Magazine Le Mensuel

Nº 2918 du vendredi 11 octobre 2013

Presse étrangère

De différents horizons

Si le traitement par la presse internationale de l’actualité libanaise est globalement centré sur les conséquences du conflit syrien, certaines thématiques originales, propres au pays, pointent le bout de leur nez.     

Le Journal du Dimanche
Le Journal du Dimanche publie une interview extrêmement virulente de Walid Joumblatt sur le dossier syrien.
Le leader du Parti socialiste progressiste (PSP) dénonce l’hypocrisie de l’accord sur le désarmement chimique de la Syrie. «Parce qu’on oublie qu’avant les 1300 morts de l’attaque chimique du 21 août, il y a eu plus de 100000 morts, des milliers de torturés, des millions de Syriens déplacés dans leur propre pays, plus de 800000 réfugiés chez nous au Liban et des villes entières complètement détruites. Bachar a accepté les inspections qui précéderont peut-être la destruction de son arsenal chimique, mais c’est comme s’il était blanchi pour les autres crimes avec une autre supercherie qui s’annonce: le dialogue à Genève prévu pour novembre, la fameuse solution d’un gouvernement transitoire avec un gouvernement qui prendrait toutes les prérogatives du pouvoir d’Assad […] Il faut donc trouver une solution, mais sans Assad. Peut-être que ses patrons iraniens et russes pourraient le prendre quelque part en Sibérie ou dans le désert de Qom, ce qui permettrait de préserver les institutions […] J’ai été pro-syrien pour la défense de ma propre communauté druze mais aussi à une époque, au début des années 1980, où le Liban était sous influence israélienne. Or, avant d’être druze, je suis arabe. C’est l’héritage de mon père et de Nasser. Je me suis donc engagé aux côtés de la Syrie et de l’URSS. La guerre civile qui s’en est suivie n’a pas eu de gagnant. Nous n’étions que des pions.

Jadaliyya
Lancé en juillet 2010, Jadaliyya – polémique en arabe – un webzine indépendant, édité par l’Institut d’études arabes basé à Washington, s’est imposé comme un site de référence sur l’actualité du monde arabe, mêlant journalisme d’investigation, textes de diffusion de travaux scientifiques, prises de position politiques et sociales. Cette semaine, Marie Bonte, une jeune géographe qui s’intéresse à la thématique de la fête à Beyrouth, s’est penchée sur l’éclairage public dans la capitale.
Elle examine «les inégalités et les dysfonctionnements de l’éclairage public qui laissent de nombreuses rues dans l’obscurité, notamment en raison d’un défaut d’entretien chronique» – on ne parle pas ici des coupures de courant qui touchent peu le territoire municipal de Beyrouth. Inversement, les secteurs éclairés sont largement ceux de la fête et des loisirs nocturnes, comme dans la zone de Solidere, à Gemmayzé ou encore à Hamra. En fin de billet, elle montre aussi que cette question de l’éclairage public devient un enjeu de politique publique. Elle analyse par exemple le Plan Lumière récemment mis en place par cette municipalité qui s’est lancée, avec l’appui parisien, dans une politique d’éclairage et de mise en valeur de son patrimoine architectural. Elle fournit aussi une très belle carte de synthèse à la fin de son article qui montre que cette géographie de la lumière est très inégalitaire. Ces politiques de la lumière représentent un nouveau type de politique publique au Liban, à analyser dans une perspective mêlant transfert de modèles, marketing urbain et partenariats public-privé.

OrientXXI
Le pendant francophone de Jadaliyya a été lancé le 1er octobre et il s’appelle OrientXXI. Il propose cette semaine un article en profondeur sur la diaspora syro-libanaise d’Amérique du Sud, «grand soutien de Bachar el-Assad».
En 2010, prenant acte de l’émergence des économies latino-américaines et conscient du capital de sympathie des opinions pour «la cause arabe», Bachar el-Assad traverse l’Atlantique pour visiter Caracas, La Havane, Brasilia, puis Buenos Aires. Les discours du président Assad à l’adresse de la diaspora syro-libanaise puisent dans un registre essentiellement paternaliste. Et malgré l’apologie de l’intégration dans les sociétés d’accueil, c’est la notion d’une certaine forme d’«extraterritorialité» des descendants arabes qui transparaît.
Un autre procédé consiste à manier tour à tour louanges et culpabilisations. Assad félicite les siens pour leur succès socioéconomique. Puis les blâme pour leur éloignement culturel et leur oubli de la langue arabe. S’il concède que la diaspora est demeurée globalement «fidèle» et «loyale» à la Syrie (avec en contrepoint les notions d’ingratitude et de trahison), il appelle ses membres à faire plus pour établir des ponts entre les deux continents. Le pouvoir de séduction du couple présidentiel et le crédit qu’il apporte au récit anti-impérialiste de la politique au Proche-Orient confortent les capitales latino-américaines dans leur lecture des événements syriens. La tournée présidentielle contribuera à une activation des liens avec les membres de la communauté syro-libanaise qui se révèlera utile dans le contexte du conflit syrien.

The Washington Post
The Washington Post propose un reportage sur le village particulier d’Elyakim, en Israël.
Dans un fracassant bruit de ferraille, le char s’avance dans la rue principale du petit village. Des fantassins sont déjà sur place, échine courbée, ils progressent lentement, se glissant hors des venelles pour atteindre l’artère centrale. Sur les toits environnants, d’autres soldats protègent leur progression en mettant en joue les ennemis. De la poussière, des combattants qui courent, des tirs.
Fin de l’exercice. Sur la base militaire israélienne d’Elyakim, dans le nord du pays, une localité libanaise a été reconstituée. Elle sert de terrain d’entraînement aux forces de Tsahal qui cherchent à améliorer leurs techniques de combat en cas de nouvelle confrontation avec le Hezbollah, tout en évitant de répéter les erreurs de la guerre de trente-quatre jours en 2006. «Durant le conflit, les chars entraient en premier pour protéger l’infanterie. Mais certains ont sauté sur des explosifs placés par le Hezbollah sur leur chemin. On perdait alors à la fois le char et les soldats qu’il était censé protéger. Du coup, on a changé notre tactique», commente Archi Leonard, instructeur de troupes à Elyakim. A 36 ans, Dan, sergent d’une unité comptant une trentaine de soldats, suit des sessions de dix jours à trois semaines par an. «Les entraînements sont devenus de plus en plus compliqués, ils augmentent en intensité et les technologies qu’on emploie changent tout le temps», explique-t-il.

Counterpunch
Le site Internet américain Counterpunch s’est intéressé à la rentrée des classes des enfants réfugiés palestiniens au Liban.
Alors que l’afflux de réfugiés en provenance de Syrie ne cesse de croître, des dizaines de milliers d’enfants palestiniens résidant au Liban ont retrouvé vendredi dernier les salles de classe pour la rentrée scolaire, munis de nouveaux matériels fournis par les Nations unies et l’Union européenne. «Malgré leur situation difficile, l’éducation doit rester l’une de nos priorités, afin de contribuer à préserver l’avenir des enfants réfugiés palestiniens», a déclaré la directrice des opérations pour le Liban de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), Ann Dismorr.
«Nous avons vu le taux d’inscription à l’école des réfugiés palestiniens en provenance de Syrie doubler au cours des dernières semaines».
Quelque 40000 élèves, issus de 69 écoles encadrées par l’Unrwa sur l’ensemble du territoire libanais, dont 7000 réfugiés déplacés par la guerre civile syrienne, bénéficieront de ces nouveaux matériels. Grâce à la contribution de l’Unicef, à hauteur de 280000 dollars, les enfants «ont pu avoir accès à du matériel scolaire dans un environnement positif», a souligné Dismorr. «A l’instar d’autres situations d’urgence, faire en sorte que les enfants puissent retourner à l’école dès que possible constitue l’un des meilleurs moyens d’atténuer l’impact psychosocial du conflit et du déplacement», a déclaré la représentante de l’Unicef, Annamaria Laurini. Julien Abi Ramia

GQ
Beyrouth, place forte du jogging!
C’est le magazine masculin GQ qui place la capitale du pays dans le classement des dix plus beaux spots des runners dans le monde.
A Beyrouth, la circulation est dense et les voitures, pas forcément toutes récentes, roulent, paraît-il, de manière peu ordonnée. Ce dernier élément est un détail, mais l’ensemble transforme la capitale libanaise en un environnement pollué peu propice à la course à pied. Il existe néanmoins un bel endroit pour s’adonner à sa passion: la Corniche. Bordant le quartier Hamra, elle propose une belle promenade, rythmée, en bord de plage. Adieu les obstacles et l’air vicié, place à des rambardes bleues en aluminium et des couchers de soleil apaisants. Une oasis de fraîcheur.

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