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Nº 2900 du vendredi 7 juin 2013

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Du nord au sud en passant par Beyrouth. Les nouveaux fronts libanais

Au Liban, de nouveaux fronts se profilent furtivement dans le jurd de la Békaa, à Tripoli, à Saïda, et sans doute très prochainement, dans certains quartiers de Beyrouth. Ils semblent tracés d’une plume invisible au gré de forces contradictoires ayant enchaîné leur destin à celui de la Syrie et vouées inéluctablement à la confrontation.
 

La lutte inexorable entre partisans du régime du président syrien Bachar 
el- Assad, principalement le Hezbollah, et ceux soutenant les rebelles syriens, notamment dans les rangs des salafistes, des militants sunnites et des membres de l’Armée syrienne libre dans les zones frontalières, se précise de jour en jour, par le biais de nouvelles lignes de démarcation, particulièrement dans les zones à haute mixité sunnite-chiite.
Une première ligne s’est dessinée le week-end dernier dans le jurd de Baalbeck. Cette zone est particulièrement vulnérable en raison de sa proximité avec les frontières syriennes dont de nombreuses régions sont sous le contrôle des révolutionnaires. Dans la nuit du samedi, des combats ont opposé des rebelles syriens, venus de Syrie, à des militants du Hezbollah dans les hauts sommets entourant la ville de Baalbeck. Quinze rebelles ont été tués et un membre du Hezbollah aurait trouvé la mort dans ces affrontements ayant eu lieu à quelques kilomètres de la frontière syrienne, près du village de Aïn el-Jaouzé. «Le Hezbollah affirmait sans cesse publiquement que les tirs de roquettes à destination de la Békaa provenaient de Qoussair, alors qu’ils venaient du jurd pour faire croire aux membres de l’ASL qu’ils étaient en sécurité dans cette région. Ils ont fini par tomber dans une embuscade tendue par le parti», affirme une source proche du Hezbollah sous couvert d’anonymat.
 

Du nord au sud
La région du Hermel se trouve également dans la ligne de mire. Depuis quelques mois, elle est fréquemment la cible d’une pluie de roquettes tirées depuis la Syrie. Samedi, des obus se sont écrasés dans le jurd de Brital, à Jinta, Nassitiyé, Nabi Chit, Sarhine el-Tahta, Sarhine el-Faouka.
Autre front, la capitale du Nord semble vouée à une guerre bien partie pour durer, qui sera sans doute entrecoupée par des périodes de calme précaire. Cette semaine, huit personnes ont été tuées et plus d’une trentaine blessées dans des accrochages entre le quartier de Bab el-Tebbané et celui de Jabal Mohsen. De nombreuses victimes avaient été prises pour cibles par des  francs-tireurs. Les derniers affrontements, qui avaient duré une semaine avant de cesser le 26 mai, s’étaient soldés par 31 morts et 212 blessés. Les quartiers rivaux de Bab el-Tebbané et Jabal Mohsen sont à majorité sunnite et anti-Assad d’une part, et à majorité alaouite et pro-régime d’autre part.
Bien que les événements n’aient pas pris une tournure irréversible à Saïda, la capitale du Sud ne semble pas à l’abri  de violences à venir. Cela pour plusieurs raisons: la présence du camp de Aïn el-Heloué, abritant de nombreuses mouvances sunnites radicales accusées de collaborer avec l’organisation terroriste al-Nosra, mais aussi des quartiers à haute mixité sunnite-chiite. Cette semaine, un proche du Hezbollah, le cheikh Maher Hammoud, imam sunnite de la mosquée al-Qods a été la cible de tirs de mitraillette de la part d’inconnus. Par ailleurs, la voiture d’un autre imam sunnite proche du cheikh Hammoud, le cheikh Ibrahim Moustafa Breidi a été mitraillée dans la plaine de la Békaa. La semaine passée, la ville de Saïda a été le théâtre de heurts entre les partisans d’un dignitaire sunnite et les membres d’un cortège funèbre, ces derniers ayant été empêchés d’enterrer un militant du Hezbollah dans le cimetière de la ville côtière.

 

Et Beyrouth?
Dans cette nouvelle guerre, qui semble s’esquisser au Liban, la capitale Beyrouth ne sera sans doute pas en reste. «Les habitants de Dahié se préparent au pire, tout le monde est en train de s’armer. On s’inquiète d’éventuelles voitures piégées qui pourraient être suivies par des affrontements entre sunnites et chiites dans certains quartiers (populaires) de la ville», affirme la source proche du Hezbollah.
Les tensions entre sunnites et chiites semblent s’accentuer depuis 2005, année marquée par l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri et dans lequel quatre membres du Hezbollah seraient impliqués. En 2008, la décision du gouvernement libanais de supprimer le réseau de télécommunications du Hezbollah et de suspendre le mandat de Wafiq Choucair, chef de la sécurité de l’aéroport international de Beyrouth, en raison de ses liens présumés avec le Hezbollah, a déclenché de terribles affrontements entre sunnites et druzes, d’une part, et des combattants du Hezbollah de l’autre. L’exil forcé de l’ancien Premier ministre Saad Hariri, ajouté à une mauvaise gestion politique de la part de la principale faction sunnite, le Courant du futur, n’a fait qu’exacerber le sentiment de frustration de la communauté sunnite. La décision de combattre aux côtés du régime Assad en Syrie, prise de manière unilatérale par le Hezbollah, n’a fait qu’attiser le ressentiment entre les deux communautés.
Ce sentiment semble avoir des répercussions significatives sur la scène libanaise. Bien que de manière générale, la grande majorité des sunnites rallient les factions politiques traditionnelles, les courants radicaux semblent gagner du terrain. Ainsi, les mouvances salafistes, d’habitude en marge de la scène politique libanaise, tentent de s’unir sous la bannière du «Tayyar ahl el-sunna», le mouvement de la communauté sunnite.
Un lien semble s’établir entre Beyrouth, Saïda et Tripoli où la participation de jeunes sunnites libanais dans la guerre en Syrie est de plus en plus marquée. Selon des sources salafistes tripolitaines, près de 80 sunnites auraient rejoint les rebelles à Qoussair, ces dernières semaines, alors qu’une centaine de djihadistes libanais auraient combattu aux côtés des rebelles syriens durant les deux premières années de la révolution! Le fils de Dai Islam al Chahal, la plus haute instance salafiste au Liban, combattrait à Qoussair, affirme une source salafiste. Les combattants libanais se trouvant là-bas ont répondu à l’appel au jihad lancé le mois dernier par le cheikh Salem Rafeï.
Les sunnites ne sont pas les seuls à se sentir sous pression. Certains membres du Hezbollah se disent prêts à combattre sur le front interne. «Le Hezbollah a la capacité de combattre simultanément sur trois fronts: en Syrie, dans le Sud contre Israël tout comme à l’intérieur. Nous nous attendons à une guerre interne parce que nous pensons que ceux (bailleurs de fonds étrangers) qui dépensent de l’argent localement vont maintenant faire usage de celui-ci. Tous les indicateurs pointent dans cette direction», raconte Abou Ali, un combattant du Hezbollah déployé à Qoussair.
La lente radicalisation des communautés sunnite-chiite conjuguée aux prises de position extrêmes de certains de leurs membres va certainement définir ces nouveaux fronts, autour desquels s’articuleraient les prémices d’un nouveau conflit.

Mona Alami
 

Tirs contre Maher Hammoud
Le dignitaire sunnite a estimé que l’attaque dont il a fait l’objet était un message lié à ses prises de position en soutien au Hezbollah et 
en faveur d’une solution politique en Syrie. «Des sympathisants de l’opposition syrienne 
ou tout autre parti cherchant à créer la 
discorde pourraient être derrière cette 
tentative d’assassinat», a précisé Maher 
Hammoud aux journalistes.

Camps palestiniens
La situation des camps palestiniens du Liban est particulièrement préoccupante. Des sources du Fateh dans les camps ont fait 
mention de l’émergence de six groupes 
comprenant des partisans de Jund el-Cham, le Fateh al-islam et Osbat el-ansar. Ces groupes sont accusés de coordonner leurs efforts avec le Front al-Nosra, qualifié d’organisation 
terroriste par le gouvernement américain. «Majed el-Majed, terroriste saoudien habitant le camp de Aïn el-Heloué serait allé se battre en Syrie. Il aurait été remplacé par un 
Yéménite, ce qui pourrait signifier une 
collaboration avec d’autres pays», ajoute la source du Fateh. Le même officier du Fateh souligne que ces groupes coordonnent leurs efforts avec les mouvances radicales du camp de Chatila, ainsi qu’à Saïda et Tripoli, une information par ailleurs confirmée par des sources salafistes tripolitaines.

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