Magazine Le Mensuel

Nº 2880 du vendredi 18 janvier 2013

Presse étrangère

Les trésors du hors-champ

Cette semaine, loin des dossiers qui font l’actualité du Liban dans la presse étrangère, du Hezbollah aux réfugiés syriens, les journaux du monde entier proposent à leurs lecteurs un regard différent sur la société libanaise.

The Wall Street Journal
Dans l’un des blogs hébergés par The Wall Street Journal, Aline Mayard s’intéresse aux start-up libanaises. Instructif. Est-il possible de monter une start-up dans un pays avec un Internet aussi fragile, sur lequel pèse en permanence la menace d’une guerre et sans aucune infrastructure décente? Certains Libanais pensent que oui.
Les Libanais ont un solide parcours scolaire, ils sont parfois trilingues et souvent très innovants. Pourtant, jusque récemment, les start-up étaient une rareté. Pas surprenant lorsqu’on connaît l’instabilité du pays, ses huit heures quotidiennes de coupures de courant et la faiblesse de ses connexions Internet. Le Liban se traîne au 186e rang du classement international de la vitesse Internet, et il y a encore quelques mois, un mégaoctet de téléchargé coûtait 1200 dollars par mois.
Les guerres et les crises régionales ont rendu les Libanais rétifs au risque. La plupart d’entre eux regardent de haut les entrepreneurs. On y préfère les emplois sûrs, dans la fonction publique ou de grandes entreprises.
Si les Libanais de la diaspora mènent de brillantes carrières, les Libanais du pays, eux, peinent à trouver du travail. Certains font contre mauvaise fortune bon cœur et tentent quand même de faire leur trou. Internet a rendu ce rêve possible. Maintenant, avec l’industrie du web et du mobile, le lancement d’une entreprise est devenu moins risqué que l’investissement ne l’est au Liban.

 

The Financial Times
The Financial Times britannique rend compte des mesures gouvernementales destinées à relancer le tourisme au Liban.
Le Liban est en train de dévaluer les billets d’avion et les tarifs hôteliers pour relancer l’industrie du tourisme qui souffre énormément de la guerre en Syrie. La Middle East Airlines, le transporteur national, offre aujourd’hui des rabais allant jusqu’à 50% sur les billets d’avion pour une période de quarante jours. De son côté, Fadi Abboud, le ministre du Tourisme, dit avoir demandé aux politiciens de modérer leur rhétorique afin de ne pas démonétiser toutes ces mesures. «Nous essayons de changer l’état d’esprit», explique-t-il.
Cette initiative montre en miroir à quel point le tourisme, qui représente plus d’un quart du revenu national brut, a souffert du conflit en Syrie. Le nombre de touristes a baissé de 18% cette année par rapport à 2011, 38% par rapport à 2010. «Il n’y a pas de touristes», explique Paul Ariss, président du syndicat des restaurateurs. «Je suis dans le secteur depuis 40 ans et 2012 aura été ma plus mauvaise année». 40 restaurants ont fermé leurs portes l’année dernière et ce chiffre pourrait doubler en 2013. Le taux d’occupation hôtelier a chuté de 56% en un an.
L’ombre de la guerre civile syrienne s’étend bien au-delà du secteur du tourisme au Liban. Les craintes d’instabilité ont contribué à une baisse de la confiance des consommateurs et à un ralentissement général de l’activité économique.
Malgré les efforts du ministère du Tourisme, les analystes estiment que les touristes du Golfe ne reviendront pas en nombre. La situation très critique de la région semble insurmontable.  

 

The National
Selon le quotidien émirati anglophone The National, l’autre menace qui pèse sur le secteur hôtelier au Liban, c’est l’interdiction de fumer.
Le regretté journaliste Christopher Hitchens expliquait qu’il aimait voyager à l’étranger dans les pays «trop ou trop peu policés». Il connaissait bien le Liban et, s’il était encore parmi nous, il aurait sans doute été amusé par une déclaration faite la semaine dernière par Fadi Abboud, le ministre tant décrié du Tourisme, expliquant que l’Etat avait été «incapable de contrôler l’interdiction de fumer la nuit de la Saint-Sylvestre parce qu’il n’y avait pas assez de policiers». Il a ajouté: «Il y avait beaucoup de touristes, surtout des personnes venant de Turquie, et nous avons eu à prendre soin de leur sécurité et de leur protection». Hitchens, gros fumeur, aurait apprécié l’ironie, mais les déclarations de Fadi Abboud montrent la gestion désastreuse de toute cette affaire. Si la loi a été bien accueillie par le lobby anti-tabac, elle a causé nombre de dégâts dans le secteur de l’hôtellerie. «L’interdiction de fumer nous a tués», explique David Bou Dargham, le propriétaire du restaurant Eatalian.
«Le chiffre d’affaires était déjà en baisse de 30% à cause des menaces sécuritaires pour la saison estivale. Ensuite, l’interdiction a été imposée et nos chiffres ont à nouveau reculé de 30%. Nous n’avions plus le choix». Du coup, Bou Dargham dit vouloir cesser d’investir au Liban, pour le moment du moins, et se concentre sur des projets en Arabie saoudite et à Erbil dans le nord de l’Irak.

 

 

 

 

La Dépêche
Un reportage du quotidien régional français La Dépêche raconte l’implantation des troupes françaises de la Finul au Liban-Sud. Avec 150 familles libanaises qui vivent directement de la présence de la Finul et des Français à Dayr Kifa, la mission pacifique est aussi d’intérêt économique. Le bonnet étriqué sous lequel perlent des mèches grisonnantes ne suffit pas à couvrir l’amertume qui agite Wissam. Lui, le plus vieil occupant du camp, est aujourd’hui jaloux. «Quand la Finul est arrivée ici en 2006, j’étais déjà posté à l’entrée, raconte ce peintre reconverti dans le commerce (une seconde nature chez les Libanais). Dès le quatrième mandat, quelques mois plus tard, j’étais dedans, alors beaucoup de gens voulaient y entrer». Depuis, le «village gaulois» dont il fut le pionnier au bas du camp s’est agrandi. «Chez Wissam» a fait des petits, une dizaine de commerces ouverts sept jours sur sept, tout en prospérant. Aujourd’hui, l’ancien peintre de voitures emploie huit personnes, commercialise aussi bien de la cuisine occidentale que des produits du quotidien, plus ou moins authentiques ou des spécificités locales. Sans jamais avoir appris aucune langue, Wissam en parle sept, vestige de chacun des pays ayant commandé le camp. «Grâce au business», sourit le marchand.
Le commerçant n’est pas le seul Libanais à vivre de la présence internationale. Ils sont 150 à franchir quotidiennement le poste de garde. Tous parlent français, préalable indispensable. Il en est ainsi de Fadel, le coiffeur, qui ne regrette pas d’y être entré. Même à trois euros la coupe, avec plus de 700 militaires sur place «à la coupe au carré», les affaires sont plutôt florissantes.

Julien Abi Ramia
 

Les Echos
Stétié et ses peintres

Le journal économique Les Echos présente une exposition passionnante. Qui autre que le musée Paul Valéry à Sète pouvait accueillir et célébrer l’œuvre de l’une des toutes premières voix poétiques contemporaines de la Méditerranée? Il y a des évidences qui se cristallisent dans l’essence même des livres écrits depuis plus de cinquante ans par un poète libanais, donc arabe, qui épousa la langue française au sortir d’une culture orientale si riche mais encore trop restrictive pour qu’un poète puisse s’y laisser emprisonner. Alors ce sera dans la langue de Molière qu’il ira porter sa fraîcheur et distiller la métrique arabe, la répétition, le tempo si particulier et nous le donner, ainsi, en offrande, enfin totalement compréhensible car dans notre axiome, et alors le monde s’éclaira autrement, enclin à plus de joie, de légèreté, de félicité; porté par la musique poétique de Salah Stétié quand il célèbre la femme, l’arbre, les éléments, la nature avec ferveur et délicatesse, usant l’épure d’une langue classique mais dépouillée de ses langueurs monotones pour se parer d’arabesques, justement, brillantes sur chaque rameau de ses phrases picturales qui portent si bien l’image que l’on comprend aisément pourquoi la collaboration avec les peintres s’est très vite nouée dans un ballet fusionnel.

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