Magazine Le Mensuel

Nº 2917 du vendredi 4 octobre 2013

Presse étrangère

Danse au bord du gouffre

Pour la presse régionale et internationale, le Liban reste enfoncé dans une situation précaire en raison de la multitude de dossiers sensibles, urgents et insolubles à régler.

El Watan
Le journal algérien francophone de référence el Watan revient sur «l’insécurité sur fond de crise» qui paralyse le pays.
Le président libanais, Michel Sleiman, a affirmé que plus de 1,2 million de réfugiés, en provenance de Syrie, étaient établis au sein du territoire libanais. Cela demande un budget conséquent et ce n’est pas comme si les Libanais n’avaient pas besoin de services publics. En la matière, le Liban accuse un retard conséquent. Toutefois, il serait malvenu d’imputer une telle situation à la crise syrienne. En effet, cela relève davantage de la structure de l’Etat qui peine à exercer certains pouvoirs en raison de l’importance des communautés religieuses dans le pays.
L’Etat rencontre des difficultés infrastructurelles criantes qui se traduisent par une augmentation du nombre des personnes sans domicile fixe et l’explosion du phénomène des cireurs de chaussures. En général âgés d’à peine 12 ans, ils arpentent les rues, quémandant l’aumône et proposant leurs services pour le prix dérisoire de 500 livres. Une situation qui fait craindre le pire à beaucoup de Libanais: le Liban a toujours été un pays instable, c’est un fait. Mais à chaque fois, c’est le citoyen qui en pâtit. Le Pays du Cèdre vit actuellement une crise institutionnelle, mais celle-ci passe inaperçue en comparaison de la situation sécuritaire qui, malgré la disparition d’une menace de frappe contre la Syrie, reste précaire.

Le Monde
Le quotidien français Le Monde propose une relecture de l’histoire du Liban de ces vingt dernières années, sous le prisme de la télévision.
Icônes pop, martyrs, slogans, affiches, vidéoclips… C’est au prisme de ces armes télévisuelles et de leur imagerie propagandiste qu’il faut analyser les deux grandes forces qui divisent la société et empêchent toute forme de réconciliation.
Faisant table rase du passé, la première mouvance, incarnée par Rafic Hariri, qui fut Premier ministre de 1992 à 1998, puis de 2000 à 2005, promeut l’oubli, l’argent-roi, le luxe et le clinquant. Comme l’illustrent la reconstruction du centre-ville de Beyrouth, réalisée par le puissant homme d’affaires, et les clips musicaux diffusés sur Future TV. C’est en 1993 qu’Hariri créa cette chaîne pour défendre la politique de son gouvernement et distiller le rêve du retour à cette «Suisse du Moyen-Orient» que constituait le Liban d’avant-guerre. Un an plus tard, le Hezbollah lui donnait la réplique en lançant le «fer de lance de sa guerre psychologique»: la chaîne al-Manar où abondent vidéoclips guerriers, hymnes à la résistance et discours de son chef charismatique, Hassan Nasrallah.
Une dualité qui n’a cessé de se renforcer au cours des deux dernières décennies, notamment marquées par l’attentat qui coûta la vie à Rafic Hariri en 2005; la guerre de 2006 déclenchée par Israël ou encore les affrontements de 2008 entre le Hezbollah et les partisans du président Fouad Siniora. Une fois encore, la guerre fut évitée de justesse. Mais son spectre plane toujours au-dessus de ce pays, véritable caisse de résonance des conflits régionaux. Et de ses habitants passés maîtres dans l’art de danser au bord du gouffre.

L’Express
L’Express propose une interview de Thierry Mehdi Behlasen, coordinateur pour Handicap International à Beyrouth, sur la situation des réfugiés syriens. «Le Liban tient encore debout, c’est de l’ordre du miracle». Extraits.
La situation actuelle relève d’une crise majeure. Certainement la plus importante qu’ait connue le Proche-Orient. Beaucoup de Syriens souffrent de blessures complexes. Entendons par là des fractures multiples et sévères et d’amputations dues aux bombardements systématiques des villes qu’ils ont fuies. C’est une crise humanitaire extrêmement créatrice de handicaps de ce point de vue. D’autres cas relèvent de complications liées au manque de suivi, une fois les blessures soignées. A cause d’une pénurie de personnel – ou plutôt parce que les structures de soins sont saturées – de nombreuses amputations sont réalisées alors qu’elles auraient pu être évitées.
Il faut bien être conscient que la crise syrienne est une crise à très long terme. Pour l’instant, les Libanais parviennent encore à subvenir à leurs besoins économiques, mais le travail se fait de plus en plus rare.
Si la crise a pu être contenue jusqu’à présent, il n’est pas certain que cela soit encore le cas d’ici un an. L’inquiétude et la peur d’un débordement sont le quotidien de tous les Libanais bien qu’ils ne l’expriment pas directement. Parce qu’à défaut de trouver une solution, il est plus facile d’accuser l’élément perturbateur.
Personne n’est épargné, toutes les tranches de la population sont touchées. Les Libanais ont des trains de vie tout à fait semblables aux Européens et ils ne savent trop comment rebondir face à cette situation. Le dernier recours des civils est alors l’exode. Ceux qui restent se demandent de quoi demain sera fait.

20 Minutes
20 Minutes s’est cette semaine intéressé au dernier livre de Jabbour Douaihy Saint Georges regardait ailleurs.
Nizam naît dans une famille musulmane de Tripoli qui passe ses étés à Hawra, une bourgade maronite de la montagne. Là, un riche couple en mal d’enfants se prend de tendresse pour lui et se propose de l’élever, d’autant que son père, recherché pour quelque trafic, s’est enfui en Syrie. Nizam se retrouve ainsi dans une école chrétienne, puis il se fait baptiser afin que ses parents adoptifs le laissent partir pour la capitale…
Ce livre raconte l’itinéraire d’un enfant libanais des années 50 balancé entre deux cultures. D’un côté celle de ses parents, une famille musulmane de Tripoli dont le père a trop souvent maille à partir avec la police, de l’autre celle d’un riche couple de chrétiens en mal d’enfants qui va très vite devenir, par la force des choses, sa véritable famille.
L’enfant de deux cultures va grandir sans se soucier de cette identité double, un peu floue, tellement symbolique de toute l’Histoire du Liban. Le problème étant que pour beaucoup de monde autour de lui – la guerre civile approchant – cette identité indécise vécue avec tellement de légèreté deviendra vite inacceptable!
Portrait d’un jeune homme insouciant, généreux, navigant entre deux mères, entre deux femmes, entre deux religions, et qui aimerait ne pas avoir à choisir, Saint Georges regardait ailleurs est un texte qui bouleverse le lecteur par une grande économie de moyens. Tout sonne juste ici. La moindre ligne. Tout raconte le mélange d’amour et de peur, de fatalité et d’espoir, jusqu’à ce sentiment de sensualité, envers et contre tout, qui ne résistera malheureusement pas à la folie des hommes!

Julien Abi Ramia

Majdalani raconte les chrétiens du Liban
Un autre livre chroniqué par l’hebdomadaire chrétien La Vie.
Conteur passionné, l’écrivain libanais Charif Majdalani nous raconte dans son livre Le dernier seigneur de Marsad la tumultueuse saga d’un chef de famille chrétien au tournant des années 1960/70. Grandeur et décadence d’un homme, emblématique de l’histoire de son pays.

Cela commence comme un roman de cape et d’épée. Dans la fougue amoureuse de ses vingt ans, Hamid enlève la jolie Simone, la fille du notable chrétien Chakib Khattar, industriel du marbre, dont il était devenu le bras droit. On est en 1964. Les jeunes gens s’aiment, mais Hamid, issu d’une classe sociale inférieure, s’est vu refuser la main de sa belle. Ainsi s’ouvre Le dernier seigneur de Marsad, par un épisode rocambolesque qui marque le début de la fin pour le chef de clan chrétien, dont l’univers va basculer. Conteur hors pair, l’écrivain libanais Charif Majdalani nous plonge au cœur de l’histoire du Liban, à la veille de la guerre de 1975, qui marquera la fin d’un certain âge d’or.

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