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Nº 2906 du vendredi 19 juillet 2013

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Rencontre

John Lobb à Beyrouth. «Nous nous installons pour le long terme»

John Lobb a choisi Beyrouth pour son 22e point de vente dans le monde en partenariat avec le groupe Holdal. C’est au cœur du nouveau magasin, inauguré le 27 juin au centre-ville, que Magazine a rencontré Renaud-Paul Dauphin, CEO de John Lobb.
 

Quel est le but de votre visite?
Je suis là pour l’inauguration de notre premier magasin à Beyrouth. C’est un événement important, John Lobb étant une marque très sélective. Nous n’avons qu’une vingtaine de points de vente dans le monde. Le choix d’une implantation est mûrement réfléchi.

Pourquoi avez-vous choisi le Liban?
Le Liban a une culture des produits de qualité. Nous allons ainsi au-devant de notre clientèle, puisque nous avons déjà beaucoup de clients libanais. C’est stratégiquement important de s’appuyer sur un groupe de renom, puisque Holdal a une réputation internationale. Nous considérons donc Beyrouth une implantation stratégique pour le Moyen-Orient. On a coutume de dire que c’est une vitrine, mais je voudrais dépasser les clichés et considérer que nous nous installons ici pour le long terme.

Vous avez été nommé CEO de John Lobb en 2007. Quelle a été, depuis, votre ligne directive?
John Lobb doit revendiquer ses racines anglaises. Cette culture mérite d’être renforcée car il y a, en Angleterre, un phénomène intéressant du développement de la mode masculine. En dépit du fait que je suis français, je fais en sorte que notre centre de gravité soit plutôt à Londres, car nous sommes dans une mouvance où il y a, en Angleterre, un développement très important. Il faut que John Lobb puisse se positionner par rapport à cela. C’est une marque fondée au milieu du XIXe siècle qui a une histoire fantastique. Elle doit donc revendiquer son ADN. C’est une marque atypique, de passionnés. C’est plus une signature qu’une marque. John Lobb est une marque contemporaine, non une marque passéiste qui ressasse les grands noms qui ont fait son histoire.

C’est donc en même temps l’innovation et les racines?
Il s’agit de créer un équilibre, un mouvement de balancier entre les racines, l’histoire, le patrimoine et d’être avant-gardiste, «fashion-forward». John Lobb n’est pas une marque de mode, mais s’inscrit dans la mode. Le partenariat avec sir Paul Smith est une très belle illustration, un Anglais de souche ayant beaucoup de fantaisie et qui s’est énormément amusé chez John Lobb. Le twist qu’il a apporté montre que ce dernier sait très bien s’adapter. Chez John Lobb, il faut que nous nous exercions à avoir ce côté un peu irrévérencieux, «witty» qu’ont les Anglais. C’est pour cela que je trouve intéressant de revendiquer le côté anglais, car ils n’ont pas leur égal dans l’autodérision avec beaucoup de légèreté et de fantaisie.

Quel est le profil du client de John Lobb?
«A man in motion». Dans le sens qu’il est en mouvement, et, par là, a besoin d’être bien chaussé. Mais il est également «in motion» dans le sens intellectuel. Nous avons parmi notre clientèle beaucoup d’hommes avisés, politiques, sportifs, intellectuels, des hommes d’affaires, des artistes. Je crois qu’ils trouvent dans John Lobb les codes d’un produit très abouti, excessivement technique et complexe. Il y a 190 étapes pour que la chaussure John Lobb soit prête à être chaussée. Il est difficile de concilier élégance, style et robustesse. Nous en avons fait notre axe de communication. C’est une façon de mettre en avant la valeur ajoutée de l’artisanat. Nous nous attachons même dans les parties cachées de la chaussure à n’utiliser que des matériaux nobles, car c’est ce qui fait la qualité et la longévité d’un produit.

Ce sont donc toutes ces raisons qui expliquent le succès et la pérennité de John Lobb?
C’est une entreprise qui respecte le temps. De «slow-luxury». John Lobb a 22 magasins dans le monde. C’est relativement modeste, mais peu importe, c’est la qualité qui compte et faire que l’entreprise grandira à son propre rythme avec son propre ADN et ses propres valeurs. Les clients y sont très sensibles; dans un monde où l’on gaspille beaucoup, il est vrai que John Lobb est un produit durable. Ceci étant, il est toujours important de préserver cet équilibre entre l’intemporel et le côté un peu plus fashionista, un peu trend.

Propos recueillis par Nayla Rached

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