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Nº 2946 du vendredi 25 avril 2014

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99e anniversaire du génocide. Kassab ravive les pires souvenirs

A Beyrouth comme ailleurs, l’anniversaire du génocide arménien est commémoré au prisme de la prise de Kassab, en Syrie. Le 24 avril 2014 a marqué le 99e anniversaire de ce triste événement. A Bourj Hammoud, les préparatifs ont duré des semaines, et Kassab était sur toutes les lèvres. Cette année est résolument particulière, comme si la mémoire du génocide faisait face à un défi pour perdurer plus d’un siècle.

Le parti Tachnag, omniprésent à Bourj Hammoud, a mis cette année les bouchées doubles. Les festivités ont commencé deux semaines avant la date anniversaire. Chaque section du Tachnag, divisée en tranches d’âge, dispose de son jour pour organiser sa cérémonie. Mercredi 16 avril, c’était au tour du groupe de jeunes Tachnag âgés de 17 à 23 ans de fêter ce triste anniversaire. Aux alentours de 18 heures, les jeunes se retrouvent à la place de la statue arménienne. Emmenés par la fanfare des scouts arméniens, les jeunes, accompagnés de leurs proches et parents, sillonnent les étroites rues du quartier, chaleureusement applaudis par les riverains. Une demi-heure et dix rues plus tard, la foule arrive au lieu de commémoration: un terrain de jeu d’enfant aménagé pour l’occasion en salle de meeting. Une scène est montée, des chaises installées pour les parents et les grands-parents. Une fois la place remplie à ras bord, un film d’une dizaine de minutes est passé sur grand écran. «C’est un film sur le génocide que l’on passe chaque année. Les plus jeunes doivent savoir ce qui s’est passé il y a presque cent ans, et ne pas oublier», me souffle à l’oreille Vrage («revanche» en arménien). Agé de 52 ans, n’ayant pas d’enfant dans la tranche d’âge des jeunes intéressés par l’événement, Vrage et ses trois amis sont des inconditionnels du Tachnag. Ils ne ratent aucun des événements organisés par le parti. «Je commémore l’anniversaire du génocide depuis que j’ai l’âge de m’en souvenir. Je continuerai à le faire jusqu’à ce que la Turquie reconnaisse ses crimes et qu’on lui reprenne les territoires qu’elle nous a volés», s’enflamme Azad («liberté»).
 

Discours enflammé
La fête commence par de brèves représentations de jeunes artistes, poètes, musiciens, chanteurs. Tous portent le t-shirt du parti. Certains ont sur leurs dos le portrait de Soghomon Tehlirian, tueur acquitté de Talaat Pacha, ministre de l’Intérieur à l’époque du génocide. Lorsque l’on tourne le dos à la scène, on aperçoit un gigantesque fanion, recouvrant presque toute la façade de l’immeuble, où figure en fond le drapeau turc, avec inscrit dessus le nombre de victimes du génocide: «1 500 000». Vient le temps des discours. Pas besoin de parler l’arménien pour comprendre que la Turquie et Kassab sont le sujet de ce soir. Un militant du Tachnag s’exprime énergiquement.
Ludwig, responsable des jeunes Tachnag de son âge, traduit et résume le discours: «Ce qui se passe à Kassab est un deuxième génocide commis par la Turquie contre la communauté arménienne».
Après avoir enflammé la foule, l’homme politique passe le micro à l’homme d’église, le prêtre Agop. La voix plus apaisée et les gestes moins sévères, il reprend dans des formules plus spirituelles les mots déjà employés par son prédécesseur: «Turky», «Kassab».
Après la prière, la cérémonie s’achève sur les chants du Tachnag. Des enfants déguisés entonnent à tue-tête des refrains mélodieux: «Nous n’avons pas peur du gouvernement turc».

Elie-Louis Tourny

En 1926, Atatürk reconnaît le génocide!
En juin 1926, un groupe de membres des «Jeunes Turcs», mené par un certain Ziya Hurshid, tente d’assassiner «le père de la République turque», Mustafa Kemal Atatürk. Averti juste avant l’attentat, ce dernier se chargea lui-même de l’arrestation et de l’interrogatoire de ses anciens compagnons. Dans une interview accordée au Los Angeles Examiner de juillet de la même année, Atatürk reconnaît explicitement le génocide arménien, qu’il attribue à ces conspirateurs: «Ces restes de l’ancien parti jeune turc, à qui l’on doit 
attribuer la chasse et le massacre de masse de millions de nos sujets chrétiens, ont agi sous le régime républicain».

Mobilisation dans le monde
Survenue la veille de la commémoration du génocide, la prise de Kassab a ravivé les passions chez la diaspora arménienne. A Bourj Hammoud, les magasins sont restés fermés le vendredi suivant l’attaque. A Marseille, où la communauté arménienne est très présente, d’importantes manifestations ont été organisées pour protester contre le gouvernement turc et sommer le président français de faire quelque chose. Aux Etats-Unis, le puissant lobby arménien Anca a fait pression au Congrès pour que l’Administration américaine vienne en aide aux habitants de Kassab. Mais malgré le soutien de quelques élus, la priorité des gouvernements occidentaux demeure la crise syrienne, dont la Turquie est un puissant et précieux allié.

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