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Nº 2904 du vendredi 5 juillet 2013

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L’idée du Conseil présidentiel en 1967. Les sunnites exigent un rééquilibrage

Après l’indépendance et la conclusion du Pacte national basé sur la coexistence, le Liban connaît une période plus ou moins calme. Cependant, les revendications des musulmans se font de plus en plus ressentir au sein du jeune Etat.
 

Si les chiites se sentaient exclus du Liban nouvellement indépendant, les sunnites réclamaient une révision de la Constitution pour rétablir ce qu’ils appelaient «l’équilibre entre le président de la République et le chef du gouvernement». Des revendications qui devaient être à la base de l’accord de Taëf, quelques décennies plus tard.
Mais avant d’en arriver là, le 24 janvier 1967, le Regroupement de Beyrouth voit le jour. Il réunit les leaders sunnites de Beyrouth, tels Osman el-Dana, Saëb Salam, Takieddine el-Solh, Rachid el-Solh, Abdallah el-Yafi, Amine Arayssi et Soubhi Mahmassani. Ces personnalités demandent alors la révision de la Constitution, parce que «la troisième présidence n’a plus ni pouvoir ni liberté d’action». En 1966, deux changements de gouvernement étaient intervenus. Rachid Karamé est remplacé en avril 1966 par Abdallah el-Yafi, puis revient à la tête de la troisième présidence en décembre de la même année. Les circonstances de départ de Yafi font des mécontents, et le nouveau Regroupement de Beyrouth accuse Karamé d’affaiblir les sunnites.
La tension règne. La position des leaders sunnites inquiète les milieux chrétiens, qui y voient là un désistement des principes établis par le Pacte national, et qui va dans un sens ne favorisant pas le Liban, ni ses relations avec le monde arabe. Le Pacte national avait institué un système politique confessionnel, répartissant les pouvoirs entre les maronites, les sunnites, les chiites, les druzes, les grecs-orthodoxes et les grecs-catholiques.
Le président boudé
Les choses ne s’arrêtent pas là. La campagne des leaders sunnites va plus loin, en demandant la formation d’un Conseil présidentiel. Le comité formé par le Regroupement de Beyrouth présente une étude sur la meilleure façon d’assurer le partage équitable du pouvoir entre chrétiens et musulmans. Il prévoit la formation d’un Conseil présidentiel interconfessionnel, qui remplacerait la présidence de la République. L’idée suscite une large polémique. Les leaders sunnites ne dévoilent pas les détails de ce Conseil. Ils attendent les réactions des différents milieux politiques qui se déchaînent contre l’idée laquelle «porte atteinte au Pacte national à la base de la naissance du Liban, comme pays indépendant».
La position des leaders sunnites ne varie pas pour autant. Ils sont attachés à leur idée et pour manifester leur détermination, ils multiplient les occasions pour éviter de rencontrer le chef de l’Etat Charles Hélou et s’absentent de plus en plus souvent des occasions officielles, où la présence des anciens chefs du gouvernement est requise.
La situation risquait de s’aggraver. Les différents milieux s’emploient à calmer la tension et prennent des positions dans ce sens. Le mufti de la République, le cheikh Hassan Khaled (élu en décembre 1966), interdit de faire allusion à la revendication de la formation d’un Conseil présidentiel durant les prêches du vendredi, le président de la République invite les milieux chrétiens à s’abstenir de toute réaction, et le leader druze Kamal Joumblatt appelle au calme, soulignant que l’idée de la révision de la Constitution ne doit pas être dirigée contre le président de la République. L’idée est enterrée mais la tension subsiste pendant un certain temps. La présence des fédayins palestiniens au Liban n’arrange pas les choses et devait aboutir à une crise de pouvoir en 1969, jusqu’à la conclusion de l’accord du Caire, qui légitime leur action et plonge le Liban dans le chaos, qui déclenchera la guerre civile en 1975.

A.K.

Le principe de la rotation
Le Conseil présidentiel proposé par les leaders sunnites est formé de cinq membres, deux chrétiens, dont un appartenant à la confession maronite, un sunnite, un chiite et un druze. Son mandat est de cinq ans, les membres se 
succéderont à tour de rôle à sa tête. En 
contrepartie, le Premier ministre ne sera plus forcément sunnite. Pour la répartition 
confessionnelle des ministères ou des autres fonctions de l’Etat, il n’y aura pas de changement.

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