Magazine Le Mensuel

Nº 2879 du vendredi 11 janvier 2013

Société

Fuir la vie de couple. Ces hommes qui ont peur de s’engager

La peur de vivre à deux, de se marier, est plus souvent le fait des hommes que celui des femmes. Quelle est l’origine de cette peur? Peut-on la dépasser? Ces mâles réfractaires au couple ont-ils un profil commun? Sont-ils des cas «désespérés»? Témoignages et analyses.

Qui n’a pas connu dans son entourage un homme qui fuit la vie de couple? Qui se braque au simple énoncé du mot «engagement»? Qui met fin à toutes ses relations amoureuses sans raisons apparentes? Qui bloque dès que sa compagne évoque une installation dans la durée? Pourquoi certains hommes sont-ils réticents à s’engager? Est-il possible de les repérer? Quels conseils donner aux femmes qui ont affaire à ce type de profil?
Carine a fréquenté Jean-Pierre durant de longues années. Chaque fois qu’elle a évoqué le mariage, il ajournait sa réponse, sous divers prétextes. «Au départ, confie-t-elle, il m’a fait plein de promesses auxquelles lui-même croyait. Je le savais, je le sentais. Cela m’a rassurée au point où je l’ai aimé sans condition bien que j’avais entendu dire qu’il était instable changeant sans cesse de partenaires. Mais, au fil du temps, j’ai compris que ses promesses n’étaient que du vent et qu’il paniquait à l’idée de s’engager. Cette relation m’a fait beaucoup souffrir. Après sept ans d’amour fou ponctué de disputes passionnées, j’ai plié bagage et j’ai fui à l’étranger. Il m’a fallu de longues années pour me remettre de cet échec».
«Tarek a été le grand amour de ma vie. J’ai aimé ce brillant architecte au premier regard mais j’ai hésité à plonger dans cette relation. Il avait la réputation d’être instable et de refuser tout engagement. A 50 ans révolus, il n’était toujours pas marié mais on lui connaissait un tas d’aventures. Il m’a fait une cour effrénée. Une fois prise dans ses filets, il m’a délaissée peu à peu sous divers prétextes. Je voulais cet homme et ce n’était pas son comportement puéril qui allait me rebuter. J’ai agi avec mon cœur mais aussi avec ma raison. J’ai fini par gagner son amour et sa confiance. Mon secret? Lui faire comprendre que je l’aimais plus que tout et sans conditions, mais en même temps que je pouvais me passer de lui si telle était sa volonté. Nous sommes mariés et nous avons deux enfants. Tout va pour le mieux entre nous, même s’il ne peut pas s’empêcher de jouer de temps en temps au macho pour se prouver que l’amour ne l’a pas changé, ni fait plier».
Beaucoup d’hommes fonctionnent ainsi. Ils ont peur de se laisser déborder par leurs sentiments mais aussi par une relation qui, à leurs yeux, devient forcément étouffante quand les choses prennent un tour «sérieux». Ces hommes sont-ils des mufles? Des êtres froids et insensibles? Selon les analystes, la réponse est non. Ils ont tout simplement des circonstances atténuantes. En effet, les psychothérapeutes proposent plusieurs analyses à ce type de comportements. «Pour beaucoup d’hommes, disent-ils, cette peur est liée au rapport avec la mère. Chaque fois, ce sont des hommes qui, enfants, ont été trop couvés ou, au contraire, carrément délaissés. Dans le premier cas, ce sont des mamans qui font tout ce qu’elles peuvent pour satisfaire leurs enfants, elles ne les responsabilisent pas. Plus tard, ces garçons non entraînés à prendre des responsabilités, rechercheront l’amour d’une femme qui les prendra en charge sans rien leur demander en contrepartie. Quant aux mères qui délaissent leurs enfants, elles ont donné peu d’affection à leurs fils ou étaient plus ou moins absentes. L’enfant a un grand besoin de l’amour de sa mère. Pour l’obtenir, il satisfait toutes ses volontés. Une fois adulte, il reproduit ce comportement avec les femmes mais il a alors peur d’une proximité avec elles. Pour lui, cela reviendrait à rentrer à nouveau dans le schéma qu’il suivait avec sa mère et qui consistait à répondre à tous ses désirs pour se faire aimer. Les hommes qui ont peur de s’engager ne sont pas aussi indépendants qu’ils ne le laissent croire. Au contraire. Leur besoin de liberté est artificiel. Le vrai problème est qu’ils n’arrivent pas à préserver leur indépendance. Ils aimeraient tant se fondre dans l’être aimé et oublier les contraintes du passé, mais le danger inconscient d’être rejetés les guette et c’est pourquoi ils ont peur de s’engager». Un autre point de vue, plus réaliste, consiste à dire que le célibat des hommes n’étant pas mal vu, ils se disent qu’il vaut mieux attendre avant de se marier, d’autant que leur rythme biologique n’avance pas au même rythme que celui de la femme. Pourquoi se marier puisque la société n’est pas intransigeante sur ce point à l’égard des hommes. Enfin, une autre explication veut que les hommes soient solitaires par nature et donnent la priorité à leur vie professionnelle.

Les points communs de ceux qui ont peur du couple
En général, ce sont des hommes sensibles, même s’ils s’efforcent de jouer les machos forts et inébranlables. Intéressants, cultivés, ils sont souvent des séducteurs. Mais ils ont tendance à s’engager en paroles plus qu’en actions. Ils pensent sincèrement ce qu’ils disent mais, craignant d’entrer dans un rapport de dépendance avec une femme, ils s’en éloignent dès qu’elle se rapproche un peu trop, quitte à s’en rapprocher quand elle prend ses distances. Ces hommes vont tout faire pour attirer à eux la femme. Ils lui tiennent des propos très flatteurs et la mettent sur un piédestal. Ils lui font des promesses auxquelles ils n’y croient pas. Ils l’amènent à révéler ses sentiments, à se montrer follement éprise. Leurs compagnes s’efforcent de les satisfaire pour finir par souffrir parce qu’elles sont alors frustrées par l’attitude de l’homme. Ce dernier se rétracte et réfute ce qu’il a dit. Ces hommes peuvent être durs en paroles et en comportements. Ils en arrivent à les tromper pour se prouver que la femme qu’ils ont aimée n’a pas réussi à leur mettre le grappin.
Ces hommes sont-ils des cas désespérés en matière d’engagement? Comment doit-on se comporter avec ce genre de spécimens? Toujours selon les spécialistes, tout dépend de la femme: l’idéal pour les apprivoiser serait un subtil mélange d’amour inconditionnel et de désinvolture calculée. Danièle Gergès.

Un homme témoigne
«J’ai  45 ans, raconte Omar. Je suis financier. J’ai peu de problèmes dans la vie. Je viens d’une famille aisée. J’ai réussi ma carrière et je gagne très honorablement ma vie. Je ne m’interdis aucun caprice. J’ai du succès auprès des femmes. Mais dès que l’on me parle d’engagement, je me braque. C’est le seul aspect de la vie que je trouve incontrôlable. Car comment être certain que la femme à laquelle on se lie ne sera pas complètement différente dans quelques années? Que celle qui fait tout pour vous plaire pour vous mettre la corde au cou ne se transformera pas en mégère une fois assurée d’avoir la bague au doigt? Je rêve d’une relation d’amour qui se prolonge dans le temps mais ma raison m’interdit d’y croire».

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