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Nº 2888 du vendredi 15 mars 2013

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Discussion

Le discours de Jérusalem et les futurs enjeux. La contestation d’un droit socio-politico-historique

L’Institut pour les études palestiniennes a organisé, le 8 mars dernier, au College Hall à l’AUB et en collaboration avec l’Institut Issam Farès pour les politiques publiques et les affaires internationales, une conférence portant sur Jérusalem et les futurs enjeux.

«Je ne vis pas à Jérusalem, Jérusalem vit en moi». C’est ce qu’ont implicitement manifesté la plupart des intervenants tout au long de la conférence divisée en quatre grandes parties. Début 1961, l’Organisation arabe scientifique indépendante a été établie dans le but d’étudier la cause palestinienne et le conflit israélo-arabe de tous les points de vue: historique, juridique, politique et social. L’organisation fut établie sur la base de six principes essentiels, le premier consistant à considérer que la cause palestinienne concerne le monde arabe et que le conflit israélo-palestinien est un conflit fatidique.
C’est dans ce sens que le Dr Tarek Mitri, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, affirme que les générations anciennes ont échoué à résoudre le problème palestinien. Il est nécessaire de savoir, selon lui, que la Palestine n’appartient ni aux Palestiniens, ni aux musulmans. «La Palestine est la propriété du peuple arabe, dit-il. Je souhaite que les nouvelles générations puissent trouver une solution (…) L’espoir est là», insiste l’ancien ministre.
Le Dr Ahmad Jamil Azem, lui, a parlé de La prise de position officielle des Etats-Unis, La prise de position du Congrès et des partis politiques et La prise de position populaire.
En 1995, les Etats-Unis font passer une loi au Congrès établissant que «Jérusalem devrait être reconnue capitale d’Israël» et que l’ambassade des Etats-Unis devrait être déplacée à Jérusalem au plus tard, le 31 mai 1999, chose qui n’a toujours pas été accomplie.
Le Dr Nazmi el-Ju’beh a introduit la première tranche en analysant le statut actuel de Jérusalem, suivi du Dr Abdallah Abdallah qui a examiné la situation de cette ville dans le discours palestinien.
Tous deux ont clairement dénigré le viol de la Palestine par l’Etat hébreu et ont exprimé la légitimité du droit au retour.
Cependant, si nous remontons loin dans l’Histoire et si nous nous référons à la linguistique, nous constatons qu’il existe des controverses quant à l’existence d’un Etat nommé Palestine. Dans l’Antiquité, le nom de «Palestine» vient de l’hébreu «Peleshet» qui signifie «envahisseurs». Il s’agit, par conséquent, d’un mot qui sert à désigner les Philistins, peuple qui a vécu sur une partie de la bande côtière de la Méditerranée du Sud-Est, qui a envahi l’Egypte sous le règne de Ramsès III et qui a connu des guerres avec le peuple hébreu. Plus tard, sous la domination romaine et à la suite de l’expulsion des juifs par l’empereur Hadrien, le terme «Palestine»: «Syria Palæstina» a été utilisé pour effacer l’ancienne appellation de «Syria Judaea» afin de supprimer toute trace juive de l’histoire romaine. Durant le Moyen Age, les Arabes divisent la province d’Ash-Sham en cinq districts, dont l’un garde le nom de «Filastin» (les Arabes étant incapables de prononcer la lettre P à ce moment-là). Ainsi, jusqu’après l’époque des Croisés, la notion d’Etat palestinien demeure problématique.

Le Dr Ahmad Jamil Azem explique que, lors de la Conférence de San Remo en 1920, et dans le mandat donné aux Britanniques sur la Palestine en 1922, les alliés ont redéfini les frontières de la région en la scindant en quatre mandats dont celui de Palestine qui comprend les territoires situés entre la mer Méditerranée et le désert de Syrie, territoires correspondant aujourd’hui à Israël, la Cisjordanie, la bande de Gaza et la Jordanie. Il rappelle qu’en novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies vote le partage de la Palestine entre un Etat juif, un Etat arabe et fait de Jérusalem une ville internationale. Le 10 octobre 1947, The Times discute la question du partage, faisant part de la politique américaine selon laquelle la Palestine devrait rester extérieure à la scène internationale, et que toute nation devrait s’abstenir de résoudre le problème palestinien (l’intention américaine étant, selon le Dr Azem, de protéger Israël). C’est ainsi qu’en mai 1948, le monde assiste à la déclaration d’indépendance de l’Etat juif sous le nom d’Israël.
Le Dr Mitri Raheb évoque Jérusalem dans le discours chrétien. Selon lui, il existe quatre principaux facteurs qui déterminent ce dernier et qui résument l’importance de la ville de Jérusalem pour les chrétiens, du point de vue religieux, humain ou géographique. Le Vatican ne reste pas non plus étranger à cet enjeu. En 1993, ce dernier signe un accord avec l’Etat d’Israël qui a ouvert la voie à la mise en place de sous-commissions juridiques et fiscales, chargées de régler les questions laissées délibérément en suspens. C’est en l’an 2000 que nous assistons au pèlerinage du pape Jean-Paul II en Terre sainte.
Pour mettre au point les principales interprétations du discours européen sur Jérusalem, le Dr Roger Heacock introduit la notion de temps immédiat. Il considère que chaque pays dispose d’intérêts quant à la ville de Jérusalem. La France perçoit cette dernière comme une part de son identité européenne, l’Angleterre comme un pont lui permettant d’accéder à l’Inde, etc.
Le Dr Rita Awad s’est posé la question quant à la dualité qui constitue la ville de Jérusalem, intitulant son discours: Jérusalem dans le discours arabe, entre présence et absence. Elle considère que la répartition de la Palestine est illégale et met l’accent sur le refus des Arabes de la résolution 181 des Etats-Unis qui se rapporte à cette répartition: «Jérusalem est une part indivisible de la Palestine», martèle-t-elle, se demandant si la cause palestinienne est une cause arabe.
Examinant le discours musulman sur Jérusalem, le Dr Hicham Nachabé explique que la position musulmane est la même que celles des Arabes et des Palestiniens, certifiant que la présence des chrétiens à Jérusalem est une nécessité. Selon lui, les Israéliens considèrent que c’est l’Histoire qui a dicté leur arrivée au pouvoir: «Ce peuple se doit de gouverner le monde, puisque l’Histoire le veut», souligne-t-il sur un ton ironique. Les nazis ont prétendu à la supériorité de la race aryenne, l’homme blanc à celle de la couleur de sa peau, mais personne n’a jamais atteint le degré de prétention israélienne».
Tous les discours suivants ont manifesté le caractère primordial de cette cause. La conférence a été accompagnée d’une exposition de livres littéraires et historiques au sujet de la Palestine, ainsi que de cartes géographiques illustrant les propos des différents intervenants. Reste à savoir si le mythe palestinien réussira à s’affirmer à travers l’Histoire.

Natasha Metni
 

 

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