernier», selon le député Joseph Maalouf.
Si elle est sans doute salutaire, l’initiative concoctée par Walid Joumblatt aura, sans doute, un long chemin à faire avant de débloquer la situation. Depuis le début de la semaine, le seigneur de Moukhtara envoie ses émissaires plaider sa cause auprès de toutes les instances politiques. Ils devaient s’entretenir avec Naïm Kassem, du Hezbollah, mercredi matin, puis avec le leader du CPL Michel Aoun, vendredi matin. Quant à Nabih Berry, l’autre tenant du 8 mars, il a déjà affirmé son soutien à la proposition. Cela suffira-t-il pour ramener tout le monde à la table du dialogue, sans changement de gouvernement? Rien n’est moins sûr.

Jenny Saleh
 


Nasrallah, ultra-présent
Sayyed Hassan Nasrallah a multiplié les discours télévisés à l’occasion des commémorations de l’Achoura. Parmi les sujets qu’il a abordés, le dialogue: «Nous sommes prêts au dialogue, nous sommes ouverts à l’action et aux solutions politiques. Mais celui qui nous traitera avec supériorité, nous en ferons de même avec lui».
Le sayyed a confirmé la participation du 8 mars au dialogue «sans conditions préalables et sans arrogance» et confirmé son attachement à la stabilité interne et au refus de toute discorde confessionnelle. Il est aussi revenu sur les accusations d’assassinats dont fait l’objet le Hezbollah. «Ces accusations complètent les objectifs recherchés à travers les assassinats qui se produisent çà et là. Nous réaffirmons aussi que nous continuerons à être patients, face à toutes les injustices dont nous faisons l’objet et à toutes les diffamations et les insultes lancées contre nous. Notre seul ennemi, c’est Israël (…). Nous n’avons pas d’ennemis au Liban».
«Nous ne regardons aucune partie interne comme un ennemi», a souligné Nasrallah. «C’est pourquoi nous avons cru et nous croyons toujours dans le dialogue politique et dans l’action politiques qui sont les seuls moyens de traiter la crise».

 

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