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Nº 2929 du vendredi 27 décembre 2013

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KA. En attendant un musée d’art contemporain et moderne au Liban…

KA, deux initiales pour un nouvel espace d’art moderne et contemporain au Pays du Cèdre, celles de deux collectionneurs, Abraham Karabajakian et Roger Akoury, bien décidés à faire découvrir les œuvres d’artistes libanais et internationaux au plus grand nombre, à partir du 4 janvier prochain dans leur galerie située à la résidence Marina Bay à Dbayé.

Le 12 décembre dernier, au cinquième étage d’un bâtiment résidentiel de la Marina de Dbayé, Abraham Karabajakian et Roger Akoury présentaient au public leur espace d’art contemporain et moderne, KA. Un projet né il y a deux ans et demi lorsque les deux compères, collectionneurs d’art, décident de mettre en commun leurs acquisitions: quelque six cents œuvres d’artistes libanais et internationaux. Dans leur galerie de Dbayé, une centaine d’entre elles sont exposées, majoritairement des toiles de peintres, mais également des sculptures. «C’est mon partenaire, Roger Akoury, qui en a eu l’idée», déclare Abraham Karabajakian. Collectionneur, ce dernier l’est devenu sans le savoir. « Il faut dire que chez moi, tout le monde aime l’art, poursuit-il. J’ai appris à l’apprécier, en regardant et en lisant. Ce n’est qu’en donnant du temps aux choses que l’on apprend. On aime, on achète, puis on remarque que l’on a acquis beaucoup d’œuvres et on devient de fait collectionneur. C’est un sentiment qui vient tout seul», assure-t-il.
Non satisfaits de posséder quelques toiles de maîtres libanais à l’instar de Paul Guiragossian, Hussein Madi, Shafic Abboud, Huguette Caland, Saliba Douaihy, Aref el-Rayess, Elie Kanaan ou, entre autres, des sculptures de la famille Basbous, les deux partenaires souhaitent les faire partager, estimant que le travail des artistes libanais de renommée internationale n’est pas assez visible dans leur propre pays. L’objectif en ouvrant ce nouvel espace artistique: faire de l’art libanais une partie intégrante de la culture du pays à l’échelle locale et internationale. «Nous voulions faire partager notre passion aux personnes qui ne connaissent pas encore l’art libanais pour leur permettre de s’en faire une opinion, souligne-t-il. Car si cet espace existe, c’est qu’il n’y en a pas d’autre. Ce lieu, c’était une bonne occasion de mettre en place une galerie temporaire en attendant l’élaboration d’un musée d’art moderne et contemporain, un projet sur lequel travaille actuellement une équipe», dévoile-t-il, tout en précisant qu’il pourrait, selon lui, voir le jour d’ici trois ans.

 

Visite guidée
En attendant, il y a de quoi patienter. C’est d’ailleurs Abraham Karabajakian qui mène la visite. Et le collectionneur a toujours un petit mot à ajouter au passage des cimaises. «La toile Fusillade a été réalisée pour la galerie par Marwan Sahmarani en 2013. C’est un clin d’œil à l’œuvre de Goya, Tres de mayo, mais elle fait également écho à la guerre en Syrie, explique-t-il à quelques curieux attentifs. Cette toile, enchaîne-t-il, c’est l’une des rares natures mortes de Paul Guiragossian. Celle-là est signée Nabil Nahas, elle fait partie de sa série des Cèdres, c’est certainement l’une des plus abstraites». Suivent celles du Libanais Assadour Bezdikian, de l’Egyptien Chant Avedissian, des Irakiens Athier Moussaoui et Dia el-Azzaoui, du Français Claude Venard ou encore du Palestinien Abdul-Rahman Katanani. Il ne s’agit plus d’une toile mais d’un pan entier de mur consacré à ses figures en tôles ondulées. «Ces structures représentent les camps palestiniens et les enfants qui y arrivent à utiliser n’importe quoi pour s’amuser, commente le passionné d’art. Ici, il s’agit d’une œuvre de l’artiste syrien Marwan Bachi, l’un des plus grands peintres contemporains, et ces trois-là sont des toiles du Picasso indien, Maqbool Fida Hussein». Une collection donc majoritairement consacrée à l’art moderne et contemporain libanais, mais qui s’intéresse également aux artistes arabes, arméniens et internationaux. «Nous ne sommes pas complexés par l’identité de l’artiste», précise-t-il. Et si pour le critique d’art roumain Kessler Erwin, venu spécialement au Liban pour cette présentation au public de l’espace KA, le 12 décembre dernier, la collection n’est pas encore aboutie et aurait besoin d’une thématique plus affinée, il n’est pas désagréable bien au contraire, de se promener dans les allées de cette galerie qui sera ouverte au public le samedi de 11h à 18h à partir du 4 janvier prochain.
Toujours en quête de perles précieuses pour parfaire leur collection, – malgré l’augmentation de la valeur de l’art libanais -, les deux acolytes ne déméritent pas et s’évertuent depuis vingt ans à acquérir «des chefs-d’œuvre libanais disséminés à travers le monde afin de les ramener au Liban, des œuvres faites pour être partagées et non cachées ou oubliées. Car le but avant tout de cet espace, c’est que les Libanais viennent et aiment l’art libanais, assure Abraham Karabajakian. C’est la meilleure façon de développer un sens de fierté et d’unité envers notre identité libanaise».

 

Delphine Darmency

 

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