Magazine Le Mensuel

Nº 2887 du vendredi 8 mars 2013

Livre

Nadine Bergot Debbas. Une battante à 100%

Installée au Liban depuis 2009, Nadine Bergot Debbas prend à cœur plusieurs causes dont celles de l’environnement et des femmes. Cela la conduit à la création d’une association pour la protection de l’environnement, FishEye, et d’un calendrier, 100%, qui sera suivi d’un ouvrage et qui, à travers une série de portraits de femmes aux seins nus, vise à défendre leur cause. Interview.

Dans votre calendrier intitulé 100% qui annonce la sortie d’un ouvrage du même titre, vous dénoncez l’obscurantisme et l’hypocrisie à travers douze portraits de femmes aux seins nus. Evoquer les injustices exercées à l’encontre de la gent féminine tout en exposant des femmes à moitié nues n’est-ce pas de la provocation?
Douze femmes libanaises ou vivant au Liban ont posé les seins nus ou presque, non pas dans le but de provoquer ou de choquer, mais plutôt de réveiller les esprits, les mentalités, les cœurs. Le livre qui paraîtra après ce calendrier regroupera des témoignages, des articles de presse, des idées et les projets de diverses associations, ainsi que 100 photos de femmes qui nous invitent à nous battre pour nos 100% de droits et d’égalité. La nudité est quelque part une façon de dévoiler la femme dans toute sa vérité. De faire en sorte qu’elle prenne conscience de tous ses droits, même celui de poser nue. La femme doit être plus combative et réclamer que des projets de loi soient votés pour lui assurer ses droits.

Quelles sont les principales injustices qui touchent la femme au Liban?
Elles sont très nombreuses. Par exemple, au Liban, une femme n’est pas autorisée à ouvrir un compte bancaire au nom de ses enfants. Elle n’a pas le droit de voyager avec ses enfants sans l’autorisation préalable de son mari, ce dernier pouvant également, dans certains cas précisés par la loi, empêcher son épouse, ses enfants mineurs et ses filles adultes et célibataires de quitter le pays. Selon la loi libanaise, seul l’homme peut transmettre sa nationalité à l’enfant, une femme libanaise ne disposant pas de ce droit. Au Liban, la femme qui se remarie peut se voir retirer la garde de ses enfants nés d’une union précédente. Les enfants sont alors confiés au père qui, pour sa part, a le droit de les faire vivre sous le même toit que sa nouvelle épouse. Le code pénal libanais ne considère pas comme un viol un rapport sexuel forcé par le conjoint à l’encontre de son épouse et ne l’assortit d’aucune sanction pénale. Le crime dit d’honneur est une pratique qui a toujours cours au Liban. Le nombre de victimes est impossible à déterminer, car la plupart des meurtres sont déguisés en accidents ou en suicides par les familles…

Avec votre fils Chad, vous avez lancé une association pour la défense de l’environnement. Quelles sont vos activités?
Le jour de ses dix ans, Chad a demandé à ses amis de ne pas venir avec un cadeau mais d’apporter une enveloppe contenant la somme qu’ils auraient dépensée pour celui-ci. Avec l’argent recueilli, nous avons décidé de planter des arbres. A travers cette association, nous avons lancé, entre autres, un concours dont le thème est d’imaginer le monde de demain par le biais de poèmes, de pensées, de contes, d’histoires, de citations, de photos, de caricatures, de peintures, de montages… Des anonymes, mais aussi des personnalités libanaises et françaises, y participent, dont Nicolas Hulot, président de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme, Aurélien Lechevallier, directeur de  l’Institut français, Johnny Karlitch, responsable du projet Beirut Wonder Forest… Tout cela a été édité dans un ouvrage intitulé Imagine le monde de demain, aux Editions Dergham. Et pour chaque livre vendu, il y a un arbre planté, le but ultime étant d’avoir les fonds nécessaires pour créer des jardins publics. En parallèle, nous souhaitons mener des campagnes d’éveil dans les écoles pour sensibiliser la nouvelle génération sur ce sujet.

D’autres projets en vue?
Un ouvrage intitulé Mes dimanches à Beyrouth, dans lequel je lance un cri d’alarme pour dénoncer la disparition de tout un patrimoine.
 

Propos recueillis par Danièle Gergès
 


 

Fleur de sel de Nada Skaff
«La poésie, ma planche de salut»

Créatrice de bijoux vivant en Italie depuis une quinzaine d’années, Nada Skaff vient de publier, aux éditions Dar an-Nahar, son premier recueil de poésie: Fleur de sel. Magazine l’a rencontrée.

Pourquoi l’écriture, pourquoi la poésie?
J’ai déjà publié deux nouvelles aux Editions de l’Université des langues orientales à Naples. Fleur de sel est mon premier recueil. Je crois qu’au départ, c’est un amour d’enfance. Puis, pendant de longues années, je n’ai plus du tout écrit. Je pense que, par pudeur, on n’écrit plus de la poésie, car c’est très intime. Ce qui a déclenché ce retour au vers et à la poésie a été la présentation de ma thèse, à Naples, où j’ai repris mes études de lettres françaises, en discutant des trois premiers recueils de Nadia Tuéni. Je tenais absolument à ce que la poésie du Liban soit à l’honneur, car j’appartiens à un pays francophone après tout. Je pense aussi que je traversais une période d’émotions intenses. Et la poésie, en arabe, c’est «che3er», «chou3our», émotion. C’était une période où j’avais besoin de m’agripper à la poésie. Elle a été ma planche de salut, parce que je la considère comme telle. Je suis tellement loin de mon pays, la poésie est mon radeau. Je ne voudrais pas dire exutoire, car il s’agit d’art.

Dans le recueil, on sent également comme un retour vers le pays.
J’ai l’impression que je ne suis jamais vraiment partie. Contrairement à beaucoup de mes compatriotes que je sens bien ancrés, bien installés, bien détachés, je ne me suis jamais complètement détachée de mon pays. Jamais. Depuis quinze ans que je vis en Italie, je ne suis jamais réellement partie, je n’ai jamais pu complètement couper les ponts. Je suis présente, omniprésente. Et je cherche tout le temps des excuses pour venir. J’ai la nostalgie de ma ville et de mon pays. C’est un cri d’amour. Les Italiens sont magnifiques, j’ai été très bien accueillie, mais le Liban, c’est le Liban et les Libanais mes compatriotes.

La poésie est aussi une manière de vous découvrir.
Oui certainement. En tout cas la poésie découvre, car on se met à nu. Mais j’ai peut-être trouvé le moyen de ne pas porter atteinte à la pudeur. Ma poésie est quand même spontanée, c’est un cri du cœur, je ne sens pas que c’est une mise à nu, je ne sens pas qu’il y a spoliation. Je sens qu’il y a respect de soi, qu’il n’y a pas danger en disant ce qu’on dit.

Vous dites que c’est une poésie de la vie.
C’est aussi ce que je ressens dans la poésie de Nadia Tuéni. Au moment tragique où elle a perdu sa fille, elle a publié son premier recueil, qu’elle a désavoué par la suite. Mais voilà pourquoi on commence à écrire. C’est une espèce de choc, comme après une maladie. Pour moi, c’est à la suite d’une prise de conscience. Alors oui, une poésie de la vie qui évoque tous les sentiments, toutes les émotions, l’amitié, l’amour, l’amour filial, l’amour maternel, l’amour du pays.

Pourquoi avoir tenu à publier au Liban?
J’avais beaucoup d’admiration pour la maison d’édition Dar an-Nahar, la seule qui ait publié tous les grands poètes francophones du Liban. Je voulais être un peu en famille pour mon premier recueil, avoir une espèce d’intimité avec les personnes auxquelles j’aurais soumis mon recueil et qu’elles soient en même temps sévères. J’ai suivi toutes les règles du jeu.

Maintenant que le recueil appartient aux lecteurs, avez-vous des craintes?
Aucune. Déjà, je suis très heureuse d’être venue au Liban en février spécialement pour ce recueil. Je n’ai pas de crainte, je suis confiante parce que j’ai tout fait avec beaucoup de passion. Quand on fait les choses avec passion, on ne peut pas faire fausse route. C’est très sincère, un cri du cœur. C’est vraiment moi.

Propos recueillis par Nayla Rached
 

Un titre, des histoires
«La fleur de sel pousse sur les rochers d’enfance». Le titre du recueil vient du poème qui porte le même nom, un poème qui a été divisé en deux, au conseil des éditeurs, et les deux parties même séparées l’une de l’autre par divers autres poèmes. «Il y a plusieurs manières d’expliquer le titre, dit Nada Skaff. J’ai dédié le recueil à mes parents, Nassim et Nohad, ainsi qu’à ma terre, à ma mer… A mes racines, à la Méditerranée à laquelle je suis tellement attachée, à la mer où j’ai passé toutes les vacances de ma vie. Mais aussi à la terre, ma Békaa d’origine, celle de mon père, celle de beaucoup de souvenirs d’enfance. J’ai écrit ce poème à la suite d’une promenade que j’ai faite, cet été, dans ce lieu de mon enfance. J’ai été aussi jusqu’à Enfé où on trouve la vraie fleur de sel».

 

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