Magazine Le Mensuel

Nº 2943 du vendredi 4 avril 2014

general

Présidentielle. Le décor n’est pas encore prêt

Derrière la volonté affichée par l’ensemble des forces politiques de normaliser la vie institutionnelle du pays, le conflit larvé qui oppose le Hezbollah au président de la République ramène invariablement l’élection suprême au cœur du débat public.
 

Que valait la séance du dialogue national, organisée lundi à Baabda, en l’absence du Hezbollah, des Marada, du PSNS et de Talal Arslan du côté du 8 mars, et des Forces libanaises, du côté du 14 mars? Sans les acteurs et les principaux soutiens de la Résistance pour discuter de la stratégie de défense, pas grand-chose. Depuis plusieurs semaines, Michel Sleiman et Hassan Nasrallah sont à couteaux tirés. A force d’interpellations vindicatives, les deux hommes ont rallié derrière eux l’ensemble de la classe politique du pays. D’un côté, ceux qui accusent le Hezbollah de vouloir à tout prix, garder, grâce à ses armes, la mainmise sur la vie politique du pays; de l’autre, ceux qui reprochent au président de s’être positionné aux côtés du 14 mars et de vouloir prolonger son bail à Baabda.
Les principaux alliés du Hezbollah ne s’interrogent plus sur les intentions du chef de l’Etat. Leur conviction est faite. Le discours que le président développe, sur le rôle et la place de la Résistance, fait de lui un adversaire politique à combattre. Dans sa dernière allocution, Hassan Nasrallah s’est efforcé de lui répondre point par point. «Les critiques lancées contre la formule Peuple-armée-Résistance sont sans fondement», a estimé le secrétaire général du Hezbollah. En réponse, lundi, Michel Sleiman a ouvert la séance de dialogue sur la diffusion d’une bande sonore de deux minutes, reprenant les commentaires prononcés par chaque participant à la séance du 11 juin 2012, sur la déclaration de Baabda, qu’ils avaient alors approuvée. Une divergence de fond que la déclaration ministérielle du gouvernement Salam n’a visiblement pas tranchée.
Outre le positionnement politique − et diplomatique, ajoutent ses contempteurs qui estiment que le chef de l’Etat ne fait que reprendre le discours des grandes puissances qui s’opposent au Hezbollah − du président, les alliés du Hezbollah lui imputent une volonté de jouer sa carte personnelle. Mardi, le Conseil des ministres qu’il présidait a ouvert le dossier complexe des nominations. Au cours de la séance, le président a couché une liste de noms qu’il tenait à promouvoir, en tête, celui du général Ibrahim Basbous, qui doit être confirmé à la direction des Forces de sécurité intérieure qu’il occupe par intérim, et celui de Samir Hammoud, lui aussi intérimaire, comme procureur général près la Cour de cassation, tous deux proches du 14 mars.
Conduits par le Hezbollah, un certain nombre de ministres ont protesté contre le procédé consistant à nommer des responsables au cas par cas et ont souhaité que d’autres nominations soient également approuvées. Des divergences ont perturbé le cours de la séance de travail et conduit le chef de l’Etat et le président du Conseil, Tammam Salam, à quitter la salle, suivis de quelques ministres, dans un climat de tension, de profonde contrariété et même de colère. Plusieurs sources gouvernementales estimeront que «le gouvernement est passé à deux doigts d’imploser».
Finalement, le dossier des nominations fera l’objet d’un deuxième Conseil des ministres dans la semaine. Une énième preuve, pour ceux qui s’inquiètent des prises de position du président, que, malgré ses déclarations, ce dernier n’agit pas comme un responsable en fin de mandat. A leurs yeux, l’échéance présidentielle dépend avant tout du sort de Michel Sleiman.

 

La présidentielle dans le flou
Cette situation d’entre-deux ne parasite, qu’à la marge, les préparatifs de l’élection suprême. En réalité, les divergences gouvernementales ne font que solidifier les rapports de force au Parlement. Les calculs des candidats à l’échéance ne sont pas modifiés. Pour déminer le terrain et assurer la tenue de l’élection, deux hommes se sont manifestés ces derniers jours. Le patriarche Béchara Raï en premier lieu. Le chef de l’institution maronite en a fait sa mission première. Si élection il devait avoir lieu, il en serait le premier instigateur. Sa stratégie en trois points est calée depuis plusieurs semaines. Un, accélérer la «campagne», comprendre faire émerger le plus vite possible les candidats afin de mobiliser leurs partis. Autrement dit, il s’agit de les pousser à se déclarer pour lancer les hostilités et départir l’élection des considérations régionales qui pourraient la menacer. La rencontre des quatre leaders chrétiens que le maître de Bkerké a conviés intervient dans ce sens.
Dans l’esprit du patriarche, seuls les candidats dits «forts» sont susceptibles de mobiliser l’ensemble des partis. Il se murmure dans les couloirs qu’il aurait demandé à Michel Aoun et Samir Geagea de pousser leurs alliés dans leur sillage. Ce sont eux qui formeront le quorum nécessaire à la tenue de l’élection. Le deuxième homme est Nabih Berry. Si le patriarche a la charge de mobiliser les candidats chrétiens, le président du Parlement, Nabih Berry, a pour mission de s’assurer le concours des autres forces politiques du pays. C’est la mission de la délégation qu’il a formée et qui s’entretient en ce moment avec l’ensemble des partis. Le leader du mouvement Amal l’a clairement affirmé, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour convoquer une séance parlementaire électorale avant le 25 mai.
 

Une première séance
Le scénario imaginé par Raï et Berry passe par une première séance qui servira à déterminer les candidats «politiques» des deux camps. Dans l’esprit des deux hommes, la suite dépendra de l’issue de cette séance. Si aucun candidat ne réussit à obtenir une majorité, les candidats dits de consensus entreront en piste. Est-ce un hasard si les deux hommes ont chacun leurs candidats correspondant à ce profil? Les bruits de couloir lient le patriarche à l’ancien ministre Ziad Baroud et au gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, puis Jean Obeid au président de la Chambre. C’est tout le paradoxe qui entoure la présidentielle. Les scénarios, aussi finement échafaudés soient-ils, peuvent très bien tomber à l’eau en cas de développement régional majeur.
Les positions des uns et des autres sur le profil du futur président − consensuel pour les «centristes», «fort» pour les autres partis − ne mangent pas de pain. En vérité, les conditions de l’organisation de l’élection ne sont toujours pas réunies.

Julien Abi Ramia

Les «quatre» en première ligne
«La réunion a insisté sur la nécessité de tenir l’élection présidentielle dans les délais. Le Dr Samir Geagea a informé le patriarche qu’il souscrivait à toutes les décisions qui sont prises à Bkerké», a affirmé le patriarcat dans le communiqué qui a fait suite à la rencontre des leaders chrétiens.
«Les responsables ont souligné la nécessité d’élire un président qui privilégierait l’intérêt du Liban et des Libanais et qui serait capable d’assumer ses responsabilités nationales de manière efficace. Les leaders chrétiens continueront à suivre cette échéance avec le patriarche», a ajouté le patriarcat.
«L’élection devrait avoir lieu selon les normes», ont encore indiqué les participants, rejetant tout «compromis qui irait à l’encontre de la participation nationale effective».

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