Magazine Le Mensuel

Nº 2925 du vendredi 29 novembre 2013

general

Le parti Kataëb. Toujours aussi jeune à 77 ans

C’est un méga événement que les Kataëb ont organisé pour célébrer leur 77e anniversaire. Des milliers de partisans, venus de tous les coins du Liban, se sont rassemblés pour renouveler leur appui et leur fidélité au parti. A cette occasion, l’ancien président Amine Gemayel a affirmé que la partition du Liban était impossible. Il a mis l’accent sur l’édification d’un Etat digne de ce nom. Pragmatique, il a cependant mis en garde contre les dangers qui menacent le pays du fait de certaines politiques adoptées, notamment par 
le Hezbollah.
 

Pour cette 77e commémoration du parti Kataëb, toutes les composantes politiques de la scène libanaise, ou presque, étaient présentes ou représentées, sauf le Hezbollah bien qu’ayant été invité. Selon Sejaan Azzi, vice-président du parti, le Hezbollah se serait absenté vu la tension politique ambiante. «Le Hezbollah est allé très loin dans ses déclarations ces dix derniers jours, déclare-t-il à Magazine, il a donc supposé que le discours du président Amine Gemayel serait virulent à son égard et a préféré ne pas venir». Quant au Courant patriotique libre (CPL), il était représenté par le député Edgard Maalouf. Toujours selon Azzi, la présence d’un représentant du parti du général Michel Aoun «est le résultat de la politique d’ouverture prônée par les Kataëb et, en particulier, par son président Amine Gemayel, dont les prises de position concernant la formation du gouvernement, sont équilibrées. Il a affirmé à maintes reprises qu’il devait comprendre toutes les composantes libanaises. Tout cela a contribué à assainir le climat entre nous». «Mais les constantes du parti n’ont pas changé, ajoute-t-il. Cette politique d’ouverture s’explique du fait que nous ne pouvons plus négliger quelques réalités: un danger guette les chrétiens et l’identité libanaise. Par ailleurs, nous sommes à la veille d’échéances importantes et en priorité l’élection présidentielle qui doit avoir lieu coûte que coûte après la formation d’un gouvernement. Quatrième point que nous défendons est la neutralité du Liban. Nous souhaitons engager nos compatriotes dans ce sens». «Je tiens à préciser aussi, poursuit Sejaan Azzi, que cette année la présence de la société civile était très importante si nous considérons que ses vrais représentants ce sont essentiellement les partis. Nous avons montré, une fois pour toutes, que les Kataëb sont plus que jamais un parti populaire avec une participation de plus de 12 000 adhérents».
Le ministre Youssef Saadé, représentant le député Sleiman Frangié a, pour sa part, affirmé à Magazine «qu’entre les Marada et les Kataëb il existe des divergences sur le plan politique, mais cela n’empêche pas le fait que des relations sociales et personnelles soient établies. C’était un événement réussi. Il est toutefois évident que nous ne sommes pas d’accord sur toutes les affirmations du président Gemayel concernant le Hezbollah et la crise syrienne. Il est dans l’intérêt des chrétiens et du Liban de nous rapprocher tout en gardant toutefois nos propres opinions».
La cérémonie avait commencé par l’allocution de Sami Gemayel, monté sur l’estrade sous les ovations de ses partisans, entouré de ses neveux Amine et Alexandre. S’adressant aux assassins de son frère, il clame d’une voix ferme: «Au sein des Kataëb, le martyr ne meurt pas mais revit éternellement. Vous nous avez défiés et vous avez cru que vous nous tuerez en assassinant Pierre. Nous vous répondons: Regardez cette salle, chacun de nous s’appelle Pierre Gemayel. Nous resterons au service du Liban et de lui seul».
Prenant la parole à son tour, le président Amine Gemayel, s’adressant implicitement au Hezbollah, déclare: «Nous sommes le parti des martyrs et non le parti des armes. Nous ne cherchons pas à nous faire des ennemis, mais nous savons affronter les attaques. Nous ne recherchons pas les armes, mais nous luttons contre leur présence… Nous nous sommes entendus tous ensemble autour de la table du dialogue sur le fait que les armes du parti soient un soutien à l’Etat libanais dans le cadre de la stratégie de défense menée par l’armée.
Non pour que ces armes soient au service de régimes extérieurs au pays dans le cadre d’une stratégie régionale avec laquelle nous n’avons rien à voir», assène-t-il. «Le communautarisme, le confessionnalisme et les ingérences étrangères, via des forces libanaises, sont très élevés. Ils mettent en garde contre ce qui représente le véritable danger pour l’expérience libanaise». Evoquant l’échéance présidentielle, il dresse le profil du chef d’Etat que les Libanais souhaitent voir arriver à la tête de la présidence «un nouvel homme qui porte la cause historique de son peuple, qui soit conscient de la portée du conflit régional et international, qui réconcilie le citoyen avec l’Etat et présente un plan de sauvetage pour tirer le pays de la crise. Un homme intègre, courageux dans ses prises de position, capable de relever les défis».
Un film retraçant les plus célèbres déclarations politiques de l’ancien ministre Pierre Gemayel passait en boucle devant une salle émue par ses apparitions et la justesse de son ton. Ses enfants présents dans la salle retenaient difficilement leurs larmes à la vue et à l’écoute de ce père si tôt disparu.

Danièle Gergès

Une stèle mosaïque
Entouré de ses neveux Amine et Alexandre, Sami Gemayel a levé le voile sur une stèle en mosaïque représentant Pierre Gemayel embrassant le drapeau libanais. Située à l’entrée du tunnel de Nahr el-Kalb, cette œuvre est constituée de 170 000 pièces de mosaïques en marbre.

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